Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Au XIVe siècle, les curés de campagne sont de simples paysans qui ont appris la messe par cœur, ainsi que quelques bribes de latin. Les nobles considèrent leurs serfs comme des êtres inférieurs et je suis convaincue qu’Imeyne se sent insultée de devoir confesser ses fautes à un « vilain ».
Il est certainement aussi superstitieux et illettré qu’elle l’affirme, mais pas incompétent. Il a tenu ma main, pendant ma maladie. Il m’a dit de ne pas avoir peur et a su me réconforter.
Mon rétablissement s’opère par paliers. Cet après-midi j’ai pu rester debout une demi-heure, et ce soir je suis descendue dîner. Dame Eliwys m’a apporté une cotte brune et un surcot moutarde, ainsi qu’une sorte de fichu (pas de voile ou de coiffe, ce qui indique qu’elle me considère toujours comme une jeune fille malgré les insinuations de sa belle-mère). J’ignore si mes vêtements sont inappropriés ou trop raffinés pour être portés chaque jour. Les deux femmes m’ont aidée à me vêtir et je n’ai pas osé leur demander si je pouvais me laver avant de me changer, de crainte d’alimenter les soupçons d’Imeyne.
Elle m’a surveillée tout au long du repas. J’étais assise entre les filles. L’intendant avait été relégué en bout de table et Maisry brillait par son absence. Selon M. Latimer, le prêtre local mangeait avec les seigneurs, mais Dame Imeyne ne doit pas non plus apprécier sa façon de se tenir à table.
On nous a servi de la viande et du pain. La venaison avait un goût de cannelle, de sel et de faisandage trop prolongé, alors que le pain était aussi dur que la pierre, mais j’ai trouvé tout cela bien meilleur que le gruau et je ne pense pas avoir commis d’impair.
Je dois pourtant faire constamment des erreurs. C’est pour cela qu’Imeyne se méfie tant de moi. Mes vêtements, mes mains et ma façon de parler sont étranges.
Dame Eliwys s’inquiète trop au sujet de son mari pour y prêter attention et ses filles sont trop jeunes pour le remarquer. Mais Imeyne doit dresser une liste, comme elle le fait pour le père Roche. Heureusement que je n’ai pas déclaré m’appeler Isabel de Beauvrier. Elle eût bravé la tourmente pour aller dans le Yorkshire dans l’espoir de me démasquer.
Gawyn nous a rejoints après le repas. Maisry était arrivée entre-temps, les oreilles écarlates, afin de tirer les bancs vers le feu et l’alimenter avec des bûches de pin. Les femmes brodaient à la lueur jaunâtre des flammes.
Gawyn s’arrêta devant les paravents et, pendant une minute, nul ne remarqua sa présence. Rosemonde surveillait son aiguille en broyant du noir, Agnès poussait sa carriole, Eliwys expliquait à sa belle-mère que le valet de ferme était au plus mal. La fumée irritait mes poumons et je me détournais du feu en essayant de ne pas tousser quand je le vis, les yeux rivés sur Eliwys.
Puis Agnès fit rouler son chariot sur le pied d’Imeyne, qui la traita d’enfant du Démon, et Gawyn entra dans la salle. Je baissai la tête, en priant le Ciel pour qu’il m’adressât la parole.
Mon vœu fut exaucé. Il vint ployer le genou devant moi.
— Gente Dame, je suis ravi de constater que vous vous portez mieux.
J’ignorais ce que les règles de la bienséance me permettaient de répondre.
— On m’a rapporté que vous ne vous rappeliez pas vos agresseurs, Dame Katherine. Est-ce exact ?
— Oui, murmurai-je.
— Ni vos serviteurs. Où ont-ils pu se réfugier ?
Je secouai la tête, les yeux baissés.
Il se releva et se tourna vers la maîtresse de maison.
— J’ai retrouvé les traces de ces renégats, Dame Eliwys. Ils étaient nombreux, et à cheval.
