La route de l'espoir 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La route de l'espoir 1». Краткое содержание книги:
Ils se regardaient, les yeux brillants de joie et de fierté.
Bring back, bring back
Bring back my Bonnie to me, to me...
Bring back, bring back
O bring back my Bonnie to me.
– Qu'avons-nous fait pour mériter tant de bonheur ? Joffrey, croyez-vous que le combat va s'achever maintenant que notre principal ennemi sur ce continent a disparu ?
Il hésitait à répondre. Puis il hocha la tête, rassurant, lui souriant avec tendresse.
– Je ne sais qu'une chose, mon amour, encore que je me garde de la proclamer avec trop de superbe. C'est qu'ayant tout mis en œuvre pour vous enlever à moi, aujourd'hui, il ne peut plus nous nuire, et moi, je vous tiens dans mes bras et me penchant vers vous, je crois lire dans vos yeux cet amour qui fait ma vie et qu'il avait juré de m'arracher. C'est là, pourrait reconnaître un stratège, toutes les apparences d'une complète victoire pour nous, et d'une totale défaite pour lui. Inutile d'épiloguer ou de déterminer s'il s'agit de l'issue d'une phase du combat ou de la fin du combat. Je n'ai jamais mésestimé les forces de notre adversaire mystique et invisible qui nous guettait derrière les arbres. Il fut désigné pour semer des embûches sous les pas, pourtant bien trébuchants, de notre nouvelle existence. Je ne sais si sa mort marque la fin de la bataille et ce qu'il peut nous réserver encore de l'au-delà, mais, considérant où nous sommes parvenus, j'oserai dire : oui, mon amour, pour l'instant, le combat est fini et nous avons gagné.
*****
On lui avait installé, sur le pont central, un grand hamac carré de coton des Caraïbes, tiré aux quatre coins, garni de coussins, lui permettant d'y faire asseoir près d'elle des enfants, une ou deux personnes parmi ses visiteurs. Disposés autour d'elle, il y avait aussi des pliants de tapisserie, des « carreaux », gros coussins bourrés de crin, pour accueillir les visiteurs, et parfois l'assemblée était nombreuse autour d'elle, à déguster des sorbets et à deviser à l'ombre, surtout lorsque, le bateau à l'ancre, le vent tombait et la chaleur se faisait sentir.
Mieux valait ce temps très beau que des tempêtes. Le voyage prit pour elle l'allure qu'elle souhaitait : un intermède pendant lequel, faisant le bilan des semaines qui venaient de s'écouler, on se préparait à aborder d'autres terres, et d'autres tâches. À Gouldsboro, les préparatifs de l'hivernage allaient remplir les jours d'automne d'une fébrile activité.
Mais c'était encore l'été, le temps des entreprises et des projets, comme on sème dans un sillon le grain sur lequel va se refermer la glèbe et qui donnera des blés vigoureux et multiples.
Cet été-là n'avait été ni vain ni maudit. On pouvait le juger fécond et plein de promesses.
Près du hamac, les berceaux d'osier en forme de barques, surmontés chacun d'un demi-ciel et reposant sur deux pièces arrondies permettant le bercement, étaient la vision la plus encourageante à contempler. On ne s'habituait pas encore à l'apparition sur Terre de ces minuscules créatures et, du mousse aux officiers, en passant par le plus chevronné des matelots et le plus rogue des quartiers-maîtres, chacun ne cessait de solliciter l'honneur et le plaisir de pouvoir jeter un regard sur les petites têtes enfouies entre drap et oreiller.
On les ramenait dans les appartements lorsque le vent était violent ou le soleil trop chaud.
– Je trouve qu'ils pleurent beaucoup depuis notre départ, insistait Angélique. Regrettent-ils d'avoir quitté Salem ?
Les braillements des nouveau-nés gâchèrent un peu la première journée du voyage. Les bâtons de sucre de la sage-femme irlandaise, les comptines de ses filles, leurs promenades inlassables et dévouées le long de la coursive et les efforts de Nômie n'y faisaient rien.
