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Fiora et le Magnifique

Электронная книга - «Fiora et le Magnifique». Краткое содержание книги:

De passage à Dijon, Francesco Beltrami, riche marchand florentin, assiste à l’exécution de deux jeunes amants accusés d’inceste. Bouleversé, Beltrami sauve l’enfant de ces amours illégitimes : Fiora. La jeune fille, d’une inoubliable beauté, connaîtra, dans la Florence des Médicis, la douceur de la vie de palais mais aussi les tourments de nouvelles aventures. Mariée pour un seul jour à un mystérieux chasseur de dot, livrée aux grands inquisiteurs reléguée dans une maison de passe, Fiora pourra-t-elle triompher de tant d’adversité ?
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Quand il eut fini, Léonarde pleurait mais les yeux de Fiora étincelaient de colère et d’indignation :

– Tous ces gens méritaient la mort plus que... mes pauvres parents ! Ce du Hamel d’abord qui n’est qu’un misérable, et puis ce père qui n’a pas voulu défendre ses enfants. Enfin ce duc Philippe et ce comte de Charolais qui n’ont pas su avoir pitié, qui ont voulu cette exécution publique, cette fosse ignoble, cette honte !

– Le duc Philippe est mort, Fiora. Quant au comte de Charolais, il est à présent le duc Charles, ce Téméraire à qui messire de Selongey a voué une fidélité absolue...

Le rappel au nom de son époux ramena Fiora à l’heure présente.

– Philippe ! ... C’est lui qui m’a parlé de Jean de Brévailles ! Il l’a connu jadis, alors qu’il était lui-même page du comte de Charolais et sa ressemblance avec moi l’avait frappé... Est-ce que... est-ce qu’il savait lui aussi ?

– Oui... C’est même parce qu’il savait tout que j’ai accepté de vous marier.

Fiora se releva si brusquement qu’elle bouscula la table d’où tombèrent quelques papiers :

– Ne me dites pas qu’il a employé le même moyen que cette affreuse Hieronyma pour obtenir ma main, ce chantage indigne ?

Beltrami chercha des yeux le secours de Léonarde. Après tout ce qu’il venait de raconter à Fiora, pouvait-il encore lui assener cette vérité-là ? Elle était encore bien jeune pour la supporter... Mais Léonarde, qui avait séché ses yeux, se levait elle aussi et se tenait debout derrière la jeune femme comme si elle craignait de la voir s’évanouir sous le choc.

– Il faut lui dire toute la vérité, ser Francesco. Elle a l’âme bien trempée. Il y a des choses qu’elle ne doit pas découvrir par elle-même. Ce serait plus dur encore.

– Vous avez raison, soupira Beltrami. Je vais tout lui dire ; c’est vrai, Fiora, messire de Selongey a bien employé ce moyen. Il te voulait à tout prix et il m’a dit être prêt à n’importe quelle action, fût-elle vile pour t’obtenir. La ressemblance l’a frappé, certes, mais surtout, il cousine avec les Brévailles et il a réussi à apprendre, je ne sais comment, ce qui s’était passé ce jour de malheur. Il savait que la fille de Marie vivait à Florence auprès d’un riche marchand qui en avait fait sa fille. Quand il t’a vue, il a su tout de suite qui tu étais et il ne t’a parlé du jeune écuyer que pour voir si tu savais...

De tout cela, Fiora ne retenait qu’une chose : Philippe pouvait, pour elle, aller jusqu’au crime ! Un bonheur infini illumina son visage.

– Il m’aime donc à ce point ! Oh ! Philippe ! Une autre te reprocherait peut-être d’avoir employé un tel moyen, moi je t’en remercie car il m’a permis d’être à toi, ta femme jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Beltrami, soudain, ne put supporter ce regard extasié, cette passion qui vibrait dans la voix de sa fille. La jalousie l’emporta plus loin peut-être qu’il ne l’aurait voulu.

– Tu ne le reverras jamais, Fiora ! Jamais, comme tu le crois, il ne viendra te chercher pour te mener à son château et à la cour de son maître. Il ne voulait de toi qu’une nuit, une seule pour assouvir l’ardeur que tu lui inspirais mais toi, tu dois passer ta vie ici, auprès de moi !

