Angélique se révolte Part 2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #10
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique se révolte Part 2». Краткое содержание книги:
– Je n'ai pas voulu parler à maître Berne de mon projet, dit-elle à Abigaël, parce qu'il m'aurait certainement empêchée de le mettre à exécution. Or, il n'y a que moi qui puisse agir. Il faut cependant que vous sachiez.
Et elle dévoila tout, pêle-mêle. On les avait trahis. Qui ? Peut-être un commis des Manigault. Peut-être un des leurs ?... Qu'importait, au fond ! Ce qui comptait c'était que Baumier était au courant de tout. Il savait leurs noms. Des sbires et des archers les surveillaient, surveillaient les entrepôts, le Sainte-Marie. Leurs maisons à tous étaient déjà marquées. L'ange noir des désastres avait posé son invisible main au frontispice des belles demeures ou des modestes échoppes du quartier sous les murs. Demain, on viendrait tous les arrêter.
Abigaël écoutait sans broncher. Plus que jamais, elle ressemblait à une madone flamande avec son long et doux visage aux sourcils pâles, sous sa coiffe blanche. Elle restait calme. Elle avait assez de force d'âme pour se résigner à ce qui devait advenir, mais cela lui était facile, songeait Angélique, parce que Abigaël ne savait pas ce qu'était le malheur. Elle ignorait ce que c'était que d'être en prison, que d'être traquée comme un gibier, que de n'avoir pas une pierre où poser sa tête, que d'appeler vainement au secours, parmi les siens.
– Il nous reste une chance, confirma-t-elle. Je veux la risquer. C'est pour cela qu'il faut que je sorte encore ce soir.
Abigaël tressaillit.
– Ce soir ? Par cette tempête ? Écoutez...
Le vent ébranlait les volets et les vitres. La pluie avait repris et le bruit de ses cataractes se mêlait au mugissement sourd de la mer.
– Les heures sont comptées, dit Angélique. Il faut que, demain, nous soyons tous embarqués, sinon nous sommes perdus.
– Embarqués ? Comment cela serait-il possible ? Vous dites vous-même que le port est gardé. Et aucun bateau ne voudra prendre la mer par ce temps.
– Un seul ne suffit-il pas ? fit Angélique têtue. Il faut courir cette chance, la dernière. Tenez-vous prête, Abigaël. Pendant mon absence, je voudrais que vous prépariez le bagage de chacun. Très peu de choses : un habit de rechange, un peu de linge.
– Quand allez-vous revenir ?
– Je ne sais pas. À l'aube, peut-être. Mais tenez-vous prêts... Je vous apporterai sans doute la nouvelle que le navire vous attend pour appareiller et qu'il faut se hâter.
Elle gagna la porte, s'arrêta comme saisie d'une nouvelle idée :
– Si je ne revenais pas, Abigaël... ma fille Honorine, quoi qu'il arrive, vous essaieriez de la protéger. Mais que je suis bête !... Je dois revenir. Il ne peut pas en être autrement !
Abigaël la rejoignit et lui mit le bras autour des épaules.
– Qu'allez-vous faire, Angélique ?
– Rien que de très simple. Je vais trouver un capitaine de navire que je connais, et lui demander de nous emmener, tous.
La jeune fille la serrait très fort contre elle et, en levant les yeux, Angélique fut frappée par ses traits lumineux.
Une vision naïve de son enfance vint se mêler au réconfort qu'elle éprouvait de découvrir cette amitié. Quand elle était petite et que la tempête passait en sifflant au-dessus des marais de Monte-loup, elle s'imaginait qu'elle était dans les bras de la Vierge Marie et sa peur s'évanouissait. Elle appuya son front contre l'épaule d'Abigaël. Celle-ci dit à mi-voix.
– Pourquoi cherchez-vous à nous emmener tous ? C'est multiplier vos difficultés. Vous auriez pu vous sauver seule, Angélique, je le sens !
– Non. Je n'aurais pas pu, dit Angélique en secouant la tête. C'aurait été, en vérité, au-dessus de mes forces. Vous ne pouvez pas comprendre, ma douce Abigaël, mais je sais que si je ne vous aidais pas à vous sauver, vous et vos frères protestants, jamais je ne pourrais racheter le sang répandu, ni les erreurs de ma vie...
