Angélique et le roi Part2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #6
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le roi Part2». Краткое содержание книги:
– Je voudrais voir Mme Scarron.
– Mme Scarron ? Ce n'est pas ici... Connais pas, répondit la femme en refermant le judas.
Tous ces mystères piquaient la curiosité d'Angélique. « Ma chère, tu ne me connais pas, se dit-elle, si tu crois que je vais abandonner la partie. »
Il n'y avait qu'une seule façon d'obliger Françoise à se montrer et elle l'emploierait...
Chapitre 18
Elle recommença à tambouriner de plus belle, jusqu'à ce que le judas se rouvrît de nouveau.
– Je vous répète qu'il n'y a pas de Mme Scarron ici, cria la servante.
– Si fait. Dites-lui que je viens de la part du roi.
La main sur la grille marqua une hésitation. Puis après un long moment, il y eut un bruit de chaînes et de verrous tirés et la porte s'entrebâilla. Elle se faufila à l'intérieur. Françoise Scarron, au sommet de l'escalier, penchait un visage anxieux.
– Angélique, par grâce, que se passe-t-il ?
– Vous n'avez pas l'air très heureuse de me voir ! Pourtant je me suis donné un mal fou pour vous joindre. Comment allez-vous ?
Elle monta avec enjouement et embrassa son amie. Mais celle-ci demeurait sur la défensive.
– Le roi vous envoie ? Pourquoi vous ? Y a-t-il quelque chose de changé dans les dernières instructions ?
– Je ne pense pas, répondit Angélique à tout hasard. Mais vous me recevez bien étrangement. Vous m'en voulez peut-être de vous avoir négligée si longtemps ? Nous allons nous expliquer. Entrons là.
– Non, non s'écria vivement Mme Scarron en s'interposant, les bras étendus, devant la porte de la chambre où Angélique voulait pénétrer, non, parlez d'abord.
– Nous n'allons pas rester perchées sur cet escalier, Françoise. Que vous arrive-t-il ? Je ne vous reconnais plus. Si vous avez des ennuis ne croyez-vous pas que je puisse les partager ?
Mme Scarron ne voulait rien entendre.
– Que vous a dit exactement le roi ?
– Le roi n'y est pour rien, Françoise, je vous le confesse. Je voulais vous voir et son nom m'a servi de Sésame.
Mme Scarron se voila la face à deux mains.
– Mon Dieu, c'est épouvantable ! Et vous avez pénétré ici ! Je suis perdue...
S'apercevant que les domestiques dans le vestibule levaient des regards curieux, elle finit par pousser Angélique dans le petit salon.
– Eh bien, entrez ! Au point où nous en sommes...
La première chose qu'aperçut la visiteuse fut, près de la fenêtre, un berceau qui semblait habité. Elle s'approcha et découvrit un poupon de quelques mois qui lui fit un aimable sourire.
– Voilà donc votre secret, ma pauvre Françoise ! Il est charmant et vous avez bien tort de vous mettre martel en tête pour moi : vous pouvez compter sur ma discrétion. Ainsi donc la vertu intransigeante de la jeune veuve avait fini par succomber... Elle, qui avait bâti toute la réussite de sa vie sur la réputation, devait être fort mortifiée.
– Vous avez dû passer des jours pénibles. Pourquoi ne pas vous être confiée à vos amies ? Nous vous aurions aidée.
Françoise Scarron secouait la tête avec un pâle sourire.
– Non, Angélique. Ce n'est pas du tout ce que vous imaginez. Regardez bien cet enfant. Vous comprendrez.
Le bébé fixait sur elle des prunelles d'un bleu de saphir qui, en effet, lui paraissaient familières. « Des yeux bleus comme la mer », songea-t-elle. Brusquement elle avait compris. Elle avait devant elle le fils de Mme de Montespan et du roi.
– Oui, c'est bien cela, fit Mme Scarron avec un hochement de tête. Voyez quelle situation est la mienne ! Si ce n'était pas le roi lui-même qui me l'avait demandé, jamais je n'aurais accepté. Je dois m'occuper de cet enfant dans le secret et qu'au grand jamais on ne soupçonne son existence. Légalement, le marquis de Montespan pourrait le réclamer. Il en serait bien capable. Vous voyez le scandale ! Enfin je ne vis plus...