Comme un nuage éteint le soleil, le visage de Fiora perdit toute lumière. Elle vacilla sous le coup. Croyant qu’elle allait tomber, Léonarde voulut la prendre dans ses bras mais Fiora la repoussa doucement.

– Je ne sais pas encore tout, n’est-ce pas ? Le notaire, la bénédiction au couvent, tout cela n’était donc que comédie, faux-semblant.

– Non. Tu es bien véritablement la comtesse de Selongey et rien ne peut plus être changé à cet état de choses... sauf par la mort ! Ton époux ne reviendra pas parce qu’il va la chercher sous les armes du duc de Bourgogne.

– Il veut mourir ? Mais pourquoi ?

Cette fois, Beltrami hésita. Ce qu’il avait encore à dire était trop affreux... mais Fiora le tenait sous son regard devenu d’une dureté minérale. Elle répéta, criant presque :

– Je veux savoir pourquoi !

N’osant plus supporter ce regard terrible, Beltrami tourna la tête vers le portrait comme pour lui demander du secours. La voix nette de Léonarde lui parvint comme dans un rêve :

– Il faut aller jusqu’au bout, ser Francesco ! Il faut vider l’abcès. La blessure guérira plus vite.

Alors, sans regarder Fiora, Beltrami livra la vérité :

– Il veut se punir d’avoir souillé son nom en épousant la fille de Jean et Marie de Brévailles...

– Pourquoi l’a-t-il fait alors ? J’étais tombée follement amoureuse de lui. Je crois, Dieu me pardonne, qu’il aurait pu m’avoir sans cette comédie !

– Mais il n’aurait pas pu avoir ta dot ! Et il la convoitait pour financer la guerre de son maître auquel Lorenzo avait refusé de prêter de l’argent... Bien sûr, j’en serai remboursé sur ses biens quand tu seras veuve. Tu auras alors le droit de porter son nom... mais pas d’aller vivre chez lui.

– Et si j’avais eu un enfant ?

– Nous devions l’élever jusqu’à ce qu’il soit en âge de servir. Alors, il nous aurait quitté pour rejoindre la Bourgogne, y recevoir son héritage et y apprendre son métier de chevalier...

– A condition qu’il s’agisse d’un garçon ! Et si c’était une fille, que devions-nous en faire ? La jeter à la rivière sans doute ?

Et Fiora, tournant les talons, sortit en courant du studiolo pour rejoindre le refuge de sa chambre. On entendit la porte claquer derrière elle.

– Laissons-la ! soupira Léonarde. Elle va sans doute pleurer jusqu’à épuisement et, dans ce cas, la douceur de Khatoun sera un meilleur baume que tous mes raisonnements. Mais il faut en revenir à donna Hieronyma. Que comptez-vous faire, ser Francesco ?

– Vous avez raison. Il faut tenter d’oublier le passé pour songer à l’avenir. Je crains que vous ne dormiez pas beaucoup cette nuit, dame Léonarde, car vous allez préparer les bagages de Fiora et les vôtres. Ceci afin qu’ils soient prêts à être emportés rapidement... Ne m’interrompez pas ! Vous partirez avec Fiora et Khatoun sous la garde de deux valets : Jacopo, le fils de mon vieux Rinaldo, et son cousin Tommaso en annonçant que vous allez prier à la chartreuse de Vallombrosa mais quand vous aurez franchi les portes, vous ferez un léger détour pour rejoindre Livourne où vous prendrez place à bord de la Santa Maria del Fiora. Je vous donnerai une lettre pour le capitaine. Et là vous attendrez de mes nouvelles. N’emportez que peu de chose comme il convient à des dames qui ne partent que pour une journée. Je vous ferai parvenir le reste...

– Nous partirons de bonne heure ?

– Non. Vous attendrez mon retour jusqu’à midi. Demain matin, je me rendrai au palais de la via Larga, je verrai Lorenzo de Médicis et, hormis le mariage de Fiora, je lui dirai tout. Il est le maître, après tout et, ici, chacun lui obéit. En outre, il aime les histoires d’amour. La mienne saura peut-être le toucher...

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