Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Deux jeunes gens surtout la poursuivaient avec obstination. Ils ne se ressemblaient guère.
L’un, M. Paul Péronel, était un grand garçon mondain, galant et hardi, homme à bonnes fortunes, qui savait attendre et choisir ses heures.
L’autre, M. d’Avancelle, frémissait en l’approchant, osait à peine laisser deviner sa tendresse, mais la suivait comme son ombre, disant son désir désespéré par des regards éperdus et par l’assiduité de sa présence auprès d’elle.
Elle appelait le premier le « Capitaine Fracasse » et le second « Mouton fidèle » ; elle finit par faire de celui-ci une sorte d’esclave attaché à ses pas, dont elle usait comme d’un domestique.
Elle eût bien ri si on lui eût dit qu’elle l’aimerait.
Elle l’aima pourtant d’une singulière façon. Comme elle le voyait sans cesse, elle avait pris l’habitude de sa voix, de ses gestes, de toute l’allure de sa personne, comme l’on prend l’habitude de ceux près de qui on vit continuellement.
Bien souvent en ses rêves son visage la hantait : elle le revoyait tel qu’il était dans la vie, doux, délicat, humblement passionné ; et elle s’éveillait obsédée du souvenir de ces songes, croyant l’entendre encore, et le sentir près d’elle. Or, une nuit (elle avait la fièvre peut-être), elle se vit seule avec lui, dans un petit bois, assis tous deux sur l’herbe.
Il lui disait des choses charmantes en lui pressant les mains et les baisant. Elle sentait la chaleur de sa peau et le souffle de son haleine ; et, d’une façon naturelle, elle lui caressait les cheveux.
On est, dans le rêve, tout autre que dans la vie. Elle se sentait pleine de tendresse pour lui, d’une tendresse calme et profonde, heureuse de toucher son front et de le tenir contre elle.
Peu à peu il l’enlaçait de ses bras, lui baisait les joues et les yeux sans qu’elle fît rien pour lui échapper, et leurs lèvres se rencontrèrent. Elle s’abandonna.
Ce fut (la réalité n’a pas de ces extases), ce fut une seconde d’un bonheur suraigu et surhumain, idéal et charnel, affolant, inoubliable.
Elle s’éveilla, vibrante, éperdue, et ne put se rendormir, tant elle se sentait obsédée, possédée toujours par lui.
Et quand elle le revit, ignorant du trouble qu’il avait produit, elle se sentit rougir ; et pendant qu’il lui parlait timidement de son amour, elle se rappelait sans cesse, sans pouvoir rejeter cette pensée, elle se rappelait l’enlacement délicieux de son rêve.
Elle l’aima, elle l’aima d’une étrange tendresse, raffinée et sensuelle, faite surtout du souvenir de ce songe, bien qu’elle redoutât l’accomplissement du désir qui s’était éveillé dans son âme.
Il s’en aperçut enfin. Et elle lui dit tout, jusqu’à la peur qu’elle avait de ses baisers. Elle lui fit jurer qu’il la respecterait.
Il la respecta. Ils passaient ensemble des heures d’amour exalté, où les âmes seules s’étreignaient. Et ils se séparaient ensuite énervés, défaillants, enfiévrés.
Leurs lèvres parfois se joignaient ; et, fermant les yeux, ils savouraient cette caresse longue, mais chaste quand même.
Elle comprit qu’elle ne résisterait plus longtemps ; et, comme elle ne voulait pas faillir, elle écrivit à son mari qu’elle désirait retourner près de lui et reprendre sa vie tranquille et solitaire.
Il répondit une lettre excellente, en la dissuadant de revenir en plein hiver, de s’exposer à ce brusque dépaysement, aux brumes glaciales de la vallée.
Elle fut atterrée et indignée contre cet homme confiant, qui ne comprendrait pas, qui ne devinait pas les luttes de son cœur.
Février était clair et doux, et bien qu’elle évitât maintenant de se trouver longtemps seule avec « Mouton Fidèle », elle acceptait parfois de faire en voiture, avec lui, une promenade autour du lac, au crépuscule.
