Les Habits Noirs Tome VII - Les Compagnons Du Trésor
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VII - Les Compagnons Du Trésor». Краткое содержание книги:
Vous eussiez fait tout Paris sans trouver une figure plus placide et plus calme que la sienne.
Vincent, lui, avait subi un tel choc, que ses facultés restaient presque annihilées. Et pourtant il avait compris le sens de cette terrible parole prononcée si tranquillement:
– Peut-être qu’on creusera un trou dans le jardin.
Il restait immobile et comme mort, paralysé par son abattement plus encore que par ses liens.
Le colonel, qui le considérait d’un air en vérité tout amical, secoua la tête doucement et dit:
– Imbécile!
Malgré lui, Vincent releva les yeux.
– Imbécile! répéta le vieillard. Ce n’est pas pour te chagriner que je te dis cela, mon pauvre garçon, mais puisque tu croyais au trésor, pourquoi as-tu entamé la lutte? On ne se bat pas contre tant d’argent.
Il sortit de sa poche une boîte d’or, entourée de perles fines, sur laquelle était le portrait de l’empereur de Russie, et l’ouvrit pour y prendre deux ou trois grains de tabac qu’il flaira à distance.
– Il en est de tout comme de ceci, poursuivit-il; je n’ai besoin de rien ou plutôt je ne puis user de rien. Un éternuement me casserait. Sais-tu combien il y a de grains de tabac dans un cornet d’un sou? combien de bouchées dans un pain? combien de gouttes de vin dans un verre? Je vis avec une bouchée de pain, une goutte de vin et le grain de tabac est mon excès. Je me propose même de renoncer à cette mauvaise habitude. Fifi, à part mon loyer et mes écuries, je ne consomme pas la valeur de vingt centimes pas jour.
«Remarque bien ceci: La richesse est moqueuse comme toutes les grandes dames. Elle fait ses farces peut-être en tapinois, avec de forts garçons comme toi, mais elle glisse entre leurs bras vigoureux et ne se laisse prendre en définitive, que par ceux qui ne peuvent plus… hé! hé! hé! Il eut un rire paisible.
– Ces cordes me font souffrir beaucoup, dit Vincent.
Une véritable angoisse lui avait arraché ces paroles, les premières qu’il eût encore prononcées.
– Patience, mon fils, je ne t’ai pas lié pour te faire souffrir, mais pour causer en toute sûreté avec toi. La cruauté n’est pas dans mon caractère; seulement quand la question de précaution ou d’utilité se présente, je n’ai jamais de vaines délicatesses. Cette ligne de conduite me réussit depuis près de cent ans; tu conçois que je n’ai pas idée de m’en départir. Que diable! j’ai bien le droit de tuer une heure ou deux de temps avec toi, qui voulais me voler plus d’or que n’en rapporte l’impôt du royaume de France. Qui sait, d’ailleurs? On dit que le premier chien de chasse fut un loup dressé à étrangler ses frères. Je suis entouré de loups. Que dirais-tu si je te laissais vivre en te donnant chez moi un emploi de chien de chasse?
Vincent baissa les yeux et murmura:
– Ces cordes m’entrent dans la chair.
– Patience! Tu avais apporté des pistolets et un poignard, ce n’était pas par intérêt pour moi, mon bibi. Je prends ici ma récréation; pense donc! Les nuits sont si longues quand on ne dort jamais, et tout l’argent du monde ne peut acheter le sommeil.
Il poussa un gros soupir et reprit:
– On pourrait faire quelque chose de toi, si tu n’étais menacé de mort subite. Tu as bien calculé, sinon bien manœuvré, et j’ai eu un petit frisson dans le dos, sangodémi! quand j’ai su que tu avais piqué un point rouge sur ton plan, juste au bon endroit.
Son doigt tendu montrait l’alcôve.
L’œil de Vincent suivit involontairement ce mouvement, et malgré le martyre qu’il subissait, une flamme s’alluma dans sa prunelle.
