L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
– Et quand verrons-nous cela, monsieur Cyrus ?
– Demain, dès que nous aurons creusé un trou de mine », répondit l’ingénieur.
Le lendemain, – 21 mai, – dès l’aube, les mineurs se rendirent à une pointe qui formait la rive est du lac Grant, et à cinq cents pas seulement de la côte. En cet endroit, le plateau était en contre-bas des eaux, qui n’étaient retenues que par leur cadre de granit. Il était donc évident que si l’on brisait ce cadre, les eaux s’échapperaient par cette issue, et formeraient un ruisseau qui, après avoir coulé à la surface inclinée du plateau, irait se précipiter sur la grève. Par suite, il y aurait abaissement général du niveau du lac, et mise à découvert de l’orifice du déversoir, – ce qui était le but final.
C’était donc le cadre qu’il s’agissait de briser.
Sous la direction de l’ingénieur, Pencroff, armé d’un pic qu’il maniait adroitement et vigoureusement, attaqua le granit sur le revêtement extérieur. Le trou qu’il s’agissait de percer prenait naissance sur une arête horizontale de la rive, et il devait s’enfoncer obliquement, de manière à rencontrer un niveau sensiblement inférieur à celui des eaux du lac. De cette façon, la force explosive, en écartant les roches, permettrait aux eaux de s’épancher largement au dehors et, par suite, de s’abaisser suffisamment.
Le travail fut long, car l’ingénieur, voulant produire un effet formidable, ne comptait pas consacrer moins de dix litres de nitro-glycérine à l’opération. Mais Pencroff, relayé par Nab, fit si bien que, vers quatre heures du soir, le trou de mine était achevé.
Restait la question d’inflammation de la substance explosive. Ordinairement, la nitro-glycérine s’enflamme au moyen d’amorces de fulminate qui, en éclatant, déterminent l’explosion. Il faut, en effet, un choc pour provoquer l’explosion, et, allumée simplement, cette substance brûlerait sans éclater.
Cyrus Smith aurait certainement pu fabriquer une amorce. À défaut de fulminate, il pouvait facilement obtenir une substance analogue au coton-poudre, puisqu’il avait de l’acide azotique à sa disposition.
Cette substance, pressée dans une cartouche, et introduite dans la nitro-glycérine, aurait éclaté au moyen d’une mèche et déterminé l’explosion.
Mais Cyrus Smith savait que la nitro-glycérine a la propriété de détonner au choc. Il résolut donc d’utiliser cette propriété, quitte à employer un autre moyen, si celui-là ne réussissait pas. En effet, le choc d’un marteau sur quelques gouttes de nitro-glycérine, répandues à la surface d’une pierre dure, suffit à provoquer l’explosion. Mais l’opérateur ne pouvait être là, à donner le coup de marteau, sans être victime de l’opération.
Cyrus Smith imagina donc de suspendre à un montant, au-dessus du trou de mine, et au moyen d’une fibre végétale, une masse de fer pesant plusieurs livres. Une autre longue fibre, préalablement soufrée, était attachée au milieu de la première par une de ses extrémités, tandis que l’autre extrémité traînait sur le sol jusqu’à une distance de plusieurs pieds du trou de mine. Le feu étant mis à cette seconde fibre, elle brûlerait jusqu’à ce qu’elle eût atteint la première. Celle-ci, prenant feu à son tour, se romprait, et la masse de fer serait précipitée sur la nitro-glycérine.
Cet appareil fut donc installé ; puis l’ingénieur, après avoir fait éloigner ses compagnons, remplit le trou de mine de manière que la nitro-glycérine vînt en affleurer l’ouverture, et il en jeta quelques gouttes à la surface de la roche, au-dessous de la masse de fer déjà suspendue.
Ceci fait, Cyrus Smith prit l’extrémité de la fibre soufrée, il l’alluma, et, quittant la place, il revint retrouver ses compagnons aux Cheminées.
