Un appartement à Paris
- Автор: Musso Guillaume
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: XO Éditions
- ISBN: 978-2845639614
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Un appartement à Paris». Краткое содержание книги:
Il n’était même pas 22 heures lorsqu’elle se pelotonna dans son lit sous les draps et les couvertures.
Demain serait un jour important dans sa vie. Peut-être le début d’une nouvelle existence. Pour s’endormir sur une pensée positive, elle essaya d’imaginer à quoi pourrait ressembler l’enfant qu’elle désirait. Mais aucune image ne se forma dans sa tête, comme si ce projet n’avait aucune réalité tangible et était condamné à rester à l’état de chimère. Alors qu’elle tentait de repousser cette vague de découragement et de trouver le sommeil, une image nette et puissante traversa son esprit. Le beau visage de Julian Lorenz : yeux rieurs, nez retroussé, boucles blondes, sourire irrésistible de petit garçon.
Dehors, le déluge continuait.
Gaspard reconnut tout de suite la voix rocailleuse à l’autre bout du fil : Cliff Eastman, l’homme que Sean avait appelé à trois reprises quelques jours avant de mourir.
— Bonjour monsieur Eastman, merci infiniment de me rappeler.
En quelques phrases, Gaspard apprit que son interlocuteur était un ancien bibliothécaire qui coulait en temps normal une paisible retraite dans l’agglomération de Miami. Mais à trois jours de Noël, il se retrouvait coincé chez sa belle-fille dans l’État de Washington.
— Quatre-vingts centimètres de neige ! s’exclama-t-il. Circulation paralysée, routes bloquées, même le wifi a sauté. Résultat : je m’emmerde comme un rat mort.
— Prenez un bon livre, hasarda Gaspard pour entretenir la conversation.
— J’ai rien sous la main et ma belle-fille ne lit que des niaiseries : du cul, du cul et encore du cul ! Mais je n’ai pas très bien compris qui vous étiez. Un type de la caisse de retraite de Key Biscayne, c’est ça ?
— Pas vraiment, répondit le dramaturge. Est-ce que vous connaissez un certain Sean Lorenz ?
— Jamais entendu parler, c’est qui ?
Le vieux ponctuait chacune de ses phrases d’un claquement sonore de la langue.
— Un peintre célèbre. Il a cherché à vous joindre, il y a à peu près un an.
— P’têt bien, mais j’ai plus trop de mémoire à mon âge. Qu’est-ce qui me voulait, votre Picasso ?
— Justement, c’est ce que j’aimerais savoir.
Nouveaux bruits de mâchouillage.
— P’têt que c’était pas moi qu’il cherchait à joindre.
— Je ne comprends pas.
— Quand j’ai hérité de ce numéro de téléphone, j’ai reçu pendant quelques mois des appels de personnes qui souhaitaient parler au précédent titulaire de la ligne.
Gaspard fut parcouru d’un frisson. Il tenait peut-être quelque chose.
— Vraiment ? Comment s’appelait-il ?
Il lui sembla presque entendre Eastman qui se grattait la tête à l’autre bout du fil.
— Je sais plus trop, c’est loin tout ça. Le type avait le même nom qu’un sportif, je crois.
— Un sportif, c’est vague.
Le fil de la mémoire du vieux était ténu. Il ne fallait pas le casser ni le distendre.
— Faites un effort, s’il vous plaît.
— Je l’ai sur le bout de la langue. Un athlète, je crois. Oui, un sauteur qui a fait les Jeux olympiques.
Gaspard convoqua difficilement ses propres souvenirs. Le sport n’était pas précisément sa tasse de thé. La dernière fois qu’il avait regardé les Jeux olympiques à la télé, Mitterrand et Reagan devaient encore être aux affaires, Platini tirait des coups francs à la Juventus et Frankie Goes to Hollywood trustait la première place du Top 50. Il balança quelques noms pour la forme.
— Serguei Bubka, Thierry Vigneron…
— Non, pas des perchistes. Un sauteur en hauteur.
— Dick Fosbury ?
L’autre s’était pris au jeu :
— Non, un Latino, un Cubain.
Un flash.
— Javier Sotomayor !
— Voilà, c’est ça : Sotomayor.
Adriano Sotomayor. Quelques jours avant sa mort, alors qu’il était persuadé que son fils était encore en vie, Sean avait demandé de l’aide à son vieux copain des Artificiers devenu flic.
Il existait donc quelqu’un à New York capable de l’aider. Quelqu’un qui avait peut-être repris l’enquête sur la mort de Julian. Quelqu’un qui avait peut-être des informations inédites.
Alors que Gaspard était encore en ligne, Karen Lieberman l’observait à travers la vitre de son bureau. Lorsqu’elle remarqua un drôle de chien en peluche qui dépassait de sa poche, elle comprit que le Gaspard Coutances qu’elle avait connu n’existait plus.
Vendredi 23 décembre
13
Madrid
Le diable me suit jour et nuit parce qu’il redoute d’être seul.