L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]
- Автор: Рейнольдс Аластер
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05841-4
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
De petits réduits renfermant du matériel étaient accrochés comme des tiques dans la structure géodésique. L’ascenseur se plaqua à l’une de ces verrues, et ils s’engagèrent dans un complexe de salles qui semblaient vibrer encore d’une activité à peine interrompue. Des notes d’information et d’avertissement étaient peintes au pochoir ou simplement collées, l’installation étant trop rudimentaire pour les générateurs entoptiques.
Ils prirent une passerelle métallique aux poutrelles vibrantes qui menait, à travers la résille géodésique, vers la peau noire de l’objet amarantin. Ils étaient à mi-hauteur, au niveau de la rainure, mais trop près pour qu’il leur paraisse encore sphérique. Ils n’en voyaient que la paroi noire, lisse, impénétrable, aussi gigantesque et sans profondeur que l’image du Voile de Lascaille dont il avait conservé le souvenir après son retour de Spindrift. Ils suivirent la passerelle jusqu’à ce qu’elle les emmène dans la rainure.
Elle s’incurvait aussitôt vers la droite. Ils étaient entourés sur les trois côtés – à gauche, en haut et en bas – par la substance noire bizarrement lisse de l’artefact. Ils marchaient sur un caillebotis fixé, en dessous, par des ventouses, le matériau étant à peu près sans friction. Sur la droite, une rambarde placée à hauteur de la taille les séparait symboliquement de plusieurs centaines de mètres de vide. Tous les cinq ou six mètres, une lampe était assujettie à la paroi intérieure par des blocs d’époxy, et tous les vingt mètres environ était placé un panneau arborant des symboles incompréhensibles.
Ils suivaient cette rampe inclinée depuis trois ou quatre minutes lorsque Girardieau ordonna la halte. Ils étaient arrivés à un entrelacs de câbles électriques, de lampes et de consoles de communication. La paroi gauche de la rainure s’enfonçait vers l’intérieur.
— Nous avons mis des semaines à découvrir le moyen d’entrer, dit Girardieau. Au départ, la tranchée était colmatée par du basalte. Il a fallu que nous la dégagions complètement pour découvrir cet endroit où le basalte semblait s’enfoncer dans la sphère. On aurait dit qu’il obstruait une sorte de tunnel radial qui aurait débouché dans la tranchée.
— Vous avez travaillé comme de vaillants petits castors, à ce que je vois.
— Ça n’a pas été tout seul, répondit Girardieau. Par comparaison, l’excavation de la tranchée était du gâteau. Ici, nous avons dû forer et extraire les gravats par le même petit trou. Il y en a qui proposaient d’utiliser des chalumeaux pour percer des tunnels secondaires afin d’accélérer le travail, mais nous ne nous y sommes pas risqués. Et puis nos forets à pointe minérale n’arrivaient pas à entamer le matériau de la sphère.
La curiosité scientifique de Sylveste prit momentanément le dessus sur la tentation de minimiser les tentatives de Girardieau pour l’impressionner.
— On sait ce qu’est cette matière ?
— Du carbone, principalement, avec un peu de fer, du niobium, quelques métaux rares et des oligo-éléments. Mais nous n’en connaissons pas la structure. Ce n’est pas simplement une forme allotropique du diamant que nous n’avons pas encore inventée, ni même de l’hyperdiamant. Les quelques dizaines de millimètres de la surface sont peut-être proches du diamant, mais, en profondeur, la chose semble subir une sorte de transformation structurelle complexe. Il se pourrait que la structure ultime – à une profondeur que nous n’avons pas encore explorée – ne soit même pas vraiment cristalline mais fracturée en milliards de macromolécules lourdes qui auraient le poids du carbone, conglomérées en une masse co-agissante. Ces molécules semblent parfois se frayer un chemin vers la surface le long des failles du réseau cristallin ; c’est ainsi que nous les avons détectées.
— On dirait, à t’entendre, que ce serait délibéré.
— Ça se pourrait. Les molécules sont peut-être des espèces de petits enzymes conçus pour réparer la croûte de diamant quand elle est endommagée. Mais nous n’avons pas réussi à isoler une seule de ces macromolécules, pas sous une forme stable du moins, ajouta-t-il avec un haussement d’épaules. Tout se passe comme si elles perdaient leur cohérence dès qu’elles sont séparées de la matrice. Elles s’effondrent avant que nous ayons le temps de les analyser en profondeur.
— D’après ta description, dit Sylveste, ça ressemble beaucoup à une forme de technologie moléculaire.
Girardieau regarda Sylveste en souriant, l’air d’approuver le petit jeu auquel ils se livraient.
— Sauf que nous savons que les Amarantins étaient beaucoup trop primitifs pour faire une chose pareille.
— Évidemment.
— Évidemment, répéta Girardieau avec un sourire, adressé cette fois au groupe entier. Si nous poursuivions à l’intérieur ?
Le réseau de galeries qui partait de la rainure était plus complexe que Sylveste ne l’imaginait. Il avait supposé que le tunnel radial s’enfonçait sur la distance voulue pour traverser la coque de l’objet, et qu’ils arriveraient à une cavité, mais il n’en était rien. Il se retrouva dans un véritable dédale. Le boyau suivait une direction radiale sur une dizaine de mètres environ, puis il faisait un coude vers la gauche et se ramifiait bientôt en un système de tunnels inextricables. Les circuits étaient repérés avec des marqueurs adhésifs, mais le code de couleurs était trop énigmatique et n’avait aucun sens pour Sylveste. Au bout de cinq minutes, il était complètement désorienté. Quelque chose lui disait, pourtant, qu’ils ne s’étaient pas enfoncés très profondément dans la chose. C’était comme si le labyrinthe était l’œuvre d’un asticot dément qui aurait préféré la partie de la pomme située juste sous la peau. Ils finirent malgré tout par traverser ce qui paraissait être une fissure régulière dans la matière de la chose. Girardieau expliqua qu’elle était structurée selon une série de coques concentriques. Pendant qu’ils poursuivaient leur chemin dans un nouveau réseau de galeries inextricables, Girardieau les régala d’histoires spécieuses sur l’exploration initiale de l’objet.
Ils étaient au courant de son existence depuis deux ans – depuis que Sylveste avait attiré l’attention de Pascale sur la bizarrerie que constituait la date d’enfouissement de l’obélisque. L’excavation de la caverne avait pris presque tout ce temps. L’étude du dédale intérieur de l’objet n’avait commencé que quelques mois auparavant. Il y avait eu plusieurs accidents mortels, au début. Rien de mystérieux, apparemment – juste des équipes qui s’étaient perdues dans des parties non cartographiées du labyrinthe et qui étaient tombées dans des portions verticales du réseau de galeries où le plancher de sécurité n’avait pas encore été fixé. Une femme était morte de faim après s’être aventurée trop loin sans laisser de repères derrière elle. Des cyborgs l’avaient retrouvée, deux semaines plus tard. Elle avait tourné en rond, parfois à quelques minutes à peine des zones sécurisées.
L’avance dans la dernière coque concentrique se révéla plus lente et plus délibérée que dans les quatre précédentes. Ils descendirent jusqu’à une portion de galerie agréablement horizontale qui débouchait dans une lumière laiteuse.
Girardieau prononça quelques mots dans le bout de sa manche et la lumière diminua d’intensité.