Il suffit d'un amour. Tome 1
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Катрин #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Il suffit d'un amour. Tome 1». Краткое содержание книги:
Devenue l'épouse du grand argentier du duc, le destin de Catherine semble scellé. Et si, désormais, tout pousse Catherine vers le duc, tout semble l'éloigner d'Arnaud : la haine, la guerre, la vengeance.
C'est un calvaire physique et moral, que gravit celle sur qui le grand duc d'Occident a jeté son dévolu. Pourtant, de Dijon à Bruges, de Bruges à Orléans assiégée, tandis que le destin s'acharne sur elle, Catherine poursuit aveuglement son rêve d'amour...
— Eh, doucement, compère !... Moi aussi je l'ai vue !... Part à deux!...
Le colosse qui tenait Catherine relâcha son étreinte, surpris, et se retourna. Le tas de haillons que la jeune fille avait vu s'ébranler se dressait derrière lui, ombre courte, tassée et comme dentelée dans ses vêtements en loques. Un grognement dangereux lui échappa.
Catherine sentit se tendre les muscles de son agresseur. Il allait frapper mais l'autre reprit :
Allons, Dimanche-l'Assommeur, ne fais pas le méchant !... Tu sais très bien que tu aurais des ennuis avec Jacquot de la Mer si tu faisais des bosses à son meilleur copain. Partageons la fille... Je te garantis qu'elle est gironde comme y en a pas. Tu sais que je vois la nuit, comme les chats, moi...
Le truand grogna à nouveau mais ne protesta pas. Il serra seulement plus fort sa proie contre lui en disant :
— Ah !... c'est toi, Jehan des Écus !... Passe ton chemin, les filles, c'est pas pour toi !...
Mais le tas de haillons ne paraissait pas désirer se laisser convaincre. Son rire s'éleva à nouveau, grinçant, sinistre, évoquant irrésistiblement pour la jeune fille épouvantée la chaîne rouillée d'un gibet.
— Que tu dis !... J'ai les écrouelles et le dos tordu mais dans un lit j'en vaux un autre... Emmène la fille sous l'arche de la maison au pignon, là où passe le Suzon. On la déshabillera. Jacquot de la Mer dit toujours qu'on ne peut pas juger une fille tant qu'elle a même un haillon sur la peau... Allez viens !...
Le ton, impérieux, était celui d'un maître et sans doute celui que l'on avait appelé Dimanche-l'Assommeur allait-il se laisser convaincre. Mais, par deux fois, Jehan des Écus avait prononcé le nom du roi des Truands et ce nom avait percé la terreur de Catherine.
Elle décida de jouer son va-tout. De toute façon, rien ne pourrait être pire que ce qui l'attendait aux mains de ces bandits.
— Vous parlez de Jacquot de la Mer, dit-elle d'une voix qu'elle s'efforçait d'affermir. C'est chez lui que j'allais et vous me retardez...
Instantanément la poigne du colosse se desserra tandis que l'autre se rapprochait. D'une main étrangement vigoureuse pour un être aussi tordu, il l'arracha complètement des mains de Dimanche.
— Qu'est-ce que tu vas faire chez Jacquot ? Tu n'es pas une de ses fillettes. Elles sont toutes au travail à cette heure.
Il faut que je le vois, s'écria Catherine prête à pleurer. C'est très... très important ! Si vous êtes de ses hommes, conduisez-moi chez lui, je vous en supplie.
Il y eut un petit silence puis Jehan des Écus poussa un soupir où entrait un regret sincère.
— Ça change tout ! fit-il. Si tu vas chez Jacquot, on ne peut pas t'arrêter. Mais c'est bien dommage. Allez, Dimanche, amène-toi...
Faut qu'on escorte cette pucelle... car tu es pucelle, hein la fille ? Ça se sent, sinon tu n'aurais pas fait tant d'histoires pour donner un peu de plaisir à deux braves truands...
Trop émue pour répondre, Catherine se remit à marcher entre ceux qui n'étaient encore pour elle que deux ombres sans visage. Elle n'avait plus peur. Elle comprenait obscurément que, jusqu'à la maison du chef, elle était en sûreté et que ces deux bandits se constituaient en quelque sorte ses gardiens. L'ombre énorme de l'un marchait lourdement d'un côté, et l'autre cahotait, avec un déhanchement tragique sur le chemin inégal.
La ruelle descendait, s'insinuait entre deux maisons, traçant un boyau qui serpentait entre deux jardins clos de hauts murs. Au bout de cette venelle, une construction bizarre, informe à première vue et faite de deux maisons enchevêtrées, dressait une silhouette fantastique.
