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Электронная книга - «La vie devant soi». Краткое содержание книги:

Il devait penser que j’étais encore interdit aux mineurs et qu’il y avait des choses que je ne devais pas savoir. En ce moment, je devais avoir sept ans ou peut-être huit, je ne peux pas vous dire au juste parce que je n’ai pas été daté, comme vous allez voir quand on se connaîtra mieux, si vous trouvez que ça vaut la peine.
Momo ne connaît pas son âge, mais il connaît le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et, conformément à ce droit sacré à la dignité, Madame Rosa, ancienne prostituée reconvertie en nounou pour « enfants de putes », n’est pas obligée d’aller à l’hôpital. Il va donc tout mettre en œuvre pour la préserver contre l’acharnement thérapeutique. Car, s’il sait que l’on peut vivre sans amour, il sait aussi reconnaître cette chose formidable quand elle se présente. Il sait que sans l’amour qu’elle lui infuse, sans l’amour qui déborde de son propre cœur, en vrac pourvu que ça sorte, la vie serait une lutte perdue d’avance pour les petits pensionnaires de la rue Bisson, à Belleville.
Pour nous parler d’un monde à part où les prostituée sont « des personnes qui se défendent avec leur cul », où les enfants vendent les chiens parce qu’ils les aiment trop, où les gens ont une grandeur d’âme insoupçonnée, Momo amalgame les mots sans toujours en saisir le sens, ce qui donne lieu à des phrases souvent incorrectes, mais toujours vraies et parfois même très crues. Cette œuvre bouleversante mais jamais larmoyante, publiée sous le nom d’Émile Ajar, a remporté le Goncourt 1975, inscrivant ainsi Romain Gary dans la légende, puisqu’il est le seul romancier à avoir décroché deux fois le prestigieux prix.
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– Moi les lois de la nature j’ai rien à en foutre, Madame Lola.

Elle s’est mise à rire.

– Moi non plus.

– Moi les lois de la nature je les emmerde complètement, Madame Lola. Je leur crache dessus. Les lois de la nature, c’est des telles dégueulasses que ça devrait même pas être permis.

Je me suis levé. Elle avait un sein plus grand que l’autre parce qu’elle n’était pas naturelle. Je l’aimais bien, Madame Lola.

Elle m’a fait un beau sourire.

– Tu veux pas venir vivre avec moi, en attendant ?

– Non, merci, Madame Lola.

Elle est venue s’accroupir à côté de moi et elle m’a pris le menton. Elle avait les bras tatoués.

– Tu peux rester ici. Je vais m’occuper de toi.

– Non, merci, Madame Lola. J’ai déjà quelqu’un.

Elle a soupiré et puis elle s’est levée et elle est allée fouiller dans son sac.

– Tiens, prends ça.

Elle m’a refilé trente sacs.

Je suis allé faire de l’eau au robinet parce que j’avais une soif de seigneur.

Je suis redescendu et je me suis enfermé avec Madame Rosa dans son trou juif. Mais j’ai pas pu tenir. Je lui ai versé dessus tout le parfum qui restait mais c’était pas possible. Je suis ressorti et je suis allé rue Coulé où j’ai acheté des couleurs à peindre et puis des bouteilles de parfum à la parfumerie bien connue de Monsieur Jacques qui est un hétérosexuel et qui me fait toujours des avances. Je ne voulais rien manger pour punir tout le monde mais c’était même plus la peine de leur adresser la parole et j’ai bouffé des saucisses dans une brasserie. Quand je suis rentré, Madame Rosa sentait encore plus fort, à cause des lois de la nature et je lui ai versé dessus une bouteille de parfum Samba qui était son préféré. Je lui ai peint ensuite la figure avec toutes les couleurs que j’ai achetées pour qu’elle se voie moins. Elle avait toujours les yeux ouverts mais avec le rouge, le vert, le jaune et le bleu autour c’était moins terrible parce qu’elle n’avait plus rien de naturel. Après j’ai allumé sept bougies comme c’est toujours chez les Juifs et je me suis couché sur le matelas à côté d’elle. Ce n’est pas vrai que je suis resté trois semaines à côté du cadavre de ma mère adoptive parce que Madame Rosa n’était pas ma mère adoptive. C’est pas vrai et j’aurais pas pu tenir, parce que je n’avais plus de parfum. Je suis sorti quatre fois pour acheter du parfum avec l’argent que Madame Lola m’a donné et j’en ai volé autant. Je lui ai tout versé dessus et je lui ai peint et repeint le visage avec toutes les couleurs que j’avais pour cacher les lois de la nature mais elle se gâtait terriblement de partout parce qu’il n’y a pas de pitié. Quand ils ont enfoncé la porte pour voir d’où ça venait et qu’ils m’ont vu couché à côté, ils se sont mis à gueuler au secours quelle horreur mais ils n’avaient pas pensé à gueuler avant parce que la vie n’a pas d’odeur. Ils m’ont transporté en ambulance où ils ont trouvé dans ma poche le bout de papier avec le nom et l’adresse. Ils vous ont appelés parce que vous avez le téléphone, ils avaient cru que vous étiez quelque chose pour moi. C’est comme ça que vous êtes tous arrivés et que vous m’avez pris chez vous à la campagne sans aucune obligation de ma part. Je pense que Monsieur Hamil avait raison quand il avait encore sa tête et qu’on ne peut pas vivre sans quelqu’un à aimer, mais je ne vous promets rien, il faut voir. Moi j’ai aimé Madame Rosa et je vais continuer à la voir. Mais je veux bien rester chez vous un bout de temps, puisque vos mômes me le demandent. C’est Madame Nadine qui m’a montré comment on peut faire reculer le monde et je suis très intéressé et le souhaite de tout cœur. Le docteur Ramon est même allé chercher mon parapluie Arthur, je me faisais du mauvais sang car personne n’en voudrait à cause de sa valeur sentimentale, il faut aimer.

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