Elle attira Angélique sur un canapé. La première contrariété passée, elle éprouvait au fond un soulagement à pouvoir parler un peu. Elle expliqua comment Louvois l'avait recommandée au roi lorsque, au moment de la naissance du bâtard royal, la question s'était posée de lui trouver une gouvernante aussi capable que discrète. Aux termes de la loi, le roi et Mme de Montespan étant mariés tous deux, l'enfant de cette dernière appartenait au mari. Tel qu'on connaissait Pardaillan, on pouvait tout craindre. Il s'agissait non seulement d'élever cet innocent, mais de le dissimuler et de le garder avec le plus grand soin. Un dévouement total, intelligent, sagace, inaltérable, était requis pour cette lourde tâche. Mme Scarron, pressentie, avait accepté.
– Le roi était un peu réticent à mon égard. Je crois qu'il ne m'aime pas beaucoup, il m'a trop vue. Mais M. de Louvois et Athénaïs ont beaucoup insisté. Athénaïs et moi sommes liées depuis si longtemps. Elle sait tout ce qu'elle peut attendre de ma part, et, après avoir obtenu beaucoup d'elle, j'aurais été ingrate de me dérober. Depuis je vis plus retirée du monde que si j'avais pris le voile. Si encore j'y trouvais la paix ! Mais je dois m'occuper de la maison ici, surveiller la nourrice, la berceuse, les domestiques, qui ignorent qui je suis et qui est l'enfant. Et continuer cependant à paraître, à me montrer, à vivre chez moi pour qu'on ne soupçonne rien de ma nouvelle situation. J'entre par une porte, je sors par l'autre à la dérobée, et lorsque je vais voir mes amies je prends la précaution de me faire saigner afin de ne pas rougir en répondant par des mensonges aux questions qu'on me pose. Que le Seigneur me pardonne ! Mentir ! Ce n'est pas le moindre des sacrifices que le service du roi me réclame.
Elle parlait avec l'habituel humour dont elle avait su toujours alléger ses plaintes. Angélique pensa qu'au fond, elle devait être enchantée de son importance. La place, malgré les difficultés, était enviable, et lui donnait un rôle de tout premier plan dans la vie du roi. L'enfant ayant poussé un petit cri Françoise Scarron se leva pour aller le regarder. Elle lissa les couvertures et l'oreiller avec ces gestes précis de ménagère qu'elle apportait à toutes choses. Comme beaucoup de femmes qui ont vécu seules et loin du monde enfantin ses sentiments vis-à-vis de son pupille restaient pondérés. Elle n'était pas portée à s'attendrir sur le charme du bébé et laissait ces niaiseries à la nourrice. Mais l'on pouvait augurer qu'il recevrait d'elle tous les soins nécessaires à l'épanouissement de son corps, de son esprit et de son âme. C'était la gouvernante parfaite.
– Sa santé laisse à désirer, expliqua-t-elle à Angélique. Voyez, il est né avec un pied légèrement contrefait. On craint que plus tard il ne soit boiteux. J'en ai parlé au médecin du roi qui, lui aussi, est dans le secret. Il pense que les eaux de Barèges pourraient prévenir cette difformité et à l'été je dois l'y conduire. Vous voyez que ma tâche ne me laisse pas un instant. Sans compter qu'elle n'est pas près de s'alléger, au contraire. J'aurai bientôt deux responsabilités à assumer plutôt qu'une.
– Les bruits sur une nouvelle grossesse de Mme de Montespan sont donc fondés ?
– Hélas !
– Pourquoi hélas ?
– Athénaïs me l'a confirmé avec désespoir.
– Elle devrait plutôt se réjouir. N'est-ce pas une nouvelle preuve éclatante de sa faveur auprès du roi ?
– Hélas ! répéta Mme Scarron en regardant Angélique, qui détourna les yeux.
Françoise baissa les siens. Il y eut un silence.
– Elle est dans un état affreux, reprit la jeune veuve. Elle vient ici à tout propos, non pour voir son fils, mais pour se confier à moi et déverser sa colère. À Versailles elle est obligée de faire bonne contenance. Ce n'est un secret pour personne que le roi aime ailleurs.