Le vieil homme et la guerre
- Автор: Скальци Джон
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 978-2-84172-356-0
- Переводчик: Bernadette Emerich
- Жанр: Боевая фантастика
Электронная книга - «Le vieil homme et la guerre». Краткое содержание книги:
— Je suis convaincu qu’il n’y a pas de quoi en faire tout un plat.
Je remarquai alors qu’Alan s’était mis au garde-à-vous. Levant les yeux, j’avisai Viveros, le lieutenant Keyes et un officier que je ne connaissais pas. Ils s’avançaient vers moi à grands pas. Je m’arrêtai et les attendis.
— Perry, dit le lieutenant Keyes.
— Mon lieutenant… S’il vous plaît, excusez-moi de ne pas vous saluer. Je transporte un mort à la morgue.
— C’est là où nous allons. (Keyes désigna le cadavre.) Qui est-ce ?
— Watson, mon lieutenant.
— Oh, lui. Il n’a pas tenu longtemps.
— Il était excitable, mon lieutenant.
— Certainement, dit Keyes. Bien… Perry, voici le lieutenant-colonel Rybicki, le commandant du 233e.
— Navré de ne pas vous avoir salué, mon colonel.
— Oui, mort, je sais, dit Rybicki. Mon gars, je tenais à vous féliciter pour votre solution de tir d’aujourd’hui. Vous avez épargné beaucoup de temps et de vies. Ces salauds de Consus continuaient de nous harceler. Leurs boucliers personnels étaient une nouvelle astuce et ils nous ont donné du fil à retordre. Je vais vous recommander, soldat. Que pensez-vous de cela ?
— Merci, mon colonel. Mais je suis sûr que quelqu’un d’autre aurait fini par la trouver.
— Probablement, mais c’est vous qui l’avez trouvée le premier, et ça compte.
— Oui, mon colonel.
— Quand vous serez retourné sur le Modesto, j’espère que vous permettrez à un vieux fantassin de vous offrir un verre, mon gars.
— Cela me fera plaisir, mon colonel.
J’avisai le sourire narquois d’Alan qui se tenait en retrait.
— Eh bien… encore une fois, félicitations. (Rybicki désigna Watson.) Et navré pour votre ami.
— Merci, mon colonel.
Alan salua pour nous deux. Rybicki lui rendit son salut, pivota, suivi de Keyes. Viveros se retourna vers Alan et moi.
— Tu as l’air amusé, me dit-elle.
— Je pensais que ça fait bien cinquante années qu’on ne m’a pas appelé « mon gars ».
Viveros sourit et désigna Watson.
— Tu sais où tu le transportes ?
— La morgue se trouve juste derrière cette arête rocheuse. Je vais déposer Watson, puis j’aimerais prendre le premier transport qui me ramènera sur le Modesto, si c’est possible.
— Merde, Perry, dit Viveros, tu es le héros du jour. Tu es libre de faire ce que tu veux.
Elle pivota sur ses talons.
— Hé, Viveros. C’est toujours comme ça ?
Elle se retourna.
— Qu’est-ce qui est toujours comme ça ?
— Tout… La guerre. Les batailles. Le combat.
— Quoi ? s’exclama-t-elle en reniflant. Bon Dieu, non, Perry. Aujourd’hui, c’était du gâteau. Simple comme bonjour.
Sur ce, elle s’éloigna au pas de gymnastique, hilare.
C’est ainsi que se déroula mon premier combat. Ma période de guerre avait commencé.
Quatre
Maggie fut la première des Vieux Cons à décéder.
Elle mourut dans la haute atmosphère d’une colonie nommée Tempérance, un nom bien ironique car, à l’instar de la plupart des colonies dotées d’une importante industrie minière, les bars et les bordels y poussaient comme des champignons. La croûte chargée de métal de Tempérance rendait difficile l’implantation de la colonie et les humains avaient du mal à la garder. La présence permanente des FDC était trois fois supérieure à la normale, et elles envoyaient sans arrêt des renforts pour les soutenir. Le vaisseau de Maggie, le Dayton, fut assigné à cette planète au moment où les forces ohues déboulaient dans l’espace de Tempérance et lâchaient en pluie sur la planète une armée de drones guerriers.