Je craignais de l’entendre annoncer qu’il avait capturé et pendu un pauvre hère venu ramasser du bois de feu.
— Je sollicite votre autorisation de poursuivre ces misérables et de venger cette Dame, conclut-il.
Eliwys était mal à l’aise, comme la fois précédente.
— Mon époux nous a demandé d’attendre ici son retour, dit-elle. Et il vous a demandé de veiller sur nous. Ma réponse est non.
— Vous n’avez pas dîné, intervint Imeyne sur un ton qui coupait court à toute discussion.
Gawyn se leva.
— Je vous remercie de tout cœur, m’empressai-je de dire. Je sais que c’est vous qui m’avez trouvée. Pourriez-vous me préciser dans quelle partie des bois ?
J’avais parlé trop rapidement et je me mis à tousser. Le temps de me reprendre, Imeyne avait posé sur la table de la viande et du fromage. Gawyn mangeait et Eliwys cousait. C’est pour cela que je ne sais rien de plus qu’auparavant.
Non, c’est faux. Je sais pourquoi Eliwys s’est tant inquiétée en le voyant, pourquoi il a inventé cette histoire de brigands et pourquoi Imeyne fait des allusions aux femmes dultères.
Je n’ai pas eu besoin d’un interprète pour assimiler le sens de l’expression de Gawyn, alors qu’il restait figé sur le seuil à dévisager Eliwys. Il saute aux yeux qu’il se consume d’amour pour l’épouse de son maître.
14
Dunworthy dormit d’une traite jusqu’au matin.
— Votre secrétaire voulait vous réveiller, dit Colin. Je m’y suis opposé et il m’a chargé de vous remettre ceci.
Il lui présenta une pile de feuilles entassées pêle-mêle.
— Quelle heure est-il ?
Dunworthy s’assit avec raideur dans son lit.
— Huit heures et demie. Les carillonneuses et les autres prennent leur breakfast au réfectoire. Flocons d’avoine. Beurk ! Absolument nécrotique. M. Finch a décidé de rationner les œufs et le bacon.
— Huit heures et demie du matin ?
Il regarda la fenêtre. Le ciel était obscur.
— Bon Dieu, je devais aller interroger Badri !
— Je sais. Ma grand-tante m’a dit de vous laisser dormir. On lui fait des examens et vous ne pourriez pas le voir.
— Elle a téléphoné ?
Il chercha ses lunettes à tâtons sur la table de chevet.
— Je reviens de l’hosto. J’y suis allé pour ma prise de sang. Elle pense qu’une analyse par jour suffira.
Dunworthy mit ses lunettes et le fixa.
— A-t-elle précisé s’ils ont identifié le virus ?
— Hon-hon, fit Colin.
Une protubérance enflait toujours sa joue. Avait-il gardé le bonbon dans sa bouche toute la nuit ? Impossible, son diamètre eût diminué.
— Elle m’a demandé de vous remettre ces papiers. Au fait, la femme que nous avons vue à l’hôpital a téléphoné. La cycliste.
— Montoya ?
— Ouais. Elle voulait savoir comment joindre une certaine Mme Basingame. Je lui ai dit que vous la rappelleriez. Savez-vous quand arrive le courrier ?
— Le courrier ? répéta Dunworthy en feuilletant la liasse que Colin venait de lui remettre.
— Ma mère n’avait pas eu le temps de m’acheter des cadeaux, quand j’ai pris le métro. Elle a promis de me les envoyer par la poste. La quarantaine ne risque pas de retarder la distribution des colis, au moins ?
Suite aux examens périodiques que Colin faisait subir à son bonbon, plusieurs feuilles étaient collées entre elles. Il y avait les emplois du temps des patients hospitalisés et des mémos de Finch. Le volet d’une des bouches du chauffage de Salvin était coincé. Le ministère de la Santé ordonnait aux habitants du secteur d’Oxford d’éviter tout contact avec les malades. Mme Basingame passait les fêtes de Noël à Torquay. Ils n’avaient presque plus de papier hygiénique.