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Les 40 signes de la pluie

Электронная книга - «Les 40 signes de la pluie». Краткое содержание книги:

À Washington, Anna et Charlie Quibler oeuvrent aux applications des découvertes scientifiques visant à améliorer la vie sur terre. L’enjeu est de taille : alerter le monde sur les dangers du réchauffement climatique global et convaincre une administration réticente de prendre les mesures qui s’imposent.
L’urgence devient criante lorsque des pluies torrentielles s’abattent sur la ville, bientôt engloutie sous les eaux. Pour l’humanité, l’adoption des lois préparées par Charlie est désormais une question de vie ou de mort…
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— Que se passe-t-il, Charles ? Il se réveille ?

— Euh, oh non, monsieur, il dort encore. Enfin, il remue peut-être un petit peu – Ah ! L’ennui, c’est que si nous ne nous occupons pas de ces problèmes maintenant, peu importe ce que nous pourrons faire par ailleurs. Rien n’ira plus jamais bien.

— Je trouve ce discours bien alarmiste, dit le Président avec une lueur paternaliste dans l’œil. Calmons un peu le jeu. Vous devez vous en tenir à l’idée raisonnable selon laquelle une croissance économique soutenue est la clé du progrès environnemental.

— Soutenue, ha !

— Qu’est-ce que ça veut dire, ça ?

Il refoula un petit rire.

— Le problème est justement là, monsieur : soutenue.

— Nous devons contenir le pouvoir des marchés, dit Strengloft, à nouveau lancé sur son sujet favori, apparemment ignorant des problèmes de Charlie.

Alors que le Président le regardait attentivement, Charlie eut l’impression qu’un courant électrique lui parcourait la colonne vertébrale. Il venait de prendre un énorme coup de mâchoire édentée. Il réprima l’impulsion d’aplatir son fils comme un moustique. Les doigts de sa main droite le picotaient. Il haussa très doucement une épaule, essayant de le déloger comme on essaye de décoller un bigorneau. Anna devait parfois lui pincer les narines pour l’obliger à lâcher prise. Ne pense pas à ça.

— Charles, dit le Président, si nous allions trop loin dans ce sens, nous laisserions la vie économique exsangue. Réfléchissez un peu à ça. Les choses étant ce qu’elles sont, nous grignotons un peu le problème tous les jours. Écoutez, dans cette histoire, je suis comme un chien qui rongerait un os ! Ces environnementalistes aux intérêts particuliers sont comme des cochons dans leur bauge. Nous les en sevrons, en ce moment, et ils n’aiment pas ça, mais il va bien falloir qu’ils apprennent que si on ne peut pas les lécher, il faut…

C’est alors que Charlie partit d’un fou rire irrépressible.

5. Athéna sur le Pacifique

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La Californie est un endroit à part.

Les chercheurs d’or sont allés vers l’est jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés par l’océan, et là, dans ce beau pays au bout de tout, séparé du reste du monde par le désert et les montagnes, la prairie et l’océan, ils virent qu’ils ne pouvaient aller plus loin. Ils devaient s’arrêter là et y construire leur vie.

La société civile, après la guerre de Sécession. Un méli-mélo d’argonautes, animés par une destinée manifeste, par la fièvre de l’or, et pénétrés aussi d’Emerson et de Thoreau, de Lincoln et de Mark Twain, leur John Muir à eux. Ils se dirent : Là, au bout de la route, ça a intérêt à être différent, parce que, sinon, l’histoire du monde se réduit à néant.

Alors ils firent des choses, des bonnes et des mauvaises. En fin de compte, ce fut pareil que partout ailleurs. En un peu plus exagéré, peut-être.

Mais, parmi les bonnes choses, il y eut la fondation, encouragée par Lincoln, de l’université publique : Berkeley, en 1867, Davis, en 1905, et d’autres campus par la suite ; dans les années 1960, il en poussa encore d’autres, comme des champignons après la pluie. L’université de Californie. Une puissance mondiale en soi.

Un institut océanographique de la région de La Jolla voulut créer tout près l’un des nouveaux campus des années 1960. Juste à côté, les marines avaient un terrain d’entraînement au tir. Les océanographes leur demandèrent du terrain, et ils le leur accordèrent. Les marines leur en firent cadeau, exactement comme pour Washington DC, mais il s’agissait cette fois d’une plantation d’eucalyptus sur une falaise qui dominait la mer, très haut au-dessus du Pacifique.

C’était l’université de San Diego, Californie.

À l’époque, la Californie était un carrefour où l’Est et l’Ouest se rencontraient. San Francisco était la grande ville, Hollywood la machine à rêves, et l’université de San Diego l’enfant gâtée résultant de tout ça, Athéna bondissant du front haut de l’État. Des savants de premier plan vinrent de partout lui donner le coup d’envoi, attirés par le chant des sirènes d’un nouveau départ sur un rivage méditerranéen du monde.

