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Электронная книга - «La route de l'espoir 2». Краткое содержание книги:

La route de l'espoir 2
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Le comte de Peyrac ne pouvait pas refuser un service d'une importance vitale au gouverneur de la Nouvelle-France, non seulement un ami, auquel ils devaient leur rentrée en grâce auprès du roi Louis XIV, mais aussi un « frère de pays », un Gascon comme lui. La Nouvelle-France, nantie d'un mince contingent militaire, en ce moment entièrement regroupé dans le Sud-Ouest du côté des Grands Lacs, n'avait aucune défense sérieuse en place. C'était à ces occasions que l'on s'apercevait qu'elle survivait à coups de « miracles ».

En l'occurrence, l'arrivée de Peyrac et de sa flotte en fut un. Ainsi en déciderait l'histoire. C'était bien ainsi que le prenait Frontenac et aussi les habitants de Tadoussac qui, avec inquiétude, comptaient leurs mousquets. Sur chaque terrain, il fallait jouer le jeu.

La déception était grande pour Angélique.

– Et Honorine, que va-t-elle dire de ne pas vous voir l'accompagner jusqu'à Ville-Marie ?

– Je lui parlerai. C'est aussi pour moi une déception, mais elle comprendra. Si je garde l'entrée du Saguenay, il n'arrivera rien. Sinon, nous risquons tous d'être en danger.

La situation ne pouvait mieux se définir. La présence de Joffrey et celle de Nicolas Perrot donnaient l'assurance que les superbes Iroquois s'arrêteraient à leur vue sans qu'il y ait effusion de sang.

Au plus, quand les expéditions se rencontreraient, faudrait-il consacrer quelques jours à fumer le calumet de la paix, à échanger des « branches de porcelaines », et à racheter quelques prisonniers, s'il y en avait encore de vivants, qui n'auraient pas été passés « à la grillade ». Les partis-de-guerre laissaient derrière eux la terre brûlée, car ils ne venaient pas pour piller ni pour conquérir, mais pour terroriser et exterminer.

Il fut décidé que, tandis que Peyrac et Nicolas Perrot s'enfonceraient vers l'intérieur, deux navires resteraient au large de Tadoussac pour interdire le passage des flottilles ennemies. Des petits canons furent transportés à terre pour renforcer la défense du fortin.

Durant ce temps, L'arc-en-ciel et Le Rochelais, avec le sloop, continueraient jusqu'à Québec, puis Montréal. Sous le commandement de Barssempuy et de Vanneau, Kouassi-Bâ et Yann le Couennec restaient près de Mme de Peyrac et de sa fille, ainsi que M. Tissot.

Dès que tout danger serait écarté et que M. de Frontenac, ayant rempli sa mission, serait de retour vers la capitale de son gouvernement, la garde des navires de Peyrac devant le Saguenay pourrait prendre fin. À ce moment, Joffrey jugerait s'il valait mieux continuer sur Québec ou attendre qu'Angélique, après avoir confié sa fille aux bons soins de Marguerite Bourgeoys et rencontré son frère Josselin de Sancé, le rejoigne.

Car, en ces pays de Septentrion, les jours de l'été sont comptés et restreint est le temps des navigations.

Chapitre 36

L'absence de Joffrey changeait pour Angélique et sa fille la couleur des choses. Le temps se mit à l'unisson. Un violent orage retarda l'arrivée à Québec. La ville apparut sous un rideau de pluie. Il fallut attendre le soleil pour envisager de débarquer. Fourrée de verdure, Québec avec ses clochers, tourelles et campaniles aux toits revêtus de plomb qui, mouillés, étincelaient au soleil, retrouva ses apparences de châsse ouvragée, travaillée par un orfèvre amoureux de son œuvre. Angélique, en l'apercevant entre les nuages, flagellée par deux rayons de lumière obliques qui descendaient sur elle comme pour la bénir, ne put s'empêcher de sourire. Québec, au cœur de l'Amérique du Nord, restait un bijou insolite, une merveilleuse petite ville française, et les carillons de l'angélus, l'annonce des offices, les heures de prières scandées de l'Hôtel-Dieu ou des Ursulines continuaient de s'égrener sans discontinuer, mais ce qu'Angélique pressentait s'avéra juste.

