Chaque pas doit être un but
- Автор: Ширак Жак, Barre Jean-Luc
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: Nil
- ISBN: 978-2841113934
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Chaque pas doit être un but». Краткое содержание книги:
Ce volume couvre les soixante-trois premières années de sa vie, jusqu’à son élection à la présidence de la République en 1995. On y voit naître et se former un homme politique hors normes et s’élaborer sa réflexion profondément marquée par les valeurs conjointes du radicalisme et du gaullisme.
Jacques Chirac revient sur ses relations privilégiées avec Georges Pompidou, ses rapports conflictuels avec Valéry Giscard d’Estaing, sa cohabitation à la fois orageuse et complice avec François Mitterrand, son affrontement avec Édouard Balladur. Il lève le voile sur les années de solitude qui, nonobstant les trahisons, l’ont conduit en 1995 à la tête de l’État. C’est avec la même franchise qu’il révèle ses échanges avec divers chefs d’État étrangers. Jacques Chirac consacre aussi une large place dans ce livre à ses souvenirs personnels, brossant un portrait intime et émouvant de ses parents, de son épouse Bernadette et de ses filles Laurence et Claude. Il nous fait entrer dans son « jardin secret » en expliquant les raisons de son goût pour l’Asie et les arts premiers, qui a largement fondé sa vision humaniste du monde et de l’Histoire.
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DE VICTOIRE EN DÉFAITE
Faut-il désormais, comme le conseillent quelques-uns de mes proches — Charles Pasqua en particulier — et comme paraît le souhaiter une grande partie de notre électorat, prendre nos distances avec le chef de l’État pour mettre fin à un imbroglio politique devenu intenable ? Si une telle rupture peut servir les intérêts du RPR, sinon les miens directement, je ne crois pas, en revanche, qu’elle servirait ceux du pays, ni de nos institutions. Mon objectif immédiat reste le même : assurer le succès de l’ensemble de la majorité aux élections législatives à venir. Tout faire, autrement dit, pour éviter l’arrivée au pouvoir des socialistes et de leurs alliés communistes. Mais c’est d’abord au président de la République qu’il appartient de mettre sa majorité tout entière en ordre de marche.
Lorsqu’il me reçoit à l’Élysée, au lendemain de mon élection à la mairie de Paris, Giscard se montre détendu, conciliant, avec cet art inimitable de paraître oublier ses griefs pour mieux les distiller. Mais tout indique, dans les semaines suivantes, qu’il a plus en tête d’organiser un front anti-RPR que de nous conduire à la victoire.
Le 30 juin 1977, je l’appelle clairement, dans une lettre que je lui adresse ce jour-là, à tenir son rôle d’unificateur en se déclarant « totalement solidaire » du sort de sa majorité — ce qui, chez lui, reste aussi à démontrer :
Si vous voulez bien vous engager personnellement au moment où se préparent les conditions qui décideront du destin de la France, vous savez que ni le Rassemblement ni moi-même n’auraient de réticences à se placer sous votre autorité pour affronter la prochaine échéance électorale.
En revanche, si en vertu d’un choix qui vous appartient, vous renoncez à exercer cette mission telle que l’avaient comprise vos prédécesseurs, il est malheureusement certain que nul ne peut vous y remplacer, pas même le Premier ministre, quelles que soient ses qualités personnelles.
Dans ces conditions, il ne reste à la majorité qu’à s’organiser elle-même, dans le pluralisme que vous avez souhaité, et selon la procédure très simple que j’ai proposée. Il vous appartiendra alors de rappeler à l’ordre ceux qui entretiennent une confusion nuisible à notre cause en se couvrant indûment de votre autorité.
Je me suis décidé à vous écrire, d’une manière que vous jugerez peut-être insolite, mais à raison des responsabilités extrêmement graves qui nous incombent dans un moment décisif et en raison d’une particulière urgence.
Le souvenir que je conserve d’avoir été votre Premier ministre m’encourageait à vous soumettre ces réflexions, étant assuré que vous comprendrez dans quel esprit elles sont formulées.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération et de mon plus respectueux souvenir.