La compagnie de Maggie devait participer à la reprise d’une mine d’aluminium située à cent kilomètres de Murphy, le principal port de Tempérance. Elle n’atteignit pas le sol. Lors de sa descente, son transport de troupes fut touché par un missile ohu qui déchira la coque et aspira plusieurs soldats dans l’espace, dont Maggie. La plupart de ces soldats moururent sur-le-champ sous l’impact et les éclats de la coque plantés en eux.
Maggie ne fut pas de ceux-là. Toujours consciente, elle fut aspirée dans l’espace au-dessus de Tempérance, et son unitard de combat se referma automatiquement autour de son visage pour empêcher ses poumons de recracher l’air. Maggie envoya aussitôt un message à ses chefs de section et de compagnie. Ce qui restait de son chef de section claquait dans son harnais de parachute. Son chef de compagnie ne fut pas d’un meilleur secours, mais on ne pouvait l’en blâmer. Le vaisseau de troupes n’était pas équipé pour les sauvetages dans l’espace. De surcroît, le bâtiment était gravement endommagé et cahotait sous le feu ennemi en direction du vaisseau des FDC le plus proche pour transférer ses survivants.
Un message au Dayton lui-même fut tout aussi infructueux. Le Dayton échangeait des tirs avec plusieurs bâtiments ohus et n’était pas en mesure d’envoyer des secours. Ni aucun autre vaisseau. Même sans le contexte de la bataille, Maggie aurait fait une cible trop petite, trop éloignée à l’intérieur du puits de gravité et trop proche de l’atmosphère de Tempérance pour qu’on la récupère, à moins de faire preuve d’un suprême héroïsme. En situation de bataille rangée, elle était déjà morte.
Et que fit Maggie ? Elle dont le Sangmalin atteignait sa limite de transport d’oxygène et dont le corps commençait certainement à réclamer à cor et à cri ce produit vital, elle prit son MF, visa l’appareil ohu le plus proche, calcula une trajectoire et tira roquette sur roquette. Chaque explosion de roquette déclenchait une décharge égale et opposée de poussée vers Maggie, la projetant vers le ciel nocturne de Tempérance.
Les données de la bataille allaient révéler plus tard que ses roquettes, dont le propergol était depuis longtemps épuisé, avaient bel et bien touché le vaisseau ohu, lui causant des dommages mineurs.
Puis Maggie se tourna face à la planète qui allait la tuer et, en bon professeur de religions orientales qu’elle avait été, composa un jisei, poème de la mort, sous la forme d’un haïku.
Elle nous le transmit, ainsi que les derniers moments de sa vie, puis elle mourut, filant à toute allure dans le ciel nocturne de Tempérance.
Elle était mon amie. Elle avait été un bref moment ma maîtresse. Elle avait été plus courageuse que je ne le serai jamais au moment de la mort. Et je parie qu’elle fut une formidable étoile filante.
— Le problème avec les Forces de défense coloniale n’est pas qu’elles ne sont pas une excellente force de combat. C’est qu’elles sont trop faciles à utiliser.
Ainsi parlait Thaddeus Bender, à deux reprises sénateur démocrate du Massachusetts, ancien ambassadeur (à diverses périodes) en France, au Japon et aux Nations unies, secrétaire d’État de la désastreuse administration Crowe, auteur, conférencier et, enfin, dernier élément affecté à la section D. Puisque sa toute dernière fonction était la plus significative pour nous, nous décidâmes tous que le soldat-sénateur-ambassadeur-secrétaire Bender était vraiment un sale con.
Il est surprenant de constater à quelle vitesse on passe du statut de bleu à celui de vieux briscard. À notre arrivée sur le Modesto, Alan et moi avions reçu notre ticket, accueillis cordialement mais avec indifférence par le lieutenant Keyes (qui s’était contenté de lever un sourcil quand nous lui avions transmis les compliments de l’adjudant Ruiz) et traités avec indifférence par le reste de la compagnie. Nos chefs d’escadron ne nous adressaient la parole que lorsque c’était nécessaire, et nos compagnons nous transmettaient les informations que nous devions connaître. Sinon, nous étions hors du coup.