Ils fondèrent une École et contribuèrent à l’invention d’une technologie : la biotechnologie, le don d’Athéna à l’humanité. L’université comme professeur et médecin, appartenant au peuple, et qui ne courrait pas après le profit. Un projet public dans un monde de plus en plus privatisé, rude et déterminé, animé d’intentions altruistes, mais très intense. Quel est le sens du don ?

17

Frank songea à ajouter un post-scriptum au formulaire n° 7 de Yann Pierzinski pour lui suggérer de solliciter un soutien privé de Torrey Pines Generique. Puis il se dit qu’il valait mieux faire intervenir Derek Gaspar. Il pouvait s’en occuper, lors du voyage qu’il prévoyait de faire à San Diego pour préparer son retour.

Une semaine plus tard, il était en route. Pendant le premier vol vers l’ouest, il s’endormit devant un DVD. Correspondance à Dallas, un bon aéroport pour observer les gens, puis un autre avion, où il se rendormit.

Il ouvrit l’œil en sentant l’avion descendre. Ils étaient toujours au-dessus de l’Arizona ; son relief gigantesque, cuit par le soleil, coulait sous le ventre de l’appareil. Une partie de Frank, qui était restée endormie, commença à se réveiller aussi : il rentrait chez lui. C’était stupéfiant comment les choses changeaient quand on passait du côté au sec de la courbe des vingt-cinq centimètres de pluie par an. Frank colla son front au hublot de l’avion, regarda la chaîne calcinée qui se profilait sur l’horizon, vers l’avant, et se dit : « Je vais pouvoir surfer. »

L’ambre pâle du désert de Mojave laissa la place aux grandes montagnes rocailleuses de Californie du Sud. À l’ouest apparurent des faubourgs qui gagnaient, vers l’est, les bosses de collines arasées et les creux de vallées comblées : San Diego et sa banlieue, en extension permanente. Des bulldozers nivelaient le sol sur de vastes étendues, qui deviendraient de nouveaux quartiers. Les autoroutes étincelaient, pareilles à des artères palpitantes.

L’avion décéléra et descendit, derrière les derniers pics, au-dessus de la ville proprement dite. Vers le centre-ville, des forêts de gratte-ciel miroitants surgirent immédiatement à la gauche de l’avion, et à la même hauteur, semblait-il. Frank avait travaillé sur ces bâtiments pendant un moment quand il était plus jeune, et il les regardait comme il aurait regardé la maison de son enfance. Il savait exactement quels bâtiments il avait escaladés ; leur souvenir était gravé dans son esprit. Ça avait été une bonne année. Écœuré par son directeur de thèse, il avait pris un congé sabbatique et, après avoir passé une saison à faire de l’escalade à Yosemite Park et à vivre à Camp Four, il s’était retrouvé à court d’argent et avait décidé de gagner sa vie en faisant quelque chose qui ferait appel à ses aptitudes physiques plutôt qu’à son intellect. Une erreur de jeunesse, même s’il n’avait jamais pensé gagner sa vie comme grimpeur professionnel. Mais les mêmes compétences pouvaient servir à assurer l’entretien des vitres des gratte-ciel ; pas seulement les laver, ce qu’il avait fait, mais aussi les réparer et les remplacer. C’était étrange et merveilleux de descendre des toits de ces bâtiments et de dévaler les parois pour laver les vitres, réparer les joints et couvre-joints qui fuyaient, remplacer les vitres fêlées et ainsi de suite. L’escalade était sans histoire, et se faisait généralement à l’aide de plates-formes, par souci de commodité ; les assurages et les barres en T, les tableaux de bord et tout le reste du matériel étaient à l’épreuve des bombes. Il y avait de tout parmi ses compagnons de travail, comme chez les grimpeurs : des cow-boys à peu près illettrés et des excentriques spécialistes de Nietzsche ou d’Adam Smith. Et travailler sur les fenêtres proprement dit était une occupation amusante, l’apothéose des capacités développées au jardin d’enfants, pour reprendre les termes du spécialiste de Nietzsche : très satisfaisante à effectuer – découper les vieux joints, appliquer un joint neuf préalablement chauffé, dévisser les vis et les boulons, les revisser, plaquer les ventouses géantes sur les vitres, les désencastrer et les remonter, au treuil, sur le toit ou sur une plate-forme –, dans la fraîcheur de la brise marine qui soufflait juste en dessous des nuages que crevait le soleil éclatant, de sorte qu’il faisait chaud quand il y avait du soleil et froid quand il y avait des nuages. Et tout ça avec le centre de San Diego qui s’offrait à lui pour le distraire quand il ne travaillait pas. Il avait souvent éprouvé des vagues de bonheur exaltant qui lui revenaient encore quand il prenait le temps de regarder autour de lui : des moments rares dans sa vie.

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