La fibre devait brûler pendant vingt-cinq minutes, et, en effet, vingt-cinq minutes après, une explosion, dont on ne saurait donner l’idée, retentit. Il sembla que toute l’île tremblait sur sa base. Une gerbe de pierres se projeta dans les airs comme si elle eût été vomie par un volcan. La secousse produite par l’air déplacé fut telle, que les roches des Cheminées oscillèrent. Les colons, bien qu’ils fussent à plus de deux milles de la mine, furent renversés sur le sol.
Ils se relevèrent, ils remontèrent sur le plateau, et ils coururent vers l’endroit où la berge du lac devait avoir été éventrée par l’explosion… Un triple hurrah s’échappa de leurs poitrines ! Le cadre de granit était fendu sur une large place ! Un cours rapide d’eau s’en échappait, courait en écumant à travers le plateau, en atteignait la crête, et se précipitait d’une hauteur de trois cents pieds sur la grève !
CHAPITRE XVIII
Le projet de Cyrus Smith avait réussi ; mais, suivant son habitude, sans témoigner aucune satisfaction, les lèvres serrées, le regard fixe, il restait immobile. Harbert était enthousiasmé ; Nab bondissait de joie ; Pencroff balançait sa grosse tête et murmurait ces mots : « Allons, il va bien notre ingénieur ! »
En effet, la nitro-glycérine avait puissamment agi. La saignée, faite au lac, était si importante, que le volume des eaux qui s’échappaient alors par ce nouveau déversoir était au moins triple de celui qui passait auparavant par l’ancien. Il devait donc en résulter que, peu de temps après l’opération, le niveau du lac aurait baissé de deux pieds, au moins.
Les colons revinrent aux Cheminées, afin d’y prendre des pics, des épieux ferrés, des cordes de fibres, un briquet et de l’amadou ; puis, ils retournèrent au plateau. Top les accompagnait.
Chemin faisant, le marin ne put s’empêcher de dire à l’ingénieur :
« Mais savez-vous bien, monsieur Cyrus, qu’au moyen de cette charmante liqueur que vous avez fabriquée, on ferait sauter notre île tout entière ?
– Sans aucun doute, l’île, les continents, et la terre elle-même, répondit Cyrus Smith. Ce n’est qu’une question de quantité.
– Ne pourriez-vous donc employer cette nitro-glycérine au chargement des armes à feu ? demanda le marin.
– Non, Pencroff, car c’est une substance trop brisante. Mais il serait aisé de fabriquer de la poudre-coton, ou même de la poudre ordinaire, puisque nous avons l’acide azotique, le salpêtre, le soufre et le charbon. Malheureusement, ce sont les armes que nous n’avons pas.
– Oh ! monsieur Cyrus, répondit le marin, avec un peu de bonne volonté !… »
Décidément, Pencroff avait rayé le mot « impossible » du dictionnaire de l’île Lincoln.
Les colons, arrivés au plateau de Grande-vue, se dirigèrent immédiatement vers la pointe du lac, près de laquelle s’ouvrait l’orifice de l’ancien déversoir, qui, maintenant, devait être à découvert.
Le déversoir serait donc devenu praticable, puisque les eaux ne s’y précipiteraient plus, et il serait facile sans doute d’en reconnaître la disposition intérieure. En quelques instants, les colons avaient atteint l’angle inférieur du lac, et un coup d’œil leur suffit pour constater que le résultat avait été obtenu. En effet, dans la paroi granitique du lac, et maintenant au-dessus du niveau des eaux, apparaissait l’orifice tant cherché. Un étroit épaulement, laissé à nu par le retrait des eaux, permettait d’y arriver. Cet orifice mesurait vingt pieds de largeur environ, mais il n’en avait que deux de hauteur. C’était comme une bouche d’égout à la bordure d’un trottoir. Cet orifice n’aurait donc pu livrer un passage facile aux colons ; mais Nab et Pencroff prirent leur pic, et, en moins d’une heure, ils lui eurent donné une hauteur suffisante.