Mais derrière un volet, une lumière brillait malgré le couvre-feu. Une voix de femme chantait ou plutôt psalmodiait une bizarre mélopée dans une langue inconnue.
A mesure que l'on approchait de la maison, la voix se faisait plus nette. Elle montait, parfois, jusqu'à une note aiguë qu'elle soutenait au point de la rendre insupportable, puis se brisait et reprenait, rauque et sourde. A côté d'elle Catherine entendit l'étrange rire grinçant de Jehan des Écus.
— Ha, ha !... Il y a fête chez Jacquot... tant mieux...
Quand ils furent devant la maison, une ombre se détacha de la porte. Catherine vit briller une hache.
— La passe ? fit une voix rogue.
— Ferme à la manche ! répliqua Jehan des Écus.
— Ça va, passez !...
La porte s'ouvrit, découvrant l'intérieur du fameux cabaret de Jacquot de la Mer, rendez-vous de la pègre dijonnaise. Les bons bourgeois n'en parlaient qu'à mots couverts, en se signant et avec une terreur sacrée. On ne comprenait pas à première vue que le vicomte mayeur laissât subsister cette demeure du péché.
N'importe quelle dame dijonnaise se fût évanouie d'horreur si elle avait pu deviner que, parfois, à la nuit close, son respectable époux se glissait jusqu'à la maison réprouvée pour y monnayer les charmes faciles d'une belle fille. Mais Jacquot de la Mer s'y entendait à choisir ses pensionnaires et sa maison pouvait soutenir avantageusement la comparaison avec les étuves les plus fameuses. En bon commerçant, il tenait à satisfaire sa clientèle...
Au premier regard, Catherine ne vit rien qu'un kaléidoscope de couleurs violentes. Une clameur de cris et de musique lui sauta à la figure mais se calma subitement tant l'apparition de cette belle fille, pâle et échevelée, entre ses deux sinistres compagnons, était étrange.
La jeune fille put distinguer alors la grande salle basse et voûtée où l'on descendait par quelques marches de pierre. Au fond, dans une gigantesque cheminée trois moutons rôtissaient ensemble et, un peu partout, il y avait des bancs, des tables de bois graisseux, toutes occupées. Un escalier de bois montait au fond de la pièce, se perdait dans le plafond. Les buveurs offraient un aspect bigarré ; il y avait quelques soldats ivres, et aussi de jeunes gars aux yeux écarquillés, des étudiants ou des apprentis venus là s'encanailler. Près de l'âtre, deux vieilles s'occupaient de la cuisine mais, un peu partout, sur les bancs, sur les genoux des buveurs ou assises à même la table parmi les flaques de vin et les gobelets d'étain il y avait des filles, le corsage largement dégrafé ou même complètement nues. Leurs corps mettaient des taches pâles dans la pénombre fumeuse. Les flammes des quinquets et celles de l'âtre dansaient sur les peaux claires ou mates avec des reflets de satin et aussi sur les trognes écarlates des ivrognes avec des rougeoiements de rubis au soleil.
L'instant d'étonnement causé par leur entrée passé, la bacchanale avait repris tandis que Catherine et ses gardiens descendaient les marches. Les cris, les danses reprirent. Une fille au corps brun, aux seins lourds avait sauté sur une table et se contorsionnait lascivement au milieu d'une forêt de mains tendues. Catherine, épouvantée, se crut en enfer et ferma les yeux.
Du fond de son souvenir, des images analogues se levaient, celles qu'elle avait surprises dans la Grande Cour des Miracles, quand elle se cachait dans la masure de Barnabé, mais alors qu'à cette époque elles avaient seulement étonné et vaguement effrayé l'enfant qu'elle était, elle s'étonnait, s'indignait même de l'étrange plaisir trouble que celles-ci faisaient naître en elle.
La femme qui chantait tout à l'heure recommença une autre chanson, et le son rauque, nostalgique et bas de sa voix fit rouvrir les yeux de Catherine. Cette femme, vêtue d'une robe de satin couleur flamme, des sequins d'or dans les cheveux, était assise sur l'escalier du fond, au milieu d'une troupe d'hommes. Un joueur de luth, penché vers elle, l'accompagnait. Elle chantait les yeux clos, les mains nouées autour de ses genoux et Catherine ne sursauta qu'à peine en la reconnaissant parce que, décidément, cette nuit était la nuit des surprises. C'était Sara...