Les Quarante-Cinq Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 19
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Quarante-Cinq Tome II». Краткое содержание книги:
D'ailleurs, il n'avait plus rien à apprendre; l'apparition de Duplessis lui avait tout dit.
– Venez avec moi, s'il vous plaît, monsieur, dit d'Aubiac, je suis chargé de vous conduire à votre appartement.
Et il conduisit Chicot au second étage, où son logis avait été préparé.
Pour Chicot plus de doute; il connaissait la moitié des lettres composant cette énigme qu'on appelait roi de Navarre. Aussi, au lieu de s'endormir, il s'assit sombre et pensif sur son lit, tandis que la lune, descendant aux angles aigus du toit, versait, comme du haut d'une aiguière d'argent, sa lumière azurée sur le fleuve et sur les prairies.
– Allons, allons, dit Chicot assombri, Henri est un vrai roi, Henri conspire. Tout ce palais, son parc, la province qui entoure la ville, tout est un foyer de conspiration; toutes les femmes font l'amour, mais l'amour politique; tous les hommes se forgent l'espoir d'un avenir.
Henri est astucieux, son intelligence touche au génie; il a des intelligences avec l'Espagne, le pays des fourberies. Qui sait si sa réponse si noble à l'ambassadeur n'est pas une contre-partie de ce qu'il pense, et si même il n'en a pas averti cet ambassadeur par un clignement d'yeux, ou quelque autre convention tacite que, moi caché, je n'ai pu sentir.
Henri entretient des espions; il les solde ou les fait solder par quelque agent. Ces mendiants n'étaient ni plus ni moins que des gentilshommes déguisés. Leurs pièces d'or si artistement découpées sont des gages de reconnaissance, des mots d'ordre palpables.
Henri feint d'être amoureux fou, et tandis qu'on le croit occupé à faire l'amour, il passe ses nuits à travailler avec Mornay, qui ne dort jamais et qui ne connaît pas l'amour.
Voilà ce que j'avais à voir, je l'ai vu.
La reine Marguerite a des amants, le roi le sait; il les connaît et les tolère, parce qu'il a encore besoin d'eux ou d'elle, peut-être de tous à la fois. N'étant pas homme de guerre, il faut bien qu'il s'entretienne des capitaines, et n'ayant pas beaucoup d'argent, force lui est de leur laisser choisir la monnaie qui leur convient le mieux.
Henri de Valois me disait qu'il ne dormait pas; ventre de biche! il fait bien de ne pas dormir.
Heureusement encore que ce perfide Henri est un bon gentilhomme, auquel Dieu, en donnant le génie de l'intrigue, a oublié de donner la vigueur d'initiative. Henri, dit-on, a peur du bruit des mousquets, et quand, tout jeune, il a été conduit aux armées, on s'accorde à raconter qu'il ne pouvait tenir plus d'un quart d'heure en selle.
Heureusement répéta Chicot.
Car dans les temps où nous vivons, si avec l'intrigue un pareil homme avait le bras, cet homme serait le roi du monde.
Il y a bien Guise. Celui-là possède les deux valeurs: il a le bras et l'intrigue, lui; mais il a le désavantage d'être connu pour brave et habile, tandis que du Béarnais nul ne se défie.
Moi seul je l'ai deviné.
Et Chicot se frotta les mains.
– Eh bien! continua-t-il, l'ayant deviné, je n'ai plus rien à faire ici, moi; donc, tandis qu'il travaille ou dort, je vais tranquillement et doucement sortir de la ville.
Il n'y a pas beaucoup d'ambassadeurs, je crois, qui puissent se vanter d'avoir en une journée accompli leur mission tout entière; moi, je l'ai fait.
Donc je sortirai de Nérac, et une fois hors de Nérac je galoperai jusqu'en France.
Il dit et commença de rechausser ses éperons, qu'il avait détachés au moment de se présenter devant le roi.
LII De l'étonnement qu'éprouva Chicot d'être si populaire dans la ville de Nérac
Chicot, ayant bien arrêté sa résolution de quitter incognito la cour du roi de Navarre, commença de faire son petit paquet de voyage.
Il le simplifia du mieux qu'il lui fut possible, ayant pour principe que l'on va plus vite toutes les fois que l'on pèse moins.
Assurément, son épée était la plus lourde portion du bagage qu'il emportait.
– Voyons, que me faut-il de temps, se demandait Chicot en lui-même tout en nouant son paquet, pour faire parvenir au roi la nouvelle de ce que j'ai vu et par conséquent de ce que je crains?
Deux jours pour arriver jusqu'à une ville de laquelle un bon gouverneur fasse partir des courriers ventre à terre.
Que cette ville, par exemple, soit Cahors, Cahors dont le roi de Navarre parle tant et qui l'occupe à si juste titre.
Une fois là, je pourrai me reposer, car enfin les forces de l'homme n'ont qu'une certaine mesure.
Je me reposerai donc à Cahors, et les chevaux courront pour moi.
Allons, mon ami Chicot, des jambes, de la légèreté, du sang-froid. Tu croyais avoir accompli toute ta mission, niais! tu n'en es qu'à la moitié, et encore!
Cela dit, Chicot éteignit sa lumière, ouvrit le plus doucement qu'il put sa porte et se mit à sortir à tâtons.
C'était un habile stratégiste que Chicot; il avait, en suivant d'Aubiac, jeté un regard à droite, un regard à gauche, un regard devant, un regard derrière, et reconnu toutes les localités.
Une antichambre, un corridor, un escalier, puis, au bas de cet escalier, la cour.
Mais Chicot n'eut pas plus tôt fait quatre pas dans l'antichambre qu'il heurta quelque chose qui se dressa aussitôt.
Ce quelque chose était un page couché sur la natte en dehors de la chambre, et qui, réveillé, se mit à dire:
– Eh! bonsoir, monsieur Chicot, bonsoir.
Chicot reconnu d'Aubiac.
– Eh! bonsoir, monsieur d'Aubiac, dit-il; mais écartez-vous un peu, s'il vous plaît, j'ai envie de me promener.
– Ah! mais, c'est qu'il est défendu de se promener la nuit dans le château, monsieur Chicot.
– Pourquoi cela, s'il vous plaît, monsieur d'Aubiac?
– Parce que le roi redoute les voleurs et la reine les galants.
– Diable!
– Or, il n'y a que les voleurs et les galants pour se promener la nuit au lieu de dormir.
– Cependant, cher monsieur d'Aubiac, dit Chicot avec son plus charmant sourire, je ne suis ni l'un ni l'autre, moi, je suis ambassadeur et ambassadeur très fatigué d'avoir parlé latin avec la reine et soupé avec le roi; car la reine est une rude latiniste et le roi un rude buveur; laissez-moi donc sortir, mon ami, car j'ai grand désir de me promener.
– Dans la ville, monsieur Chicot?
– Oh! non, dans les jardins.
– Peste! dans les jardins, monsieur Chicot, c'est encore bien plus défendu que dans la ville.
– Mon petit ami, dit Chicot, c'est un compliment à vous faire, vous êtes d'une vigilance bien grande à votre âge. Vous n'avez donc rien qui vous occupe?
– Non.
– Vous n'êtes donc ni joueur ni amoureux?
– Pour jouer il faut de l'argent, monsieur Chicot; pour être amoureux, il faut une maîtresse.
– Assurément, dit Chicot, et il fouilla dans sa poche.
Le page le regardait faire.
– Cherchez bien dans votre mémoire, mon cher ami, lui dit-il, et je parie que vous y trouverez quelque femme charmante à qui je vous prie d'acheter force rubans et de donner force violons avec ceci.