Les lauriers de flammes (2ième partie)
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Les lauriers de flammes (2ième partie)». Краткое содержание книги:
— C’est insensé ! Cela ne peut pas marcher.
— Pourquoi donc ? Nous avons à peu près la même taille quand je n’ai pas de talons, vous êtes mince, comme moi, et sous la mante, avec le peu de lumière qui règne dans cette prison, nul ne verra de différence entre votre soutane noire et ma robe sombre ! Je vous en supplie, parrain, faites ce que je vous dis ! Changeons de vêtements et partez ! Vous avez tant à faire encore...
— A faire ? Je t’ai dit...
— Vous avez à essayer de réparer une immense injustice si je vous ai bien compris. Vous avez à servir le malheur. Et il n’y a que vous qui le puissiez. C’est à cela que servent les secrets d’Etat ! Ils font vivre... quand ils ne tuent pas ! Partez ! Dans une seconde on va venir... et je vous jure que je ne risque rien ! D’ailleurs vous le savez bien... Croyez-moi... faites ce que je vous dis ! Sinon... eh bien, sinon je reste avec vous et je me déclare hautement votre complice.
— Personne ne te croira ! fit-il en riant. Tu oublies que tu l’as sauvé...
— Oh ! cessez donc d’ergoter ! Il s’agit de votre vie et vous savez bien qu’il n’en est pas au monde qui me soit plus chère.
Elle ôtait déjà sa mante et, d’un geste vif, la jetait sur les épaules de son parrain qui s’y engloutit en un instant mais, comme elle allait rabattre le capuchon, il l’arrêta, la saisit dans ses bras et l’embrassa avec une immense tendresse. A l’humidité de ses joues, elle comprit qu’il pleurait.
— Dieu te bénisse, mon enfant ! Tu auras sauvé, en un seul jour, et ma vie et mon âme ! Prends bien soin de toi... Nous nous reverrons plus tard car je saurai bien te retrouver... même en Amérique !
Elle l’aida à dissimuler son visage sous le capuchon rabattu, lui donna le mouchoir et lui montra comment le tenir devant son visage. D’ailleurs, la fumée envahissait lentement la prison et une protection devenait presque indispensable.
— Surtout, contrefaites bien votre voix si l’on vous parle. Ils n’ont pas entendu la mienne. Et feignez une grande douleur, cela impressionne ! Oh !... ajouta-t-elle se souvenant tout à coup du dépôt précieux qu’elle portait toujours sur sa gorge dans un petit sachet de peau, voulez-vous que je vous rende dès maintenant le diamant ?...
— Non. Garde-le !... Et suis bien mes instructions ! C’est à celui dont je t’ai parlé qu’il doit revenir. Dans quatre mois, un homme viendra rue de Lille te le demander. Tu n’as pas oublié ?
Elle fit signe que non puis, doucement, le poussa vers la porte derrière laquelle on entendait les gros souliers ferrés du soldat qui montait l’escalier.
— Prenez bien garde ! chuchota-t-elle encore avant de courir se jeter sur le tas de paille qui avait été disposé, en guise de lit, dans le recoin le plus obscur de la prison. Elle s’y ensevelit de son mieux, cachant sa tête, moitié sous ses bras repliés, moitié sous la paille, comme quelqu’un qui est plongé dans le désespoir puis, le cœur cognant d’anxiété, elle attendit...
Les verrous claquèrent. La porte grinça. Puis il y eut la voix rude du grenadier.
— C’est l’heure. Madame... je regrette...
Un sanglot poussé d’une voix fluette qui fit grand honneur au talent de comédien du cardinal lui répondit. Puis la porte fut refermée, les pas s’éloignèrent. Mais Marianne n’osa pas encore bouger. Tout son être était tendu, aux écoutes tandis qu’elle comptait d’interminables secondes rythmées par les battements lourds de son cœur. A chaque instant, elle s’attendait à une exclamation de colère, à un bruit de lutte, à des cris d’appel à la garde... Mentalement, elle suivit la progression du prisonnier et de son guide... L’escalier, le premier palier, une seconde volée... le corps de garde... la porte de la tour !
Elle respira mieux quand elle entendit résonner, en bas, le lourd battant ferré. Gauthier de Chazay était dehors maintenant, mais il devait encore gagner l’une des trois portes du Kremlin sans être reconnu. Heureusement, dans les cours il devait faire encore plus sombre que tout à l’heure, si l’on en croyait l’obscurité grandissante de la prison. Celle-ci était, par chance, vaste et très haute de plafond, sinon l’asphyxie par la fumée eût été à craindre.