La ville d'été était fort différente de la ville d'hiver. Au cours de ces trois mois, au plus quatre mois d'été, écrasants de chaleur, coupés d'orages fracassants et de trop de jours de fêtes chômés, la tâche urgente de moissonner, engranger, préparer les champs pour les semailles d'automne, vidait la cité. Les familles, les communautés s'en allaient vers les censives, vers les seigneuries, pour aider aux moissons, et comme c'était aussi le temps des expéditions militaires, Québec ressemblait à une grande maison dont on a ouvert toutes les fenêtres pour l'aérer, mais qu'on laisse vacante, matelas aux fenêtres, et meubles dans le jardin, tandis que la famille va pique-niquer.

Dès le premier soir, Angélique avait compris qu'elle n'avait rien de mieux à faire que de continuer son voyage vers Montréal.

La Haute-Ville, sous ses pluies d'orage, lui avait paru moins aimable. Des silhouettes clairsemées y vaguaient sans entrain. Elle n'avait trouvé personne au logis. Les solides bâtisses conventuelles – l'évêché, le séminaire, les jésuites, les Ursulines, l'Hôtel-Dieu – qui, l'hiver, couvaient entre leurs murs épais et sous leurs hautes toitures à trois étages de combles une vie intense et chaleureuse, paraissaient désertées et d'autant plus austères.

Il semblait qu'on n'y pût tramer que de moroses entreprises.

Et les cochons familiers s'en étaient allés paître en troupeau jusqu'au-delà des plaines d'Abraham, à la lisière des bois.

Bref, tout le monde était aux champs.

– Les villes comme les humains ont leur temps de grâce, leurs saisons bénies, fit remarquer Mlle d'Hourredanne, qu'elle trouva heureusement au palais de l'intendance. Ah ! Chère Angélique, il n'y aura plus jamais pour Québec de saison comme celle qu'elle a connue lorsque vous étiez parmi nous.

La fine et charmante demoiselle trottait allègrement, recevait divinement les « puissances » au palais, mais Angélique, remontant la rue de la Petite-Chapelle, puis la rue de la Closerie, avait eu un pincement au cœur devant la demeure où, autrefois, les soirs de grande neige, les proches voisins étaient conviés, afin d'écouter la lecture que faisait Mlle d'Hourredanne, étendue dans son lit, des amours de la princesse de Clèves. Ici ne veillait plus que Jessy, la captive anglaise, avec, juste en face, la maison de Ville-d'Avray à demi close, et comme borgne, avec la plupart de ses volets fermés.

La servante exclusive du marquis y demeurait seule, attendant son gouverneur, et briquant avec énergie les objets précieux qu'il aimait.

Mgr de Laval était en tournée pastorale au long du fleuve, dans ses paroisses.

Lorsqu'elle s'était présentée à l'évêché, Angélique avait été reçue par le coadjuteur qu'elle ne connaissait pas, mais, soit qu'elle se fût attendue à un accueil plus empressé, étant donné les bonnes relations entretenues depuis leur passage en Nouvelle-France, soit que l'ecclésiastique en question ait été affligé d'une nature timide et peu encline à s'épancher, il n'avait ouvert la bouche que pour le strict nécessaire. Son attitude froide, et quand elle y réfléchissait, à peine correcte, avait rappelé fâcheusement à Angélique le temps où la ville se divisait à son sujet, et qu'elle n'était jamais sûre, en abordant quelqu'un, de ne pas tomber sur un partisan du père d'Orgeval. Celui-ci étant mort, les vieilles rancunes duraient-elles encore ? Mais personne ne lui en parla.

Elle était contente de redescendre vers la Basse-Ville, où l'accueil de Janine Gonfarel, dite la Polak, tenancière de l'auberge du Navire de France, avait compensé la déception éprouvée à ne trouver à la place des visages amis que ceux de valets ou d'intendants chargés de lui remettre lettres et messages de la part de leurs maîtres absents.

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