– J'ai pourtant endormi des ivrognes, des brutes, des fous, s'inquiétait Nômie, et ceux-ci, qui leur tiendraient dans la main, me résistent !
Guettant la colère des jumeaux sous l'œil déprimé de leurs nourrices et de leurs berceuses, Angélique et les deux quakeresses, vers le soir, entr'aperçurent la vérité.
– Peut-être regrettent-ils le berceau des Cranmer ? dit Angélique.
Et ce fut l'illumination.
Chacune, à part soi, y avait songé, mais l'agitation du départ avait relégué à l'arrière-plan des détails qui auraient semblé futiles à soulever dans le moment où la préparation des bagages – sacs, coffres, malles à faire porter aux navires –, des choses à ne pas oublier, prenait le pas sur de plus subtiles préoccupations.
On avait bien pensé à embarquer ces chaufferettes de cuivre qu'on ne trouvait qu'en Nouvelle-Angleterre et dont Angélique rêvait pour Wapassou, des sacs et des sacs de haricots bruns de Boston, des toiles et couvertures de lainages écarlates ou bleues de Limbourg, mais l'on avait plongé les jumeaux dans le chaos d'une incompréhensible et angoissante rupture. Ce n'était pas la première, mais celle-ci était injuste et due à l'étourderie d'une gent adulte qui perd le sens lorsqu'il s'agit de s'ébranler vers d'autres cieux et de se nantir de tous les biens de ce monde, dans son exil.
Sans précaution, on avait arraché les jumeaux à la corbeille des petits pionniers puritains du Mayflower et on les avait couchés chacun dans un berceau différent.
– Ruth ! Nômie ! dit Angélique, je sens qu'ils ont encore besoin d'être proches l'un de l'autre, comme ils l'étaient en moi. Il faut les remettre ensemble...
Il y eut aussi un conseil très animé et controversé à propos des bandelettes qui leur emprisonnaient bras, jambes et tête.
L'accord se fit sur un moyen terme. Dans la journée, il était bon que les enfants pussent agiter et étirer leurs petits membres, mais la nuit, la solide armature du maillot devait rassurer leur fragilité livrée à tant d'espace immense et les prédisposer au sommeil.
Selon toute apparence, les décisions prises à leur endroit convinrent aux nourrissons.
Les matelots qui passaient se mêlaient au débat. Ces hommes privés de foyer, n'ayant jamais eu le temps de voir grandir leurs « lardons » s'ils en avaient, montraient beaucoup de finesse comme si leur vie solitaire leur avait donné le temps de réfléchir sur l'enfance.
– Lui, le garçon, il n'aime pas le vent, pronostiquait un fort dur à cuir, la joue gonflée de sa chique de tabac, il faut l'abriter. Elle, la petite, elle aime le bruit, le mouvement autour d'elle. Vous verrez, quand il y aura un bel orage, cela ne lui déplaira pas.
Mais Angélique aimait cet emplacement au milieu du navire, sous la grande toile tendue, d'où elle pouvait suivre les allées et venues de la plupart des passagers, assister à la manœuvre des gabiers dans les haubans. Elle aimait les voir sur un coup de sifflet s'envoler, grimper et se ranger alertement, comme des oiseaux sur une branche, le long des grands espars soutenant le gréement des voiles.
Elle admirait leur agilité et leur habileté à serrer ou déployer les multiples voiles, grandes ou petites, et se représentait le courage et la force qu'il fallait à ces hommes pour accomplir les mêmes manœuvres par les tempêtes sauvages, cramponnés de leurs pieds nus aux filins des traversières, le long des vergues, tandis que le navire ballotté dévalait jusqu'au creux de vagues profondes comme des gouffres et hautes comme des montagnes, serrant les voiles et les nouant des mêmes nœuds de leurs doigts habiles et calleux maintes fois écorchés par la rudesse de la toile et des cordages, sous des trombes d'eau de pluie ou des paquets d'eau de mer.
Mais lorsque la mer était belle, comme ces jours-là, on les sentait heureux de caracoler dans les hauteurs à travers leur forêt de cordes et de mâts qui était leur domaine et on les entendait chanter et rire.