Se levant enfin, Marianne fit quelques pas dans le cachot. Une bouffée âcre lui sauta au visage et la fit tousser. Alors elle arracha un volant de son jupon, alla le tremper à la traditionnelle cruche d’eau disposée dans un coin et l’appliqua sur son visage brûlant. Son cœur avait cogné si fort qu’elle avait l’impression d’avoir de la fièvre, mais elle s’efforça de penser calmement.
Qu’allait-il se passer, tout à l’heure, quand on viendrait chercher le prisonnier ? On ne lui ferait aucun mal sans doute parce qu’elle était une femme, mais elle serait immédiatement traduite devant l’Empereur... et malgré son courage, la pensée de ce qui l’attendait lui arracha une petite grimace et un frisson. Très certainement, elle allait passer un fort mauvais quart d’heure ! Mais la vie d’un homme, surtout celle de Gauthier de Chazay, valait bien quelques désagréments, même si cela se traduisait par la prison... Heureusement, Jolival n’avait pas fait trop d’histoires quand elle lui avait fait part de sa décision. Il avait même accepté d’agir comme elle le lui avait demandé.
— Il vaut mieux vous mettre à l’abri de la colère de l’Empereur ! avait-elle dit. Gracchus peut s’arranger pour vous faire quitter le Kremlin. Vous pourriez regagner, par exemple, le palais Rostopchine... à moins que les progrès de l’incendie ne vous obligent à quitter Moscou. En ce cas... donnons-nous rendez-vous à la première maison de poste sur la route de Paris.
Tranquille donc de ce côté, elle n’avait pas accordé plus d’attention aux reniflements mécontents de Gracchus, se contentant de remarquer que « ceux qui refusaient d’obéir à ses ordres n’avaient rien à faire à son service... ». Tout étant mis en ordre avec ses compagnons, elle avait pu se consacrer tout entière à ce plan d’évasion qui semblait maintenant en bonne voie de réussite...
Le plus dur allait être l’attente... tout ce temps qui s’écoulerait avant que l’on ne découvrît l’évasion... Il devait être environ midi et, si l’Empereur ne se décidait pas à évacuer le Kremlin, six ou sept heures pouvaient s’étirer jusqu’au moment où l’on pénétrerait dans le cachot. Six ou sept heures ! Six ou sept éternités !...
Une boule se noua dans la gorge de Marianne, prise d’une angoisse de petite fille mise au cabinet noir. Elle avait hâte..., tellement hâte que tout cela fût terminé ! Mais d’autre part elle savait bien que plus longtemps durerait son supplice et plus les chances du cardinal augmenteraient. Il fallait être patiente et, si possible, calme.
Se souvenant tout à coup de ce qu’elle n’avait rien pris depuis la veille, elle alla chercher, dans une petite niche creusée dans la muraille, le morceau de pain et la cruche d’eau qu’on y avait déposés. Mais ce fut beaucoup plus par raison que par appétit qu’elle rongea, en se forçant, un peu de ce pain noir, dur comme de la pierre. Elle savait qu’il lui fallait entretenir ses forces, pourtant elle n’avait absolument pas faim. En revanche, la fumée qui s’infiltrait dans la pièce lui piquait la gorge et elle avala d’un coup la moitié de la cruche.
La chaleur devenait pénible et, quand la jeune femme s’approcha de la meurtrière qui tenait lieu de fenêtre, elle constata avec horreur qu’on n’apercevait plus que des torrents de flammes. Tout le sud de la ville devait être en feu maintenant. Peut-être même le Kremlin était-il entièrement investi. Même l’eau de la rivière, à force de le refléter, ne se distinguait plus du feu.
Tout en grignotant son pain, elle s’était mise à marcher lentement dans la prison, à la fois pour tromper son impatience et pour calmer ses nerfs. Mais soudain elle s’immobilisa, écoutant de toutes ses forces tandis que le rythme de son cœur s’accélérait. On venait... Des hommes montaient l’escalier avec ce bruit caractéristique des soldats en armes. Marianne en conclut que l’heure du jugement était avancée, que l’on venait chercher le prisonnier. L’Empereur, sans doute, avait décidé d’abandonner le Kremlin.