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Le faucheur [Reaper Man - fr]

Электронная книга - «Le faucheur [Reaper Man - fr]». Краткое содержание книги:

Mort ? Déprimé ?
Envie de repartir à zéro ?
Alors pourquoi ne pas venir au
CLUB DU NOUVEAU DÉPART ?
Tous les mardis, minuit,668, rue de l’Orme.
OUVERT À TOUSTENUE DE SUAIRE NON EXIGÉE

Du pain sur ses quatre planches pour le défunt Raymond Soulier, activiste résolu : fantômes, vampires, zombis, banshees, croque-mitaines… les morts-vivants se multiplient.
Car une catastrophe frappe le Disque-monde : la Mort est porté disparu (oui, la Mort est mâle, un mâle nécessaire). Il s’ensuit un chaos général tel qu’en provoque toujours la déficience d’un service public essentiel.
Tandis que, dans les champs d’une ferme lointaine, un étrange et squelettique ouvrier agricole manie la faux avec une rare dextérité. La moisson n’attend pas…
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Le bibliothécaire poussa un cri perçant. Le chariot jaillit d’une autre rangée de rayonnages, les roulettes à peine visibles sous l’effet de la vitesse, et fonça vers le trou dans le mur tandis que l’orang-outan, accroché d’une main résolue, flottait dans son sillage comme un drapeau pansu.

Le loup bondit.

« Lupin ! » brailla Vindelle.

Mais depuis le jour où le premier homme des cavernes a fait rouler une rondelle de rondin au bas d’une colline, les canidés ressentent un besoin irrépressible de courir après tout ce qui circule sur roues. Lupin cherchait déjà à mordre le chariot.

Ses mâchoires se refermèrent sur une roulette. Il y eut un hurlement, un glapissement du bibliothécaire, puis anthropoïde, loup et panier métallique finirent en vrac contre le mur.

« Oh, le pauvre ! Regardez-le ! »

Ludmilla se précipita et s’agenouilla près du loup blessé.

« Il lui a roulé sur les pattes, tenez !

— Et il a sans doute perdu deux ou trois dents », dit Vindelle. Il aida le bibliothécaire à se relever. Il vit une lueur rouge dans les yeux de l’anthropoïde. On avait essayé de lui voler ses livres. Assurément la meilleure preuve pour un mage que les chariots n’avaient pas de cervelle.

Vindelle baissa la main et arracha d’une torsion les roues du chariot.

« Olé, fit-il.

— Oook ?

— Non, pas “au lait” », répliqua Vindelle.

Lupin avait la tête délicatement posée sur les genoux de Ludmilla. Il avait perdu une dent et son pelage était en broussaille. Il ouvrit un œil et fixa Vindelle d’un regard jaune de connivence pendant qu’on lui caressait les oreilles. Voilà un petit veinard de toutou, songea Vindelle, qui va en profiter pour lever une patte et gémir.

« Bon, dit-il. À présent, bibliothécaire… vous étiez sur le point de nous aider, je crois.

— Pauvre chien, quel courage », fit Ludmilla.

L’air pathétique, Lupin leva une patte et gémit.

Alourdi par la masse hurlante de l’économe, l’autre panier métallique ne pouvait atteindre la vitesse de son congénère défunt. En outre, une de ses roues traînait inutilement. Il penchait dangereusement d’un bord à l’autre et faillit capoter en fusant en crabe par les portes.

« Je l’ai dans ma ligne de mire ! Je l’ai dans ma ligne de mire ! brailla le doyen.

— Non ! Vous risquez de toucher l’économe ! tonitrua Ridculle. Vous risquez d’endommager un bien de l’Université ! »

Mais le rugissement inhabituel de la testostérone dans ses oreilles empêchait le doyen d’entendre. Une boule de feu vert ardent frappa le chariot dans sa course de guingois. Des roues volantes zébrèrent le ciel.

Ridculle prit une inspiration profonde.

« Espèce de sale… ! » s’écria-t-il.

Le mot qu’il proféra ne disait rien aux mages qui n’avaient pas reçu son éducation campagnarde rustique et ignoraient tout des menus détails de l’élevage. Mais il lui naquit soudain sous le nez une grosse bestiole ronde, noire, luisante, aux sourcils horribles. Elle lui souffla un pfft d’insecte et s’envola pour rejoindre le petit essaim de jurons.

