Vol au-dessus d'un lit de cocu
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #96
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-00657-2
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Vol au-dessus d'un lit de cocu». Краткое содержание книги:
Le Monde.
— Sana ! appelle Bérurier.
— Quoi donc ?
— Notre mec est canné.
Je bondis.
— Merde, tu me l’as assaisonné !
— Pas du tout, c’est pas pou’ quéques chiquenaudes… Vise-le, il est violet. J’ai r’niflé sa bouche, ça pue l’amande amère. Y d’vait z’avoir un’ capsule de poison dans la margoule et y l’a croquée. Tu parles d’un coriace !
Martinet dit que tous ces morts, il en a rien à branler. Que, très bien, on va les enterrer dans le marécage puisqu’il est doté d’un outillage complet, mais, il en est sur son camping-car esquinté. Franchement, ce coup de hache, il le digère mal.
Béru ricane :
— Si on peut plus se fendre la gueule !
Et moi, j’ajoute :
— De toute manière, tu vas devoir l’abandonner, ton carrosse, mon pauvre Rouquin.
Quouha ! ! ! ! il bastogne.
— Ben, enfin, après cette équipée (je lui désigne les morts), tu vas devoir évacuer ce pays fissa, sinon tu risques des ennuis.
Alors là, il se fâche. Ennuis son cul ! Quand on est parvenu à apprendre le finnois, on reste en Finlande, merde ! Où il ira causer cette chierie de langue, sinon ? Bon, il va filer vers le nord. La Laponie, il se perdra dans les forêts de là-haut. Au cœur des froidures, parmi les hordes de rennes, de caribous, de loups et autres bestioles qui n’ont pas peur des degrés au-dessous de zéro.
Tout en décrivant son avenir surgelé, il se met à touiller dans la merdaille pour y enfouir les deux tordus. Bien fait pour eux ! D’ici qu’on les découvre…
Pendant qu’il s’active, assisté du Valeureux, je continue de caresser la plaque-porte-clés. Les idées naviguent dans ma tronche. Je me dis : voiture. Cette chignole exceptionnelle doit pouvoir me fournir la réponse. Ce n’est pas pour rien que cette plaque se trouvait à son tableau de bord. Alors je cherche. Cherche…
Cherche, cherche, cherche.
Cherche encore.
Et trouve !
Ça se fait à l’instant du renoncement. Pile quand, exténué par mes efforts mentaux, je décide de mouler. A preuve : j’ai déjà la plaquette in my pocket.
Mes potes ont inuhumé les deux terribles. On statue sur la conduite à adopter. Je décide que Martinet va nous haler jusqu’en terrain sec, ensuite, la bibise de l’adieu. Il s’en ira vers son nordique destin. Nous, nous rentrerons à Helsinki avec la Mercedes débarrassée de son pare-brise éclaté et on l’abandonnera dans un endroit discret. Puis : nach l’aéroport, vite fait dare-dare sur le gaz. On chopera le premier coucou, n’importe sa direction, l’essentiel étant de se tirer d’ici.
La police sera très intéressée par la découverte de la chignole. Ça va faire couler de l’encre sous le pont, assure le Gros, qui a des lettres, mais ce ne sont pas les siennes.
Pendant que Béru finit de briser la grande vitre de l’auto, je m’occupe de remettre les banquettes en position normale à l’arrière. Ouf ! Tu sais quoi ? Non, je te jure !
Le machin vient de ce que le dossier coince. Je contrôle, m’aperçois que c’est rapport à un cendrier dont le rabat rabat mal. Je l’ouvre en grand afin de le mieux refermer. Et j’avise une vitre au fond de la niche. Une vraie vitre, épaisse, d’une surface d’environ dix centimètres sur quatre. Le cendrier, quand tu tires sur son couvercle, se dégage légèrement de l’épaisseur de la porte. Tu m’accompagnes bien ? Pas trop de mal ? Trébuche pas de la pensarde, on arrive. Encore une grande enjambée et ça y sera. Moi, pas fou, que fais-je ? Eh bien j’introduis la plaque dans l’interstice. Ensuite j’enfonce l’ensemble du cendrier. Après quoi, je soulève le couvercle. Bravo, Santantonio ! Ça c’est de la gamberge ! Ah, merveille ! Voilà que le fond du cendrier s’est éclairé et que des caractères se détachent sur l’écran de verre. Ça forme des mots. C’est de l’anglais. Je lis :
« Solution X pour Arthur Rubinyol de Thoiry, France ; rabbin Moshé Inkerman de Varsovie ; Aldo Petrini industriel à Rome ; Joseph Smoulard, fonctionnaire à Sarcelles France. Urgence. »
Que peut être cette fameuse solution X ?
Deux tibias croisés sous une tête de mort forment un « X », non ?
Et le premier de la liste, Arthur Rubinyol est mort, non ?
