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La nuit des longs couteaux

Электронная книга - «La nuit des longs couteaux». Краткое содержание книги:

La nuit des Longs Couteaux est l'expression généralement utilisée pour faire référence aux assassinats perpétrés par les nazis en Allemagne, au sein même de leur mouvement, entre les 29 juin et 2 juillet 1934, et plus spécifiquement pendant la nuit du 29 au 30 juin 1934.
Cette purge permit au chancelier Adolf Hitler de briser définitivement toute velléité d'indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son aile populiste qui souhaitait que la révolution politique soit suivie par une révolution sociale. De ce fait, elle rassura la Reichswehr, les milieux conservateurs traditionnels, les grands financiers et industriels, principalement issus de la bourgeoisie prussienne et hostiles à des réformes sociales de grande ampleur, tout en créant un climat de terreur vis-à-vis de tous les opposants au régime.
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Autour du cercueil de Karin, autour de cette crypte massive comme un rocher surgi des sables gris et cernée par la forêt noirâtre, alors que retentissent les cors de chasse et que Hitler, le visage grave, s'avance aux côtés de Gœring, communiant avec lui dans cette cérémonie païenne, la Sturmabteilung de Rœhm reparaît, isolée, menaçante, désignée à la vindicte, une vindicte qui sera le reflet violent de cette inhumation au cœur de la forêt profonde.

Après la cérémonie Hitler est rentré à Berlin. Ceux qui le côtoient durant le voyage de retour, puis à son arrivée à la chancellerie du Reich à la fin de la journée, sont frappés par l'expression recueillie et grave de son visage plus sévère que de coutume : le Führer paraît avoir été marqué par la mise en scène teutonique de l'inhumation, frappé par la place qui lui a été faite par Gœring alors que descendait dans la crypte le cercueil de Karin. Sans doute est-il sensible aux liens d'un mysticisme païen qu'entre la morte, Gœring et lui, la cérémonie a tissés. Le ministre-président a atteint son but : Rœhm, ses S.A., exclus de ce monde mystérieux qui puise ses sources dans la mythologie germanique, là où dans les immenses forêts résonnent les cors, viennent de perdre dans l'esprit du Führer une nouvelle bataille. Le clan Gœring-Himmler s'est par contre renforcé.

Ce mercredi 20 juin, à la Chancellerie, Hitler prend d'abord connaissance de l'article qu'Alfred Rosenberg publie dans le Völkischer Beobachter et qui est l'une des premières réponses au discours de Papen à Marburg. Le théoricien nazi affirme au nom du parti : « Nous n'avons pas fait la révolution de notre temps pour qu'une époque surannée puisse proclamer sous le mot d'ordre « révolution conservatrice » la restauration de l'Etat d'il y a cinq cents ans... » Hitler donne de nouveaux ordres : les chefs du Parti, Goebbels, Hess, doivent eux aussi contre-attaquer, montrer que le régime n'acceptera pas d'être vidé de son contenu par Messieurs les seigneurs conservateurs.

Au moment où le Führer s'apprête à regagner ses appartements, Franz von Papen demande à être reçu immédiatement. En fait, le vice-chancelier patiente depuis plusieurs heures et Hitler va être contraint d'affronter l'homme de Marburg, celui contre lequel «  il monte » une vigoureuse campagne de presse. Les deux hommes se craignent ; il y a quelques mois montrant le bâtiment de la vice-chancellerie, le Führer avait dit à Rosenberg : « C'est de là que viennent toutes nos difficultés, un jour je nettoierai tout cela ». Mais, ce soir, les deux hommes se saluent cérémonieusement, pourtant derrière la façade des politesses la tension est présente. L'entrevue menace d'être orageuse. Papen proteste contre la censure imposée par Goebbels : un ministre peut-il interdire la diffusion des discours du vice-chancelier du Reich ? « J'expliquai à Hitler, raconte Papen, que je considérais comme mon devoir de prendre nettement position, car la situation était devenue critique. Le moment était venu, afflrmai-je, où lui-même devait prendre position. »

Hitler écoute : il a parfaitement compris qu'on l'invite à mettre de l'ordre, à freiner l'ardeur des S.A., les violations de la légalité que commettent les nazis. Toutes les forces — Reichswehr, Gestapo, conservateurs — le poussent à rompre l'équilibre établi entre les différents courants qui l'ont porté au pouvoir. Mais chacun des hommes — Himmler, Heydrich, Blomberg, Gœring et aussi Papen — qui veulent voir l'équilibre rompu, se tourne vers le Führer. Franz von Papen n'échappe pas à la règle : « II devait se rendre compte, continue le vice-chancelier, que je tenais toujours à notre association, c'était justement pour cette raison que je le suppliais de réfléchir aux problèmes que j'avais soulevés ». On a besoin du Führer, et cela Hitler le sait, on a besoin de lui dans tous les camps, y compris dans celui des S.A.