Elle conclut avec une sorte de gaieté :
– ... C'est ce soir ou jamais. Voilà pourquoi je dois réussir.
Abigaël l'accompagna jusqu'au grand portail. Une brusque rafale souffla la chandelle. Les deux jeunes femmes s'étreignirent sans se voir et Angélique, se collant aux murs pour donner moins de prise aux rafales, se glissa vers les remparts. Elle n'entendit pas la porte se refermer.
Tandis qu'elle lutterait, Abigaël veillerait, telle une lampe allumée. Angélique ne serait pas seule. Presque à genoux, elle réussit à gravir les marches ruisselantes qui menaient au chemin de ronde. Là-haut, le halètement fou de la mer l'environna. Elle entendait, contre la digue, résonner les violents coups de bélier des lames déchaînées. Leurs embruns jaillissaient, inondant tout et s'étalant sur les dalles en nappe mousseuse. Elle était déjà trempée lorsqu'elle atteignit le corps de garde de la Tour de la Lanterne.
Un instant, elle se tint à l'abri d'un contrefort afin de reprendre souffle, puis elle se hissa sur la pointe des pieds pour regarder à l'intérieur par une imposte. Elle aperçut le soldat Anselme Camisot, assis mélancoliquement près de son brasero dont les charbons ardents jetaient des reflets rougeâtres sur sa trogne mal rasée.
Heureusement, Angélique connaissait la timidité foncière de son soupirant, car aucun spectacle n'eût pu sembler moins rassurant que celui de ce soldat solitaire, aperçu entre deux barreaux croisés sous les voûtes de la salle d'armes médiévale.
Et puis elle n'avait pas le choix ! Elle frappa contre l'imposte.
Le soldat finit par lever les yeux et son visage exprima le plus profond ahurissement en découvrant l'apparition envoyée cette nuit par le dieu des tempêtes. Il se frotta plusieurs fois les paupières, se leva d'un bond, se prit les pieds dans sa hallebarde, buta dans son casque, à terre, ce qui dut faire retentir tous les échos de la Tour et, enfin, parvint à la porte qu'il déverrouilla.
Angélique s'y était déjà glissée. Elle entra, rejetant avec soulagement son capuchon alourdi d'eau.
– Vous ? dame Angélique ! fit Anselme Camisot essoufflé, comme s'il avait couru. Vous !... Chez moi !...
Ce chez moi, qui désignait la lugubre salle ronde, la paillasse et le modeste repas de crevettes et de pain noir du gardien, était assez attendrissant
– Messire Camisot, je suis venue vous demande : un grand service. Il faut que vous m'ouvriez la petite porte d'angle, car je dois sortir de la ville.
L'archer médita la demande et la déception le rendit sévère.
– Il faut... Je dois... Rien que ça ! Mais c’est : interdit, ma belle.
– C'est bien pour cette raison que je m'adresse à vous. C'est le seul passage accessible. Je sais que vous avez les clés.
Les sourcils de gorille du pauvre Camisot se fronçaient de plus en plus.
– Si c'est pour aller rejoindre un amoureux, ne comptez pas sur moi. Je suis gardien de la morale comme du reste.
Angélique haussa les épaules.
– Croyez-vous que ce soit le temps pour rejoindre un amoureux sur la lande ?
Le soldat écouta le crépitement de la pluie et les hululements du vent qui se ruait dans la tour.
– Pour ça non, dit-il. Même ici, on est mieux que dehors. Mais alors ? Pourquoi voulez-vous sortir de la ville ?
Elle n'avait pas de mensonge prêt. Elle en trouva un assez vite.
– Je dois porter un message à quelqu'un qui se cache au hameau de Saint-Maurice... un homme menacé de mort... un pasteur.
– Je comprends, grommela Camisot, mais si vous continuez à vous mêler de ces histoires, dame Angélique, vous allez vous retrouver en prison. Et moi ce n'est plus l'estrapade que je risque, mais la corde.
– Personne ne parlera... J'ai promis d'aller porter ce message et tout de suite j'ai pensé à vous. Je n'ai fait part à personne de mes intentions, mais si vous me refusez, à qui pourrai-je m'adresser avec la même confiance ?