Les Enfants Du Capitaine Grant
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Год: 1868
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:
Puis, quand on eut fait toutes ses volontés, le sergent demanda à ses hôtes ce qui lui procurait l’honneur de leur visite. C’était l’instant ou jamais de s’expliquer. Paganel lui raconta en français tout ce voyage à travers les pampas et termina en demandant la raison pour laquelle les indiens avaient abandonné le pays.
«Ah!… Personne!… Répondit le sergent en haussant les épaules. Effectivement!… Personne!… Nous autres, bras croisés… Rien à faire!
– Mais pourquoi?
– Guerre.
– Guerre?
– Oui! Guerre civile…
– Guerre civile?… Reprit Paganel, qui, sans y prendre garde, se mettait à «parler nègre.»
– Oui, guerre entre Paraguayens et Buenos-Ayriens, répondit le sergent.
– Eh bien?
– Eh bien, indiens tous dans le nord, sur les derrières du général Flores. Indiens pillards, pillent.
– Mais les caciques?
– Caciques avec eux.
– Quoi! Catriel.
– Pas de Catriel.
– Et Calfoucoura?
– Point de Calfoucoura.
– Et Yanchetruz?
– Plus de Yanchetruz!»
Cette réponse fut rapportée à Thalcave, qui secoua la tête d’un air approbatif. En effet, Thalcave l’ignorait ou l’avait oublié, une guerre civile, qui devait entraîner plus tard l’intervention du Brésil, décimait les deux partis de la république.
Les indiens ont tout à gagner à ces luttes intestines, et ils ne pouvaient manquer de si belles occasions de pillage. Aussi le sergent ne se trompait-il pas en donnant à l’abandon des pampas cette raison d’une guerre civile qui se faisait dans le nord des provinces argentines.
Mais cet événement renversait les projets de Glenarvan, dont les plans se trouvaient ainsi déjoués. En effet, si Harry Grant était prisonnier des caciques, il avait dû être entraîné avec eux jusqu’aux frontières du nord.
Dès lors, où et comment le retrouver? Fallait-il tenter une recherche périlleuse, et presque inutile, jusqu’aux limites septentrionales de la pampa?
C’était une résolution grave, qui devait être sérieusement débattue.
Cependant, une question importante pouvait encore être posée au sergent, et ce fut le major qui songea à la faire pendant que ses amis se regardaient en silence.
«Le sergent avait-il entendu dire que des européens fussent retenus prisonniers par les caciques de la pampa?»
Manuel réfléchit pendant quelques instants, en homme qui fait appel à ses souvenirs.
«Oui, dit-il enfin.
– Ah!» fit Glenarvan, se rattachant à un nouvel espoir.
Paganel, Mac Nabbs, Robert et lui entouraient le sergent.
«Parlez! Parlez! disaient-ils en le considérant d’un œil avide.
– Il y a quelques années, répondit Manuel, oui… C’est cela… Prisonniers européens… Mais jamais vus…
– Quelques années, reprit Glenarvan, vous vous trompez… La date du naufrage est précise… Le Britannia s’est perdu en juin 1862… Il y a donc moins de deux ans.
– Oh! Plus que cela, mylord.
– Impossible, s’écria Paganel.
– Si vraiment! C’était à la naissance de Pepe… Il s’agissait de deux hommes.
– Non, trois! dit Glenarvan.
– Deux! répliqua le sergent d’un ton affirmatif.
– Deux! dit Glenarvan très surpris. Deux anglais?
– Non pas, répondit le sergent. Qui parle d’anglais? Non… Un français et un italien.
– Un italien qui fut massacré par les Poyuches? s’écria Paganel.
– Oui! Et j’ai appris depuis… Français sauvé.
– Sauvé! s’écria le jeune Robert, dont la vie était suspendue aux lèvres du sergent.
– Oui, sauvé des mains des indiens», répondit Manuel.
Chacun regardait le savant, qui se frappait le front d’un air désespéré.
«Ah! Je comprends, dit-il enfin, tout est clair, tout s’explique!
– Mais de quoi s’agit-il? demanda Glenarvan, aussi inquiet qu’impatienté.
– Mes amis, répondit Paganel, en prenant les mains de Robert, il faut nous résigner à une grave déconvenue! Nous avons suivi une fausse piste! Il ne s’agit point ici du capitaine, mais d’un de mes compatriotes, dont le compagnon, Marco Vazello, fut effectivement assassiné par les Poyuches, d’un français qui plusieurs fois accompagna ces cruels indiens jusqu’aux rives du Colorado, et qui, après s’être heureusement échappé de leurs mains, a revu la France. En croyant suivre les traces d’Harry Grant, nous sommes tombés sur celles du jeune Guinnard.»
Un profond silence accueillit cette déclaration.
L’erreur était palpable. Les détails donnés par le sergent, la nationalité du prisonnier, le meurtre de son compagnon, son évasion des mains des indiens, tout s’accordait pour la rendre évidente.
Glenarvan regardait Thalcave d’un air décontenancé. L’indien prit alors la parole:
«N’avez-vous jamais entendu parler de trois anglais captifs? demanda-t-il au sergent français.
– Jamais, répondit Manuel… On l’aurait appris à Tandil… Je le saurais… Non, cela n’est pas…»
Glenarvan, après cette réponse formelle, n’avait rien à faire au fort indépendance. Ses amis et lui se retirèrent donc, non sans avoir remercié le sergent et échangé quelques poignées de main avec lui.
Glenarvan était désespéré de ce renversement complet de ses espérances. Robert marchait près de lui sans rien dire, les yeux humides de larmes.
Glenarvan ne trouvait pas une seule parole pour le consoler. Paganel gesticulait en se parlant à lui-même. Le major ne desserrait pas les lèvres. Quant à Thalcave, il paraissait froissé dans son amour-propre d’indien de s’être égaré sur une fausse piste. Personne, cependant, ne songeait à lui reprocher une erreur si excusable.
On rentra à la fonda.
Le souper fut triste. Certes, aucun de ces hommes courageux et dévoués ne regrettait tant de fatigues inutilement supportées, tant de dangers vainement encourus. Mais chacun voyait s’anéantir en un instant tout espoir de succès. En effet, pouvait-on rencontrer le capitaine Grant entre la sierra Tandil et la mer? Non. Le sergent Manuel, si quelque prisonnier fût tombé aux mains des indiens sur les côtes de l’Atlantique, en aurait été certainement informé. Un événement de cette nature ne pouvait échapper à l’attention des indigènes qui font un commerce suivi de Tandil à Carmen, à l’embouchure de rio Negro. Or, entre trafiquants de la plaine argentine, tout se sait, et tout se dit. Il n’y avait donc plus qu’un parti à prendre: rejoindre, et sans tarder, le Duncan, au rendez-vous assigné de la pointe Medano.
Cependant, Paganel avait demandé à Glenarvan le document sur la foi duquel leurs recherches s’étaient si malheureusement égarées. Il le relisait avec une colère peu dissimulée. Il cherchait à lui arracher une interprétation nouvelle.
«Ce document est pourtant bien clair! répétait Glenarvan. Il s’explique de la manière la plus catégorique sur le naufrage du capitaine et sur le lieu de sa captivité!