Zanzara
- Автор: Colize Paul
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Fleuve Éditions
- ISBN: 978-2265099388
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Zanzara». Краткое содержание книги:
— C’est simple. Je vais lui envoyer un mail.
DIMANCHE 5 JUILLET 2015
40. Parti en fumée
Combattre le mal par le mal. La vaccination et l’homéopathie s’appuient sur ce bon principe. Selon mon expérience, il en va de même pour se remettre d’une biture.
J’ai rejoint Jeremy en sortant du Soir. On a commencé par se faire un bowling. J’ai fait équipe avec lui, contre Ilian et Arthur, tous deux sains de corps et d’esprit. Ils nous ont flanqué une raclée monumentale. Pour fêter leur victoire, nous avons enchaîné un resto tex-mex et un before chez Ilian avant de piquer une tête aux Jeux d’hiver.
Je suis resté à la téquila flambée, le mal par le mal.
Au milieu de la nuit, Jeremy m’a présenté à Pauline, une fan inconditionnelle. Je ne l’avais jamais remarquée. Vingt-cinq ans, blonde, maquillée, pomponnée, sapée classe. Elle me suit depuis mon premier Ring, a assisté à mon dernier passage à niveau, aime beaucoup ce que je fais.
Ses yeux papillonnaient. Elle n’attendait qu’un signe de ma part pour me donner son accord.
Je ne pensais qu’à Camille.
Cette fois, je me suis abstenu de lui envoyer un message. Tout a été dit. Qu’elle s’en aille en Chine et que j’en finisse avec mes faux espoirs.
Au final, je n’ai pas dormi plus que la nuit précédente.
Ma mère est inquiète.
— Tu n’as pas l’air en bonne santé, Frédéric. Tu es pâle et tu as les traits tirés.
— Je travaille trop.
Après le départ de Greg, elle ne m’a plus parlé en italien. Quand j’assiste à une conversation dans ma langue maternelle, je comprends ce que les gens racontent, mais je dois chercher mes mots pour m’exprimer.
Elle ne l’a pas fait de façon délibérée. Je sais qu’elle m’aime pour deux. C’est le moyen qu’elle a trouvé pour prendre une certaine distance et afficher sa solidarité avec l’autre.
L’autre contemple ses pâtes. Il n’en a rien à foutre de ma gueule de déterré et de mon surmenage.
Autour de moi, la bicoque est figée dans l’immobilisme. Les bibelots, les tableaux, l’aquarium, tout est à la même place. J’ai pourtant l’impression qu’elle se délabre. Les photos jaunissent, les tapis s’éliment, la peinture se ternit, les meubles tombent en désuétude.
Des changements se font aussi sentir chez mes parents. Les hanches de ma mère s’épaississent. Le crâne de l’autre se dégarnit, son dos se voûte.
— Tu aimes mes lasagnes ?
— Elles sont délicieuses.
De temps à autre, je consulte ma messagerie à la dérobée, le téléphone posé sur ma cuisse.
J’ai longuement réfléchi au contenu du mail destiné à Lekieffre. Le message devait être nébuleux et le faire réagir. Tout indiquait qu’il voulait rester dans l’ombre. Je devais l’obliger à en sortir, sans lui en dire trop, en taisant les données incertaines.
En fin de compte, j’ai opté pour la simplicité.
Objet : votre collaboration
Je tiens tout d’abord à vous remercier pour les précieuses informations que vous m’avez fait parvenir. L’enquête que j’ai menée à Odessa m’a permis de les confronter aux faits réels.
L’article relatif aux événements du 2 mai 2014 paraîtra dans quelques jours dans Le Soir.
À ce titre, pourriez-vous m’envoyer une photo récente de vous. Il me tient à cœur que vous apparaissiez en rubrique.
Dans l’attente de votre réponse.
Bien cordialement,