Neuromancien [Neuromancer - fr]
- Автор: Гибсон Уильям Форд
- Серия: Trilogie de la Conurb #1
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: La D
- ISBN: 2-7071-1562-2
- Переводчик: Jean Bonnefoy
- Жанр: Киберпанк
Электронная книга - «Neuromancien [Neuromancer - fr]». Краткое содержание книги:
Cette citation tirée du catalogue Présence du futur illustre parfaitement l’univers cyberpunk dont Neuromancien, premier livre de Gibson, est l’oeuvre fondatrice.
Récompensé dès sa sortie par les prix Hugo, Nébula et P K Dick, ce roman se passe entre Hong Kong, Atlanta et Londres.
Chase est un ancien pirate de la matrice, cet univers qu’il définit comme « une hallucination consensuelle ». Après la destruction de son système nerveux par un de ses employeurs, il survit désormais grâce à l’alcool et aux drogues et trempe dans plusieurs trafics d’organes et de matériel informatique. Alors qu’il s’apprête à franchir le point de non retour dans cette spirale d’autodestruction, il se voit offrir une nouvelle naissance : la possibilité de retourner dans la matrice « pour l’exultation désincarnée » qu’elle procure, « le corps, c’est de la viande »..
— Ils savaient que tu te remplumais sur leur dos ? Que t’étais consciente pendant que tu travaillais ?
— Je n’étais pas consciente. C’est comme le cyberspace mais en blanc. Argent. Une odeur comme la pluie… Tu peux te voir toi-même éprouver l’orgasme, c’est pareil à une petite nova juste à la lisière de l’espace. Seulement, j’avais commencé à me souvenir. C’était comme des rêves, si tu veux. Et ils ne m’ont rien dit. Ils ont échangé le logiciel et commencé à le sous-louer sur le marché spécialisé. (Elle semblait parler de très loin.) Et moi, j’étais au courant mais je me taisais. J’avais besoin de cet argent. Les rêves devenaient de pire en pire mais j’ai commencé alors à me rendre compte que le patron avait toute une petite clientèle pour me suivre. Rien n’est trop bon pour Molly, qu’il disait le patron, et il m’a refilé cette augmentation de merde. (Elle hocha la tête.) Ce salopard faisait payer huit fois ce qu’il me donnait, et il croyait que je n’en savais rien.
— Alors, qu’est-ce qu’il faisait payer ?
— Les mauvais rêves. Les vrais. Une nuit… une nuit, je rentrais tout juste de Chiba… (Elle laissa tomber la cigarette, l’écrasa du talon et s’assit, adossée contre le mur.) Les chirurgiens y étaient allés à fond, à ce voyage. Un truc délicat. Ils avaient sans doute perturbé la puce de déconnexion. J’ai repris conscience. J’étais avec un client… (Elle enfonça les ongles profondément dans la mousse.) Un sénateur, c’était. J’ai reconnu sa grosse bouille tout de suite. Nous étions tous les deux couverts de sang. On n’était pas seuls. Elle était complètement… (Elle racla la plaque de mousse.) Morte. Et l’autre gros salaud, il n’arrêtait pas de répéter : « M’enfin, qu’est-ce qui ne va pas ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Pasqu’on n’avait pas encore fini… » (Elle se mit à trembler.) Alors, je suppose que j’ai donné au sénateur ce qu’il voulait réellement, tu vois ce que je veux dire ? (Le tremblement cessa. Elle relâcha la mousse et fit à nouveau courir ses doigts dans ses cheveux bruns.) La maison m’a mis un tueur à gages aux trousses. J’ai dû me cacher un moment.
Case la fixa.
— Alors, tu comprends, Riviera a touché un nerf sensible, hier soir, dit-elle. Je suppose qu’il veut franchement que je le haïsse à mort, au point de me retrouver psychiquement induite à le suivre là-bas.
— Le suivre ?
— Il est déjà là-haut. À Lumierrante. Sur l’invitation de Lady 3Jane, tu sais, tout son baratin de dédicace. Elle était là, dans une loge privée, le genre…
Case se souvint du visage qu’il avait aperçu.
— Tu vas le tuer ?
Elle sourit. Glaciale.
— Il va mourir, ouais. Bientôt.
— J’ai eu également droit à une visite, dit-il.
Et il lui parla de la fenêtre, trébuchant quand même au rappel de ce que le personnage de Zone avait révélé sur Linda. Elle hocha la tête.
— Peut-être qu’on cherche aussi à te faire haïr quelque chose.
— Peut-être que je la hais effectivement.
— Peut-être que tu te hais toi-même.
— Comment c’était ? demanda Bruce lorsque Case eut regrimpé dans le Honda.
— Essaie un de ces jours, répondit-il en se frottant les yeux.
— J’t’imagine pas en mec du genre à courir après les poupées, dit Cath, l’air malheureux, en se collant avec le pouce un nouveau derme contre le poignet.
— Bon, on peut rentrer maintenant ? demanda Bruce.
— Bien sûr. Lâche-moi rue Jules-Verne, du côté des bars.
12
La rue Jules-Verne était un boulevard circulaire qui ceinturait le diamètre central du fuseau, tandis que Desiderata courait sur toute sa longueur, butant à chaque extrémité sur les supports des pompes à photons Lado-Acheson. Si au départ de Desiderata, vous tourniez sur la droite dans la rue Jules-Verne et que vous la suiviez assez loin, vous vous retrouviez bientôt en train d’aborder Desiderata par la gauche.
Case regarda le trike de Bruce jusqu’à ce qu’il soit hors de vue, puis il pivota et passa devant un vaste kiosque à journaux brillamment éclairé, avec les couvertures criardes de douzaines de magazines japonais présentant les dernières stars de simstim du mois.
Directement au-dessus, le long de l’axe plongé dans la nuit, le ciel holographique scintillait de l’éclat de constellations fantaisistes suggérant des cartes à jouer, les faces d’un dé, un haut-de-forme, un verre de martini. Le carrefour Desiderata-Jules-Verne formait une sorte de ravin, avec les balcons en terrasses des habitations troglodytes de Zonelibre qui s’élevaient progressivement vers les plateaux herbeux d’un nouveau complexe de casinos. Case regarda un microléger téléguidé virer avec grâce dans un ascendant à la lisière verte d’une masse artificielle, éclairé durant quelques secondes par l’éclat de lumière adoucie du casino invisible. L’appareil était une espèce de biplan sans pilote en polymère ultra-léger, aux ailes sérigraphiées pour le faire ressembler à un papillon géant. Puis il disparut, derrière le rebord du plateau. Case avait eu le temps d’entrevoir l’éclair d’un néon réfléchi sur du verre, soit des lentilles, soit les tourelles d’un laser. Les aérodynes faisaient partie intégrante du système de sécurité du fuseau, téléguidés depuis quelque ordinateur central.
À Lumierrante ? Il poursuivit sa marche, dépassant des bars nommés Hi-Lo, The Paradise, Le Monde, Cricketeer, Chez Shozoku Smith, L’Alerte. Il choisit L’Alerte parce que c’était le plus petit et le plus bondé, mais il ne lui fallut que quelques secondes pour se rendre compte qu’il s’agissait d’un coin à touristes. Pas de bourdonnement du trafic, ici, rien qu’un vernis de tension sexuelle. Il songea brièvement au club anonyme, au-dessus de la chambre louée par Molly, mais l’image des yeux-miroirs sur le petit écran l’en dissuada. Que Muetdhiver lui révélait-il à présent ? Le plan-masse de la Villa Lumierrante ? L’histoire de la dynastie Tessier-Ashpool ?