INTERCALERIE
Bon, maintenant, v’là la partie évoquée déblayée, ou presque. Alors je te raconte notre retour à Paname.
Sans incidents majeurs, ni même mineurs, voire simplement en bas âge. Nous ne sommes pas repassés à l’hôtel, que tant pis pour nos bagages, c’était un vieux costume de rechange en ce qui me concerne et je m’apprêtais à l’envoyer aux petites frangines des pauvres. Et mes deux autres chemises, qu’est-ce que tu veux, faut savoir passer à pertes et profits. Quant à Bérurier, à l’exception d’un vieux maillot de corps usagé et d’un tube de mayonnaise, il n’avait pas d’autres effets de rechange. Lui, il se simplifie l’existence au cours de ses déplacements.
De retour à Pantruche, on a eu le bonheur de retrouver Pinuche. Voilà qui t’intéresse, hein ? Baderne-Baderne, c’est ton vieux pote. Il est moisi, branlant, mégoteur, chevrotant, plein d’odeurs indécises, composites, faites de tabac froid, de hardes repassées sales, de calcifs surmenés. Mais c’est commak que tu le veux, la Pine ! Avec ses ergoteries, ses bredouillances, ses navreries constantes et ses maux perpétuels.
Ainsi, voilà donc ce qui lui était arrivé, tandis qu’il me « couvrait » avec son walkie-talkie devant l’Aeroflot (petit drapeau, flotte flotte bien haut !).
Un monsieur ultra-bien s’est approché de lui pour lui solliciter du feu. Pinuche a tendu son mégot. L’homme, comme ça se fait souvement en pareil cas, lui a pris le poignet, afin de le retenir de sucrer et pouvoir lui capter son brasillement. Ensuite, Pinuche ne se rappelle plus rien, sauf qu’il a repris ses esprits dans une clinique de banlieue. Des messieurs avec des blouses blanches, des cheveux coupés court et des accents slaves lui ont expliqué comme quoi il avait eu un malaise, qu’on l’avait amené à la polyclinique du professeur Dupont-Durand (un homme très bien que ses collaborateurs appelaient gentiment camarade Boris, matière de plaisanter affectueusement, et qu’il entrait dans le jeu, le cher homme et répondait da au lieu de oui, niet à la place de non, tout ça…). On lui a fait des tests, à la vieillasse, pour rechercher les causes de son évanouissement. Hypotension ! Faut qu’il clappe des rumsteacks, César. Des tout grands, bien saignants. Seulement, il a contracté une marotte idiote, pendant sa brève cliniquisation : il appelle tout le monde camarade. D’avoir laissé reposer son subconscient lui permet maintenant de piger l’à quel point qu’elle est pourrie, notre société occidentale, navrante de fond en comble avec ces chiens de capitalistes qui faussent tout, accaparent tout, appauvrissent le peuple, le réduisent à merci en l’obligeant de se traîner à genoux pour venir leur manger dans la main ; que l’ouvrier de chez nous en est réduit à mendier du pain pour ses enfants, sa bonne femme à se prostiputer pour leur obtenir la moindre tasse de lait, tout ça. Ah ! que oui, qu’il a bien pigé la cruauté de notre système, le Fossile ! Ses injustices flagrantes, ça surtout : flagrantes ; les pires ! L’individu bafoué, déshonoré, humilié à chaque seconde de sa vie. Il tend le poing, à évoquer. Bref, il voit rouge !
Le Vieux a été plus qu’intéressé : passionné par ce que nous lui avons raconté et rapporté. Il a convoqué des spécialistes américains, belges, monégasques et autres. A l’issue de ce séminaire le verdict est tombé, sec comme un coupe-raie (du cul). Les gonziers de Finlande étaient sans aucun nul doute les émissaires pour l’Europe du Groupe B 14, ce mystérieux organisme dont la puissance ébrèche quasiment celle de la Mafia et qui procède aux liquidations à grand spectacle. On a longtemps cru qu’il s’agissait de terroristes, et puis non, certes, ils bossent également pour des groupuscules politiques, mais leur job est beaucoup plus général. On ne sait pas grand-chose d’eux, malgré l’abondance de leurs forfaits. Ils sont omniprésents, les gueux. Ont des sbires de partout, des appuis de haute quality, des couvertures étanches. Bref, c’est probablement une des têtes pensantes que nous avons neutralisée. Le Boris Orangyz (tiens : deux Boris ça ne fait pas sérieux, non, le docteur Dupont-Durand, on l’appelait camarade Ivan, tu rectifieras ? Merci.) avait disparu depuis plus de dix ans. Ex-espion soviétique, passé à l’Ouest, puis évaporé. On le croyait mort. Il est bulgare comme tous les mecs nés à Sofia de parents nés à Sofia. Un sacré gus. A preuve, quand il s’est vu entre nos mains, il a préféré lâcher la rampe (en anglais footlight, il me semble).