« C’est quoi, cette connerie ? »

Une chose plus petite lui apparut brusquement près de l’oreille.

Ridculle fit un geste vif vers son chapeau.

« Putain ! » L’essaim augmenta d’un individu. « Y a un truc qui vient d’me mordre ! »

Une escadrille de « merde » fraîchement éclos tentèrent vaillamment de s’échapper. Il leur tapa dessus en vain.

« Allez-vous-en, espèces de fils de p… commença-t-il.

— Ne le dites pas ! le coupa le major de promo. Taisez-vous ! »

Personne ne disait jamais à l’archichancelier de se taire. Se taire, c’était bon pour les autres. Soufflé, il se tut.

« Comprenez, chaque fois que vous dites un juron, il se met à vivre, s’empressa d’expliquer le major de promo. D’horribles petites bestioles ailées sortent du néant.

— Bordel de foutredieux ! » lâcha l’archichancelier.

Plop. Plop.

L’économe rampa, hébété, hors des débris enchevêtrés du chariot métallique. Il retrouva son chapeau pointu, l’épousseta, s’en coiffa, fronça les sourcils, et en extirpa une roue. Ses collègues n’avaient pas l’air de lui prêter grande attention.

Il entendit l’archichancelier protester : « Mais j’ai toujours fait ça ! Un bon juron, ça fait pas de mal, ça fait circuler le sang. Attention, doyen, y a un d’ces fum…

— Vous ne pourriez pas dire autre chose ? cria le major de promo par-dessus le vrombissement strident de l’essaim.

— Comme quoi ?

— Comme… oh… comme… flûte.

— Flûte ?

— Oui, ou peut-être mince.

— Mince ? Vous voulez que je dise mince ? »

L’économe rampa jusqu’au groupe. Discuter de détails insignifiants dans des cas d’urgence dimensionnelle était une manie chez les mages.

« Madame Panaris, l’intendante, elle dit toujours “zut ” quand elle fait tomber quelque chose », intervint-il sans qu’on lui demande rien.

L’archichancelier se tourna vers lui.

« Elle dit peut-être zut, grogna-t-il, mais en réalité elle pense mer… »

Les mages se baissèrent vivement. Ridculle réussit à s’arrêter tout seul.

« Oh, flûte », fit-il piteusement. Les jurons se posèrent gentiment sur son chapeau.

« Ils vous aiment bien, constata le doyen.

— Vous êtes leur papa », dit l’assistant des runes modernes.

Ridculle se renfrogna. « Arrêtez donc de jouer aux c… crétins aux dépens de votre archichancelier et remuez-vous plutôt l’c… l’ciboulot pour savoir ce qui s’passe », dit-il.

Les mages regardèrent autour d’eux, l’air d’attendre. Rien n’apparut.

« Vous vous en sortez bien, dit l’assistant des runes modernes. Continuez comme ça.

— Flûte flûte flûte, fit l’archichancelier. Mince mince mince. Zut zut de zut. » Il secoua la tête. « Ça va pas, ça me soulage pas d’un poil.

— Ça éclaircit l’atmosphère, en tout cas », intervint l’économe.

Ils remarquèrent sa présence pour la première fois.

Ils regardèrent les restes du chariot.

« Des trucs qui bourdonnent dans tous les coins, fit Ridculle. Des trucs qui s’mettent à vivre. »

Ils relevèrent la tête en entendant un couinement soudain familier. Deux autres paniers à roulettes traversèrent en bringuebalant la place devant les portes. Le premier était plein de fruits. Le second, pour moitié de fruits et pour moitié d’un petit gamin qui braillait.

Les mages observèrent leur course bouche bée. Des flots de gens galopaient derrière les chariots. Légèrement en tête, les coudes fauchant l’air, une femme décidée passa devant les portes de l’Université en martelant le pavé d’une foulée acharnée.

L’archichancelier empoigna un costaud qui suivait courageusement derrière tout le monde.

« Qu’est-ce qui se passe ?

— Je chargeais des pêches dans cette espèce de panier quand tout d’un coup il a fichu l’camp !

— Et le gamin ?

— Aucune idée. La femme avait un des paniers, elle m’a acheté des pêches, puis… »

Ils se retournèrent tous. Un chariot déboucha en ferraillant d’une ruelle, les aperçut, vira promptement et fonça à travers la place.

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