Un long moment de silence
- Автор: Colize Paul
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Gallimard
- ISBN: 978-2070455072
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Un long moment de silence». Краткое содержание книги:
Prix Boulevard de l'Imaginaire 2013
Prix Polars Pourpres 2013
2012. À la fin de l’émission où il est invité pour son livre sur la « Tuerie du Caire », un attentat qui a fait quarante victimes dont son père en 1954, Stanislas Kervyn reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu’il croyait savoir.
1948. Nathan Katz, un jeune Juif rescapé des camps, arrive à New York pour essayer de reconstruire sa vie. Il est rapidement repéré par le Chat, une organisation prête à exploiter sa colère et sa haine.
Quel secret unit les destins de ces deux hommes que tout semble séparer ?
La guerre a commencé pour moi à la fin du mois d’août 1939. Je prenais une semaine de vacances chez ma tante à Zakopane, dans les Tatras, au sud de la Pologne, et mon père m’a envoyé un télégramme pour me demander de rentrer (illisible) (immédiatement ?) à Lwów. Ce jour-là, à Moscou, Ribbentrop et Molotov avaient signé le fameux pacte de non-agression et pour mon père, cet accord signifiait la guerre, car cela laissait aux Allemands le champ libre.
Je suis rentré à Lwów comme il me l’avait demandé. Les premiers jours, j’ai cru qu’il s’était trompé. J’ai recommencé à travailler dans la pharmacie. J’avais dix-huit ans et je n’étais qu’un petit apprenti, mais monsieur Stanislas était un magicien ( ?). Il avait une patience infinie et prenait le temps qu’il fallait pour m’expliquer ce que je devais faire, ce qui m’a permis d’apprendre sérieusement mon métier avec la passion identique qui m’anime encore aujourd’hui.
Au début du mois de septembre, les Allemands ont envahi l’ouest du pays et des milliers de réfugiés ont envahi la ville. Ils espéraient que notre armée (illisible) (parviendrait ?) à les arrêter. Les magasins étaient vides et il n’y avait presque plus de nourriture ni d’approvisionnement. Il fallait faire une file interminable pour acheter des légumes, du pain ou du sucre. Il y avait moyen d’acheter des vivres au marché noir, mais il fallait payer quatre ou cinq fois le prix.
Les réfugiés étaient juifs pour la plupart. Ils n’avaient plus d’argent et dormaient dans la rue. Le (ou la) (illisible) (une maladie ?) est venue et tout le personnel de la pharmacie a été mobilisé pour apporter de l’aide aux malades. Les journées étaient très éprouvantes et nous devions aussi travailler une partie de la nuit. Les enfants me fendaient le cœur et j’étais désespéré de ne pouvoir les soigner. Après quelques jours, nous n’avions plus de médicaments dans l’officine et monsieur Stanislas a confectionné des pommades et des remèdes de substitution avec (illisible) pour pouvoir répondre au nombre de malades.
Le 17 septembre, les Russes sont entrés dans le pays par l’est. Ils sont arrivés à Lwów quelques jours plus tard. Sur leur passage, ils ont pillé les magasins, ils ont incendié des villages, ils ont tué des hommes et violé des femmes.
La plus âgée des filles, Maria, avait dû arrêter ses études de médecine et travaillait à la pharmacie. Votre femme et sa sœur étaient dans un pensionnat tenu par des religieuses, en dehors de la ville. Les Russes ont forcé l’entrée et ont tout saccagé. J’ai appris plus tard ce qu’ils ont fait subir à ces pauvres jeunes filles. Je suis affreusement désolé de ce qui est arrivé à votre femme et à sa sœur.
Le 28 septembre, nous avons dû assister à la parade de la cavalerie russe dans les rues de la ville. Tous les soldats étaient sur des chevaux blancs et étaient fiers et hautains. D’autres soldats passaient dans la foule et frappaient ceux qui ne saluaient pas. Ce jour-là, j’ai compris qu’ils nous haïssaient autant que les Allemands.
Mes parents ont craint pour le futur. Nous avons préparé notre fuite. Pendant la nuit, nous sommes partis vers le sud et nous avons réussi à rejoindre la Bulgarie. Nous sommes arrivés jusqu’à la mer Noire où nous avons pu prendre un bateau vers la Turquie, puis un autre vers la Palestine.
À compter de ce jour, je n’ai plus eu de nouvelles de la famille de votre femme. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé. Par des gens qui sont restés, la seule chose que je sais, c’est que la pharmacie a été fermée et que les deux années qui ont suivi ont été très dures pour les Polonais.
Lwów et sa région sont devenues l’Ukraine occidentale. Les Russes ont soviétisé tous les habitants des territoires. Les entreprises ont été mises sous le contrôle de l’État et l’agriculture a été collectivisée. Les religieux et les intellectuels ont été persécutés.
Quelques semaines après la défaite de notre armée, les Russes ont organisé des élections pour diriger le pays. Les administrations ont été rouvertes avec des Russes ou des Ukrainiens à leur tête. Ils ont également rouvert les écoles en obligeant les élèves à apprendre le russe et à se conformer au marxisme-léninisme. Seul le parti communiste a été autorisé et tous les habitants ont acquis la citoyenneté soviétique.
Les prisonniers de guerre polonais qui avaient été capturés pendant l’invasion ont été envoyés dans des camps en Sibérie. On a appris après la guerre que quinze mille prisonniers ont été tués d’une balle dans la nuque et enterrés dans des fosses communes. Les civils qui avaient travaillé pour l’État polonais ont été accusés de crimes contre la Révolution et ont été arrêtés. Pour la Pologne, ces années ont été les pires que le pays a connues.
Quand les Allemands ont repris la ville, en 1941, la population les a accueillis comme des libérateurs. Je sais qu’une telle chose paraît inimaginable avec le recul des années.
Je ne peux rien vous dire de plus sur cette sombre période.
Je vous remercie des efforts que vous avez accomplis pour trouver mon adresse et j’espère avoir de vos nouvelles très bientôt.
Je respecterai votre demande et je ne prendrai aucune initiative envers votre épouse ou sa famille avant d’avoir reçu votre accord.
Que L’Éternel Dieu vous bénisse.
Samuel Feldmann
Tel-Aviv
15 mars 1953