Puis Papen hausse le ton, son attitude se fait plus arrogante. «  De toute façon, dit-il, le vice-chancelier du Reich ne peut tolérer qu'un nouveau ministre (Goebbels) interdise la publication d'un discours officiel ».

Papen ménage ses effets, puis il lance : «  J'ai parlé en mandataire du président. L'intervention de Goebbels va m'obliger à démissionner. J'en avertirai immédiatement Hindenburg... »

Voilà la carte des conservateurs pour contraindre Hitler à céder, à rompre avec les S.A., à respecter la légalité. Hindenburg, statue du commandeur qui pourrait foudroyer Hitler en ralliant autour de lui l'armée, les conservateurs, la masse des Allemands. « A moins que l'interdiction de mon discours ne soit rapportée, continue Papen, et que Hitler lui-même ne prenne l'engagement d'adopter la ligne de conduite que j'ai préconisée ».

Hitler paraît hésiter. « Il essaya de me calmer, raconte Papen. Il admit que Goebbels avait gaffé pour essayer d'éviter une aggravation de la tension déjà  existante ». Mais Papen menace encore, il va démissionner et von Neurath, ministre des Affaires étrangères, Schwerin von Krosigk, ministre des Finances, partiront avec lui. «  Je vais à Neudeck, àjoute-t-il, et je demande que le discours soit publié ». Hitler saisit la balle au bond : il ira à Neudeck avec Papen. Les collaborateurs du vice- chancelier l'ont mis en garde contre cette proposition de Hitler. Papen ne doit pas accepter une visite commune à Hindenburg qui viderait de toute signification le discours de Marburg. Mais Papen, comme il l'a dit, ne veut pas rompre son                   « association avec Hitler ». Le Führer insiste. « Il faut examiner l'ensemble de la situation, dit-il, la discussion ne pourra avoir de résultats tangibles que si le chancelier y assiste. » Papen, finalement, accepte la proposition du Führer. Alors, celui-ci promet d'ordonner à Goebbels de lever l'interdiction du discours de Marburg, puis « il se lance dans une violente tirade contre l'insurbordination générale des S.A. Elles compliquent de plus en plus sa tâche et il va être forcé de les ramener coûte que coûte à la raison ». Les Sections d'Assaut : une fois de plus ce sont elles, qui dans cette journée du 20 juin, subissent le contrecoup de l'événement. Pour se protéger de l'attaque de Papen, de Hindenburg, pour éviter de se couper de l'aile « conservatrice» de son gouvernement Hitler charge la S.A. Ira-t-il jusqu'à la sacrifier ?

LA FETE DE L'ETE

La nuit du mercredi 20 au jeudi 21 juin est pour l'Allemagne une nuit de veille. Sur les stades, sur les places, dans les clairières, partout brûlent des feux de bois et se rassemblent des milliers de membres des organisations nazies. Jeunes gens portant des torches, chantant des hymnes, marchant au pas cadencé. Pour la première fois en cette nuit, la plus courte de l'année, l'Allemagne célèbre une nouvelle solennité, la fête du Solstice d'été. Déjà l'inhumation de Karin avait annoncé, la veille, le début du cycle païen, maintenant il atteint sa plénitude et durant plusieurs jours il va se poursuivre.

A Verden, une petite ville de Westphalie, située sur l'Aller, Alfred Rosenberg, qui est à l'origine de ce retour au paganisme, magnifie la mémoire des 4 500 Saxons rebelles que Charlemagne fit exécuter là, en 782. Alors que les flammes hautes s'élèvent des foyers dans la nuit fraîche et claire, que les torches grésillent, Rosenberg prononce une allocution inspirée : «  Hitler, déclare-t-il, est pour nous le continuateur direct de Hermann le Chérusque et du duc Witikind. L'histoire a donné raison à ce duc des Saxons. La Terre sainte n'est pas pour nous en Orient. Elle est partout, ici, en Allemagne. » Ainsi la fête de l'été devient-elle exaltation du Reich et de son Führer.

Dans l'après-midi du jeudi, à Berlin, Goebbels prend le relais de Rosenberg. Sur l'immense stade de Neuköln, devant des dizaines de milliers de Chemises brunes, la mythologie à nouveau s'anime à l'occasion de cette fête du Solstice. Pourtant ici, il n'est plus question du passé, mais du présent : « Un petit cercle de critiques s'est constitué pour saboter notre travail, dans la pénombre mystérieuse du café du Commerce... Ce sont de ridicules galopins ! » hurle Goebbels et continuant sous les applaudissements frénétiques, le ministre ajoute : « Ces cercleux qui discutent gravement de politique en se prélassant dans de bons fauteuils n'ont pas le monopole de l'intelligence... Ils représentent la réaction. L'histoire ne gardera pas leurs noms, mais les nôtres ».

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