Le compte de Monte-Cristo Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le compte de Monte-Cristo Tome III». Краткое содержание книги:
«Vous avez vu ma mère? Demanda Albert.
– Je viens d’avoir l’honneur de la saluer, dit le comte, mais je n’ai point aperçu votre père.
– Tenez! il cause politique, là-bas, dans ce petit groupe de grandes célébrités.
– En vérité, dit Monte-Cristo, ces messieurs que je vois là-bas sont des célébrités? je ne m’en serais pas douté! Et de quel genre? Il y a des célébrités de toute espèce, comme vous savez.
– Il y a d’abord un savant, ce grand monsieur sec; il a découvert dans la campagne de Rome une espèce de lézard qui a une vertèbre de plus que les autres, et il est revenu faire part à l’Institut de cette découverte. La chose a été longtemps contestée: mais force est restée au grand monsieur sec. La vertèbre avait fait beaucoup de bruit dans le monde savant; le grand monsieur sec n’était que chevalier de la Légion d’honneur, on l’a nommé officier.
– À la bonne heure! dit Monte-Cristo, voilà une croix qui me paraît sagement donnée; alors, s’il trouve une seconde vertèbre, on le fera commandeur?
– C’est probable, dit Morcerf.
– Et cet autre qui a eu la singulière idée de s’affubler d’un habit bleu brodé de vert, quel peut-il être?
– Ce n’est pas lui qui a eu l’idée de s’affubler de cet habit: c’est la République, laquelle, comme vous le savez, était un peu artiste, et qui, voulant donner un uniforme aux académiciens, a prié David de leur dessiner un habit.
– Ah! vraiment, dit Monte-Cristo; ainsi ce monsieur est académicien?
– Depuis huit jours il fait partie de la docte assemblée.
– Et quel est son mérite, sa spécialité?
– Sa spécialité? Je crois qu’il enfonce des épingles dans la tête des lapins, qu’il fait manger de la garance aux poules et qu’il repousse avec des baleines la moelle épinière des chiens.
– Et il est de l’Académie des sciences pour cela?
– Non pas, de l’Académie française.
– Mais qu’a donc à faire l’Académie française là-dedans?
– Je vais vous dire, il paraît…
– Que ses expériences ont fait faire un grand pas à la science, sans doute?
– Non, mais qu’il écrit en fort bon style.
– Cela doit, dit Monte-Cristo, flatter énormément l’amour-propre des lapins à qui il enfonce des épingles dans la tête, des poules dont il teint les os en rouge, et des chiens dont il repousse la moelle épinière.»
Albert se mit à rire.
«Et cet autre? demanda le comte.
– Cet autre?
– Oui, le troisième.
– Ah! l’habit bleu barbeau?
– Oui.
– C’est un collègue du comte, qui vient de s’opposer le plus chaudement à ce que la Chambre des pairs ait un uniforme; il a eu un grand succès de tribune à ce propos-là; il était mal avec les gazettes libérales, mais sa noble opposition aux désirs de la cour vient de le raccommoder avec elles; on parle de le nommer ambassadeur.
– Et quels sont ses titres à la pairie?
– Il a fait deux ou trois opéras-comiques, pris quatre ou cinq actions au Siècle, et voté cinq ou six ans pour le ministère.
– Bravo! vicomte, dit Monte-Cristo en riant, vous êtes un charmant cicérone; maintenant vous me rendrez un service, n’est-ce pas?
– Lequel?
– Vous ne me présenterez pas à ces messieurs, et s’ils demandent à m’être présentés, vous me préviendrez.»
En ce moment le comte sentit qu’on lui posait la main sur le bras; il se retourna, c’était Danglars.
«Ah! c’est vous, baron! dit-il.
– Pourquoi m’appelez-vous baron? dit Danglars; vous savez bien que je ne tiens pas à mon titre. Ce n’est pas comme vous, vicomte; vous y tenez, n’est-ce pas, vous?».
– Certainement, répondit Albert, attendu que si je n’étais pas vicomte, je ne serais plus rien, tandis que vous, vous pouvez sacrifier votre titre de baron, vous resterez encore millionnaire.
– Ce qui me paraît le plus beau titre sous la royauté de Juillet, reprit Danglars.
– Malheureusement, dit Monte-Cristo, on n’est pas millionnaire à vie comme on est baron, pair de France ou académicien; témoins les millionnaires Frank et Poulmann, de Francfort, qui viennent de faire banqueroute.
– Vraiment? dit Danglars en pâlissant.
– Ma foi, j’en ai reçu la nouvelle ce soir par un courrier; j’avais quelque chose comme un million chez eux; mais, averti à temps, j’en ai exigé le remboursement voici un mois à peu près.
– Ah! mon Dieu! reprit Danglars; ils ont tiré sur moi pour deux cent mille francs.
– Eh bien, vous voilà prévenu; leur signature vaut cinq pour cent.
– Oui, mais je suis prévenu trop tard, dit Danglars, j’ai fait honneur à leur signature.
– Bon! dit Monte-Cristo, voilà deux cent mille francs qui sont allés rejoindre…
– Chut! dit Danglars; ne parlez donc pas de ces choses-là…»
Puis, s’approchant de Monte-Cristo: «surtout devant M. Cavalcanti fils», ajouta le banquier, qui, en prononçant ces mots, se tourna en souriant du côté du jeune homme.
Morcerf avait quitté le comte pour aller parler à sa mère. Danglars le quitta pour saluer Cavalcanti fils. Monte-Cristo se trouva un instant seul.
Cependant la chaleur commençait à devenir excessive.
Les valets circulaient dans les salons avec des plateaux chargés de fruits et de glaces.
Monte-Cristo essuya avec son mouchoir son visage mouillé de sueur; mais il se recula quand le plateau passa devant lui, et ne prit rien pour se rafraîchir.
Mme de Morcerf ne perdait pas du regard Monte-Cristo. Elle vit passer le plateau sans qu’il y touchât; elle saisit même le mouvement par lequel il s’en éloigna.
«Albert, dit-elle, avez-vous remarqué une chose?
– Laquelle, ma mère?
– C’est que le comte n’a jamais voulu accepter de dîner chez M. de Morcerf.
– Oui, mais il a accepté de déjeuner chez moi, puisque c’est par ce déjeuner qu’il a fait son entrée dans le monde.
– Chez vous n’est pas chez le comte, murmura Mercédès, et, depuis qu’il est ici, je l’examine.
– Eh bien?
– Eh bien, il n’a encore rien pris.
– Le comte est très sobre.»
Mercédès sourit tristement.
«Rapprochez-vous de lui, dit-elle, et, au premier plateau qui passera, insistez.
– Pourquoi cela, ma mère?
– Faites-moi ce plaisir, Albert», dit Mercédès.
Albert baisa la main de sa mère, et alla se placer près du comte.
Un autre plateau passa chargé comme les précédents; elle vit Albert insister près du comte, prendre même une glace et la lui présenter, mais il refusa obstinément.
Albert revint près de sa mère; la comtesse était très pâle.
«Eh bien, dit-elle, vous voyez, il a refusé.