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Le Mystère De La Chambre Jaune

Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:

Des cris et des coups de feu se font entendre dans une chambre annexe au laboratoire du pavillon du château où dort la belle Mathilde, fille du célèbre professeur Stangerson. Tout de suite, son père accompagné de l’un de ses domestiques, le père Jacques, se précipite à la porte qu’il trouve clause. Très vite rejoints par le concierge du Glandier et son épouse, ils parviennent à enfoncer la porte.
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
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– C’est bientôt dit… Vous êtes toujours occupé par la pensée de Robert Darzac… Vous ne pourrez donc vous en débarrasser jamais?… Je suis sûr, moi, qu’il est innocent…

– Tant mieux! Je le souhaite… mais vraiment tout le condamne… Vous avez remarqué les pas sur le tapis?… Venez les voir…

– Je les ai vus… Ce sont «les pas élégants» du bord de l’étang.

– Ce sont les pas de Robert Darzac; le nierez-vous?

– Évidemment, on peut s’y méprendre…

– Avez-vous remarqué que la trace de ces pas «ne revient pas»? Quand l’homme est sorti de la chambre, poursuivi par nous tous, ses pas n’ont point laissé de traces…

– L’homme était peut-être dans la chambre «depuis des heures». La boue de ses bottines a séché et il glissait avec une telle rapidité sur la pointe de ses bottines… On le voyait fuir, l’homme… on ne l’entendait pas…»

Soudain, j’interromps ces propos sans suite, sans logique, indignes de nous. Je fais signe à Larsan d’écouter:

«Là, en bas… on ferme une porte…»

Je me lève; Larsan me suit; nous descendons au rez-de-chaussée du château; nous sortons du château. Je conduis Larsan à la petite pièce en encorbellement dont la terrasse donne sous la fenêtre de la galerie tournante. Mon doigt désigne cette porte fermée maintenant, ouverte tout à l’heure, sous laquelle filtre de la lumière.

«Le garde! dit Fred.

– Allons-y!» lui soufflai-je…

Et, décidé, mais décidé à quoi, le savais-je? décidé à croire que le garde est le coupable? l’affirmerais-je? je m’avance contre la porte, et je frappe un coup brusque.

Certains penseront que ce retour à la porte du garde est bien tardif… et que notre premier devoir à tous, après avoir constaté que l’assassin nous avait échappé dans la galerie, était de le rechercher partout ailleurs, autour du château, dans le parc… Partout…

Si l’on nous fait une telle objection, nous n’avons pour y répondre que ceci: c’est que l’assassin était disparu de telle sorte de la galerie «que nous avons réellement pensé qu’il n’était plus nulle part»! Il nous avait échappé quand nous avions tous la main dessus, quand nous le touchions presque… nous n’avions plus aucun ressort pour nous imaginer que nous pourrions maintenant le découvrir dans le mystère de la nuit et du parc. Enfin, je vous ai dit de quel coup cette disparition m’avait choqué le crâne!

… Aussitôt que j’eus frappé, la porte s’ouvrit; le garde nous demanda d’une voix calme ce que nous voulions. Il était en chemise «et il allait se mettre au lit»; le lit n’était pas encore défait…

Nous entrâmes; je m’étonnai.

«Tiens! vous n’êtes pas encore couché?…

– Non! répondit-il d’une voix rude… J’ai été faire une tournée dans le parc et dans les bois… J’en reviens… Maintenant, j’ai sommeil… bonsoir!…

– Écoutez, fis-je… Il y avait tout à l’heure, auprès de votre fenêtre, une échelle…

– Quelle échelle? Je n’ai pas vu d’échelle!… Bonsoir!»

Et il nous mit à la porte tout simplement.

Dehors, je regardai Larsan. Il était impénétrable.

«Eh bien? fis-je…

– Eh bien? répéta Larsan…

– Cela ne vous ouvre-t-il point des horizons?»

Sa mauvaise humeur était certaine. En rentrant au château, je l’entendis qui bougonnait:

«Il serait tout à fait, mais tout à fait étrange que je me fusse trompé à ce point!…»

Et, cette phrase, il me semblait qu’il l’avait plutôt prononcée à mon adresse qu’il ne se la disait à lui-même.

Il ajouta:

«Dans tous les cas, nous serons bientôt fixés… Ce matin il fera jour.»