On eût dit ce soir-là que toutes les sèves s’éveillaient, tant les souffles de l’air étaient tièdes. Le petit coupé allait au pas, la nuit tombait ; ils se tenaient les mains, serrés l’un contre l’autre. Elle se disait : « C’est fini, c’est fini, je suis perdue », sentant en elle un soulèvement de désirs, l’impérieux besoin de cette longues suprême étreinte qu’elle avait ressentie si complète en un rêve. Leurs bouches à tout instant se cherchaient l’une à l’autre, et se repoussaient pour se retrouver aussitôt.
Il n’osa pas la reconduire chez elle, et la laissa sur sa porte, affolée et défaillante.
M. Paul Péronel l’attendait dans le petit salon sans lumière.
En lui touchant la main, il sentit qu’une fièvre la brûlait. Il se mit à causer à mi-voix, tendre et galant, berçant cette âme épuisée au charme de paroles amoureuses. Elle l’écoutait sans répondre, pensant à l’autre, croyant entendre l’autre, croyant le sentir contre elle dans une sorte d’hallucination. Elle ne voyait que lui, ne se rappelait plus qu’il existait un autre homme au monde ; et quand son oreille tressaillait à ces trois syllabes : « Je vous aime » c’était lui, l’autre qui les disait, qui baisait ses doigts, c’était lui qui serrait sa poitrine comme tout à l’heure dans le coupé, c’était lui qui jetait sur les lèvres ces caresses victorieuses, c’était lui qu’elle étreignait, qu’elle enlaçait, qu’elle appelait de tout l’élan de son cœur, de toute l’ardeur exaspérée de son corps.
Quand elle s’éveilla de ce songe, elle poussa un cri épouvantable.
Le « Capitaine Fracasse », a genoux près d’elle, la remerciait passionnément en couvrant de baisers ses cheveux dénoués. Elle cria : « Allez-vous-en, allez-vous-en ! »
Et comme il ne comprenait pas et cherchait à ressaisir sa taille, elle se tordit en bégayant : « Vous êtes infâme, je vous hais, vous m’avez volée, allez-vous-en. »
Il se releva, abasourdi, prit son chapeau et s’en alla.
Le lendemain, elle retournait au val de Ciré. Son mari, surpris, lui reprocha ce coup de tête. « Je ne pouvais plus vivre loin de toi », dit-elle.
Il la trouva changée de caractère, plus triste qu’autrefois ; et quand il lui demandait : « Qu’as-tu donc ? Tu sembles malheureuse. Que désires-tu ? » Elle répondait, « Rien. Il n’y a que les rêves de bons dans la vie. »
« Mouton Fidèle » vint la revoir l’été suivant.
Elle le reçut sans trouble et sans regrets, comprenant soudain qu’elle ne l’avait jamais aimé qu’en un songe dont Péronel l’avait brutalement réveillée.
Mais le jeune homme, qui l’adorait toujours, pensait en s’en retournant : « Les femmes sont vraiment bien bizarres, compliquées et inexplicables. »
20 février 1883
UNE RUSE
Ils bavardaient au coin du feu, le vieux médecin et la jeune malade. Elle n’était qu’un peu souffrante de ces malaises féminins qu’ont souvent les jolies femmes : un peu d’anémie, des nerfs, et un peu de fatigue, de cette fatigue qu’éprouvent parfois les nouveaux époux à la fin du premier mois d’union, quand ils ont fait un mariage d’amour.
Elle était étendue sur sa chaise longue et causait. « Non, Docteur, je ne comprendrai jamais qu’une femme trompe son mari. J’admets même qu’elle ne l’aime pas, qu’elle ne tienne aucun compte de ses promesses, de ses serments ! Mais comment oser se donner à un autre homme ? Comment cacher cela aux yeux de tous ? Comment pouvoir aimer dans le mensonge et dans la trahison ? »
Le médecin souriait.
« Quand à cela, c’est facile. Je vous assure qu’on ne réfléchit guère à toutes ces subtilités quand l’envie vous prend de faillir. Je suis même certain qu’une femme n’est mûre pour l’amour vrai qu’après avoir passé par toutes les promiscuités et tous les dégoûts du mariage, qui n’est, suivant un homme illustre, qu’un échange de mauvaises humeurs pendant le jour et de mauvaises odeurs pendant la nuit. Rien de plus vrai. Une femme ne peut aimer passionnément qu’après avoir été mariée. Si je la pouvais comparer à une maison, je dirais qu’elle n’est habitable que lorsqu’un mari a essuyé les plâtres.