XXV Trésor antique
– Eh! eh! fit le vieillard, en voyant briller cette étincelle dans les yeux de son prisonnier, tu as beau te sentir condamné, la passion n’est pas morte en toi. Tu gardes le désir de voir mon trésor. C’est bien! je comprends cela, et je m’engage à contenter ton envie avant de te mettre à la porte pour l’autre monde. Patience! Tu vas t’habituer à ces cordes. Dis-moi un peu: te serais-tu reconnu ici?
– Non, répliqua Vincent, l’œil fixé sur l’alcôve.
– Nous y avons passé de bonnes soirées. Il faisait froid, te souviens-tu, par ces nuits d’hiver? Le poêle était là, derrière moi. Comme il ronflait! Tu ne peux pas m’accuser de t’avoir pris sans vert, je t’avais prévenu. Mais à quoi servent les avertissements? L’amour qui rend fou, l’amour d’une femme n’est rien auprès du délire de l’or. Je ne t’en veux pas, tu sais. J’aurais fait comme toi, seulement, je ne me serais pas laissé prendre. Qu’espérais-tu? Le hasard t’avait appris l’histoire du vieux lion: doux comme un agneau, c’est certain, mais dévorant jusqu’à ses petits quand ils rôdent autour de son or, – autour de son âme! Tu sais comme j’aime Francesca, ma Fanchette chérie, ma dernière tendresse, eh bien! si Francesca savait ce qu’il y a derrière ces rideaux…
Il s’interrompit et montra de son doigt aigu le portrait de jeune homme pendu à la boiserie.
– Celui-ci était le frère de Fanchette, ajouta-t-il, et je l’aimais – il est mort.
– Tuez-moi tout de suite, murmura Carpentier en un gémissement. Ma chair se gonfle sous ces liens; ces cordes sont des fers rouges qui me brûlent. Je ne peux plus supporter ce supplice!
Une convulsion agita tout son corps.
– Povero! dit le vieillard, je connais cela, Quand j’ai des souliers qui me gênent, j’en pleurerais! As-tu des cors? Ce jeune Reynier doit être un joli garçon maintenant, hé? Son aventure de la campagne de Sartène pourrait bien lui amener des désagréments quelque jour. Il y a d’autres papillons que toi, mon bon, qui sont en train de se brûler à la chandelle. Je les connais comme je te connaissais: tous mes amis et amies, ces chers Compagnons du Trésor qui n’auront jamais un sou de ma tirelire et qui viendront l’un après l’autre – ou tous ensemble – butter contre le bord de ma trappe! Qu’est-ce que va devenir Irène, ta petite demoiselle? Je pense à tout, moi!
La gorge de Vincent rendit une sorte de râle.
– C’est bête, fit le colonel, tu n’avais qu’à rester tranquille. Je t’avais pris gâcheur de mortier pour faire de toi un gentilhomme. Tu as passé six ans à tresser la corde qui va te pendre; c’est bête. Je comptais m’amuser avec toi et te rappeler nos voyages de nuit. Hein! te souviens-tu: «Avez-vous quelque chose à déclarer?» C’était drôle… Mais tu ne m’amuses plus du tout, bonhomme. Je crois que j’ai sommeil. Je vais te montrer ce que tu avais si grande envie de voir, et puis nous irons nous coucher, moi dans mon lit, toi…
Il n’acheva pas, et rien ne saurait peindre l’atroce bonhomie de son sourire.
Il se leva et fit un pas vers le lit.
À voir d’un côté la débilité de ce corps vieilli, usé jusqu’à la transparence, et de l’autre la pesante masse du lit à colonnes, il n’y avait pas à penser que le colonel pût seulement le remuer d’un quart de ligne.
Pourtant, il n’eut qu’à toucher un des lourds piliers pour mettre en mouvement le meuble, qui roula d’un temps au milieu de la chambre comme un wagon glisse sur le rail, découvrant ainsi la profondeur entière de l’alcôve.
Le colonel jeta un regard de côté sur Vincent, pour voir l’effet produit par ce premier coup de théâtre.
Vincent était immobile, les yeux fermés, la bouche contractée.