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Le Livre des Baltimore

Электронная книга - «Le Livre des Baltimore». Краткое содержание книги:

Jusqu'au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.
Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.
Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012, il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman.
Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?
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Un jour de début avril, Hillel, qui lisait tous les jours le Baltimore Sun, tomba sur un article à propos d'un concours musical organisé par une radio nationale. Les participants étaient invités à envoyer leur candidature sous la forme de deux compositions interprétées par eux, enregistrées ou filmées. Le gagnant pourrait enregistrer cinq titres dans un studio professionnel, dont l'un serait diffusé durant six mois par la station de radio. Bien évidemment, Oncle Saul possédait une formidable caméra dernier cri, et bien évidemment il accepta de la prêter à Hillel et Woody. Et depuis ma prison du New Jersey, je recevais tous les jours des appels excités de mes cousins pour me raconter que le projet allait bon train. Durant une semaine, Alexandra passa toutes ses fins d'après-midi à répéter chez les Goldman et, durant le week-end, Hillel et Woody la filmèrent. Je crevais de jalousie.

Mais concours ou pas, nous nous fimes tous les trois, Woody, Hillel et moi, coiffer au poteau car Alexandra arriva bientôt chez les Baltimore avec Austin, son petit ami. Il fallait bien que ça arrive : Alexandra, dix-sept ans, belle comme le jour, n'allait pas jeter son dévolu sur des jardiniers de quinze ans dont la pousse des poils pubiens avait affiché un retard lamentable. Elle nous préféra un type de son lycée, un fils à papa beau comme un dieu et fort comme Hercule, mais bête comme un baudet. Il venait dans le sous-sol, se vautrait sur le canapé, n'écoutait pas les compositions d'Alexandra. Il se fichait de sa musique comme de l'an quarante, alors que sa musique, c'était toute sa vie, ce que cet imbécile d'Austin n'avait pas compris.

Il s'écoula deux mois jusqu'à la proclamation des résultats du concours. Alexandra passa entre-temps son permis de conduire, et les soirs de week-end, quand Austin la laissait tomber pour sortir avec ses copains, elle passait nous prendre chez les Baltimore. Nous allions nous chercher des milk-shakes au Dairy Shack, nous allions nous garer dans une ruelle tranquille et nous nous étendions sur une pelouse, face à la nuit, à écouter la musique que diffusait l'autoradio par les portières ouvertes de la voiture. Alexandra chantait par-dessus et nous, nous imaginions sa chanson diffusée en boucle à la radio.

Dans ces moments-là, nous avions l'impression qu'elle était à nous. Nous discutions pendant des heures. Il arrivait fréquemment qu'Austin soit le sujet de notre conversation. Hillel osait les questions qui nous brûlaient à tous les trois les lèvres :

— Qu'est-ce que tu fais avec un con pareil ? demandait-il.

— Il est très loin d'être un con. Il est parfois un peu abrupt, mais c'est un chouette garçon.

— C'est vrai, se moquait Woody, ce doit être sa décapotable qui lui fait passer de l'air dans la tête.

— Non, sérieusement, le défendait Alexandra, il gagne à être connu.

— N'empêche, c'est un con, tranchait Hillel. Elle finissait par dire :

— Je l'aime. C'est comme ça.

Quand elle disait « je l'aime », nos cœurs se déchiraient.

Alexandra ne remporta pas le concours. Elle reçut pour toute réponse une lettre sèche qui lui disait que sa candidature n'était pas retenue. Austin lui dit que si elle avait perdu, c'est parce qu'elle était nulle.

Pour être tout à fait franc avec vous, lorsque Woody et Hillel me téléphonèrent pour m'annoncer la nouvelle, une partie de moi fut soulagée : il m'aurait été pénible que sa carrière soit lancée grâce à un concours déniché par Hillel et une vidéo qui ait été une fabrication intégrale des Baltimore.

J'eus néanmoins beaucoup de peine pour elle, car je savais combien elle tenait à ce concours. Après avoir obtenu par l'opérateur son numéro de téléphone, je pris mon courage à deux mains et lui téléphonai, ce que je n'avais jamais osé faire malgré l'envie qui me dévorait depuis des mois. À mon grand soulagement, ce fut elle qui répondit, mais le coup de fil commença très mal :

— Salut, Alexandra, c'est Marcus.

— Marcus qui ?

— Marcus Goldman.

— Qui ?

— Marcus, le cousin de Woody et Hillel.

— Oh, Marcus, le cousin ! Bonjour, Marcus, comment vas-tu ?

Je lui dis que je téléphonais à propos du concours, que j'étais désolé qu'elle n'ait pas gagné et, à mesure que nous parlâmes, elle éclata en sanglots.

— Personne ne croit en moi, dit-elle. Je me sens si seule. Tout le monde s'en fout.

— Moi, je m'en fous pas, dis-je. S'ils ne t'ont pas prise, c'est que c'est un concours de nuls. Ils ne te méritent pas ! Ne te laisse pas abattre ! Fonce ! Enregistre une autre démo !

Après avoir raccroché, je rassemblai les économies que j'avais, les mis dans une enveloppe et les lui envoyai pour qu'elle puisse enregistrer une maquette professionnelle.

Quelques jours plus tard, je reçus un avis de retrait d'un envoi postal. Ma mère, inquiète, m'interrogea longuement pour savoir si j'avais acheté des vidéos pornographiques.

— Non, Maman.

— Promets-le moi.

— Je te le promets. Si c'était le cas, je les aurais fait envoyer ailleurs.

— Où ça ?

— Maman, c'était une plaisanterie. Je n'ai pas commandé de vidéos pornographiques.

— Alors, qu'est-ce que c'est ?

— Je ne sais pas.

Malgré mes protestations, elle tint à m'accompagner au bureau de poste pour aller chercher l'envoi et se tint derrière moi au guichet.

— D'où vient l'envoi ? demanda-t-elle à l'employé de poste.

— Baltimore, répondit-il en me remettant une enveloppe.

— Est-ce que tu attends quelque chose de tes cousins ? demanda ma mère.

— Non, Maman.

Elle me somma d'ouvrir et je finis par lui dire :

— Maman, je crois que c'est personnel.

La terreur de la pornographie passée, son visage s'éclaira.

— Tu as une petite amie à Baltimore ?

Je la regardai sans répondre et elle me fit la grâce d'aller attendre dans la voiture. Je m'isolai dans un coin du bureau de poste et décachetai l'enveloppe avec précaution.

Cher Markikette,

Je m'en veux : je ne t'ai jamais remercié de m'avoir écrit pour me dire que tu aurais voulu vivre à Baltimore. J'ai été très touchée. Peut-être qu'un jour tu déménageras ici, qui sait ?

Je te remercie de ta lettre et de l'argent. Je ne peux pas accepter cet argent mais tu m'as convaincue d'utiliser mes économies pour enregistrer une maquette et persévérer.

Tu es une personne très spéciale. J'ai de la chance de te connaître. Merci de m'encourager à devenir musicienne, tu es le seul à croire en moi. Je ne l'oublierai jamais.

J’espère te revoir bientôt à Baltimore.

Tendrement,

Alexandra
PS : Il vaut mieux que tu ne dises pas à tes cousins que je t'ai écrit.

Je relus la lettre dix fois. Je la serrai contre mon cceur. Je dansai sur le sol en béton du bureau de poste. Alexandra m'avait écrit. À moi. Je sentais mon ventre serré par l'émotion. Je rejoignis ma mère dans la voiture et je ne dis pas un mot de tout le trajet. Puis, alors que nous arrivions dans notre allée, je lui dis :

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