XVIII Rouletabille a dessiné un cercle entre les deux bosses de son front

Extrait du carnet de Joseph Rouletabille (suite).

Nous nous quittâmes sur le seuil de nos chambres après une mélancolique poignée de mains. J’étais heureux d’avoir fait naître quelque soupçon de son erreur dans cette cervelle originale, extrêmement intelligente, mais antiméthodique. Je ne me couchai point. J’attendis le petit jour et je descendis devant le château. J’en fis le tour en examinant toutes les traces qui pouvaient en venir ou y aboutir. Mais elles étaient si mêlées et si confuses que je ne pus rien en tirer. Du reste, je tiens ici à faire remarquer que je n’ai point coutume d’attacher une importance exagérée aux signes extérieurs que laisse le passage d’un crime. Cette méthode, qui consiste à conclure au criminel d’après les traces de pas, est tout à fait primitive. Il y a beaucoup de traces de pas qui sont identiques, et c’est tout juste s’il faut leur demander une première indication qu’on ne saurait, en aucun cas, considérer comme une preuve.

Quoi qu’il en soit, dans le grand désarroi de mon esprit, je m’en étais donc allé dans la cour d’honneur et m’étais penché sur les traces, sur toutes les traces qui étaient là, leur demandant cette première indication dont j’avais tant besoin pour m’accrocher à quelque chose de «raisonnable», à quelque chose qui me permît de «raisonner» sur les événements de la «galerie inexplicable». Comment raisonner?… Comment raisonner?

… Ah! raisonner par le bon bout! Je m’assieds, désespéré, sur une pierre de la cour d’honneur déserte… Qu’est-ce que je fais, depuis plus d’une heure, sinon la plus basse besogne du plus ordinaire policier… Je vais quérir l’erreur comme le premier inspecteur venu, sur la trace de quelques pas «qui me feront dire ce qu’ils voudront»!

Je me trouve plus abject, plus bas dans l’échelle des intelligences que ces agents de la Sûreté imaginés par les romanciers modernes, agents qui ont acquis leur méthode dans la lecture des romans d’Edgar Poe ou de Conan Doyle. Ah! Agents littéraires… qui bâtissez des montagnes de stupidité avec un pas sur le sable, avec le dessin d’une main sur le mur! «À toi, Frédéric Larsan, à toi, l’agent littéraire!… Tu as trop lu Conan Doyle, mon vieux!… Sherlock Holmes te fera faire des bêtises, des bêtises de raisonnement plus énormes que celles qu’on lit dans les livres… Elles te feront arrêter un innocent… Avec ta méthode à la Conan Doyle, tu as su convaincre le juge d’instruction, le chef de la Sûreté… tout le monde… Tu attends une dernière preuve… une dernière!… Dis donc une première, malheureux!… «Tout ce que vous offrent les sens ne saurait être une preuve…» Moi aussi, je me suis penché sur «les traces sensibles», mais pour leur demander uniquement d’entrer dans le cercle qu’avait dessiné ma raison. Ah! bien des fois, le cercle fut si étroit, si étroit… Mais si étroit était-il, il était immense, «puisqu’il ne contenait que de la vérité»!… Oui, oui, je le jure, les traces sensibles n’ont jamais été que mes servantes… elles n’ont point été mes maîtresses… Elles n’ont point fait de moi cette chose monstrueuse, plus terrible qu’un homme sans yeux: un homme qui voit mal! Et voilà pourquoi je triompherai de ton erreur et de ta cogitation animale, ô Frédéric Larsan!»

Eh quoi! eh quoi! parce que, pour la première fois, cette nuit, dans la galerie inexplicable, il s’est produit un événement qui «semble» ne point rentrer dans le cercle tracé par ma raison, voilà que je divague, voilà que je me penche, le nez sur la terre, comme un porc qui cherche, au hasard, dans la fange, l’ordure qui le nourrira… Allons! Rouletabille, mon ami, relève la tête… il est impossible que l’événement de la galerie inexplicable soit sorti du cercle tracé par ta raison… Tu le sais! Tu le sais! Alors, relève la tête… presse de tes deux mains les bosses de ton front, et rappelle-toi que, lorsque tu as tracé le cercle, tu as pris, pour le dessiner dans ton cerveau comme on trace sur le papier une figure géométrique, tu as pris ta raison par le bon bout!

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