Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
On délibéra donc, mais comment parvenir à faire traduire cette harangue, on avait beau délibérer, on n’en trouvait pas le moyen. Se pouvait-il que dans une société de marchands de thon accidentellement vêtus d’une jaquette noire, dont pas un seul ne sait seulement le français, il se rencontrât un confrère qui parlât le persan? La harangue était pourtant faite; trois avocats célèbres l’avaient travaillée six semaines; enfin on découvrit, soit dans le troupeau, soit dans la ville, un matelot qui avait été longtemps dans le Levant et qui parlait persan presque aussi bien que son patois. On l’instruit, il accepte 1e rôle, il apprend la harangue et la traduit avec facilité; le jour venu, on le revêt d’une vieille casaque de premier président, on lui prête la plus ample perruque du parquet, et suivi de toute la bande magistrale, il s’avance vers l’ambassadeur. On était convenu mutuellement de ses rôles, et le harangueur avait surtout bien recommandé à ceux qui le suivaient de ne le jamais perdre de vue et de faire absolument tout ce qu’on lui verrait faire. L’ambassadeur s’arrête au milieu du cours où il était arrangé que l’on le rencontrerait; le matelot s’incline et peu accoutumé à avoir une si belle perruque sur le crâne, de la courbette, il fait voler la tignasse aux pieds de Son Excellence; MM. les magistrats, qui avaient promis d’imiter, mettent à l’instant leur perruque bas et courbent avec bassesse vers le Persan leurs crânes pelés et peut-être même un peu galeux; le matelot, sans s’étonner, ramasse ses cheveux, se recoiffe, et entonne le compliment; il s’exprimait si bien, que l’ambassadeur le crut de son pays; cette idée le mit en colère.
– Malheureux, s’écria-t-il, en portant la main sur son sabre, tu ne parlerais pas ainsi ma langue si tu n’étais un renégat de Mahomet; il faut que je te punisse de ta faute, il faut que tu la payes aussitôt de ta tête.
Le pauvre matelot avait beau se défendre, on ne l’écoutait point; il gesticulait, il jurait, et pas un de ses mouvements n’était perdu, tous se répétaient à l’instant avec énergie par la troupe aréopagite dont il était suivi. Enfin ne sachant plus comment se tirer d’affaire, il imagine une preuve sans réplique, c’est de déboutonner sa culotte, et de mettre aux yeux de l’ambassadeur la preuve constante que de ses jours il n’avait été circoncis. Ce nouveau geste est à l’instant imité, et voilà tout d’un coup quarante ou cinquante magistrats provençaux, la brayette à bas et le prépuce en main, prouvant ainsi que le matelot, qu’il n’en est aucun d’eux, qui ne soit chrétien comme saint Christophe. L’on imagine aisément si les dames qui considéraient la cérémonie de leurs fenêtres durent rire d’une telle pantomime. Enfin le ministre convaincu par des raisons si peu équivoques, voyant bien que son harangueur n’était pas coupable et que du reste il était dans une ville de pantalons, passe outre en levant les épaules et se disant sans doute intérieurement: Je ne m’étonne pas que ces gens-là aient toujours un échafaud dressé, le rigorisme accompagnant toujours l’ineptie doit être le partage de ces animaux-là.
On voulut faire un tableau de cette nouvelle manière de dire son catéchisme, il avait déjà été dessiné d’après nature par un jeune peintre, mais la cour bannit l’artiste de la province, et condamna le dessin au feu, sans se douter qu’ils se faisaient brûler eux-mêmes puisque leur portrait était sur le dessin.
– Nous voulons bien être des imbéciles, dirent ces graves magistrats; ne le voulussions-nous même pas, il y a assez longtemps que nous le prouvons à toute la France; mais nous ne voulons pas qu’un tableau l’apprenne à la postérité: elle oubliera cette platitude, elle ne se souviendra plus que de Mérindol et de Cabrières, et il vaut bien mieux pour l’honneur du corps être des meurtriers que des ânes.
ATTRAPEZ-MOI TOUJOURS DE MÊME
Il y a peu d’êtres dans le monde aussi libertins que le cardinal de… dont, attendu l’existence saine et vigoureuse encore, vous me permettrez de taire le nom. L’éminence a un arrangement fait à Rome avec une de ces femmes dont le métier officieux est de fournir les débauchés d’objets nécessaires à l’aliment de leurs passions; chaque matin elle lui amène une petite fille de treize à quatorze ans au plus, mais dont monseigneur ne jouit que de cette manière incongrue dont les Italiens font communément leurs délices, moyennant quoi la vestale, sortant des mains de Sa Grandeur aussi vierge à peu près qu’elle y est entrée, peut être revendue comme neuve une seconde fois à quelque libertin plus décent. La matrone parfaitement au fait des maximes du cardinal, ne trouvant pas un jour sous sa main l’objet journalier qu’elle était engagée de fournir, imagina de faire habiller en fille un très joli petit enfant de chœur de l’église du chef des apôtres; on lui avait arrangé des cheveux, un bonnet, des jupons, et tout l’attirail illusoire qui devait en imposer au saint homme de Dieu. On n’avait pourtant pas pu lui prêter ce qui réellement eût dû lui assurer une ressemblance totale avec le sexe qu’il contrefaisait; mais cette circonstance embarrassait fort peu l’appareilleuse… Il n’y mit la main de ses jours, disait-elle à celle de ses compagnes qui l’aidait à la supercherie, il ne visitera très assurément que ce qui assimile cet enfant à toutes les filles de l’univers; ainsi nous n’avons rien à craindre…
La maman se blousait, elle ignorait sans doute qu’un cardinal italien a le tact trop délicat, et le goût trop exercé, pour se tromper à de pareilles choses; la victime arrive, le grand prêtre l’immole, mais à la troisième secousse:
– Per Dio santo, s’écrie l’homme de Dieu, sono ingannato, quésto bambino è ragazzo, mai non fu putana!
Et il vérifie… Rien de trop fâcheux ne se trouvant néanmoins dans cette aventure pour un habitant de la sainte cité, l’éminence va son train, en disant peut-être comme ce paysan à qui l’on avait servi des truffes pour des pommes de terre: Attrapez-moi toujours de même. Mais quand l’opération fut faite:
– Madame, dit-il à la duègne, je ne vous blâme pas de votre méprise.
– Monseigneur, excusez.
– Eh non, non, vous dis-je, je ne vous en blâme pas, mais quand ça vous arrivera derechef, il ne faut pas manquer de m’avertir, parce que… ce que je ne vois pas dans le premier cas, je le verrais dans celui-ci.
L’ÉPOUX COMPLAISANT
Toute la France a su que le prince de Bauffremont avait à peu près les mêmes goûts que le cardinal dont on vient de parler. On lui avait donné en mariage une demoiselle très novice, et que, suivant la coutume, on n’avait instruite que la veille.
– Sans plus d’explication, dit la mère, la décence m’empêchant d’entrer dans de certains détails, je n’ai qu’une seule chose à vous recommander, ma fille, méfiez-vous des premières propositions que vous fera votre mari, et dites-lui fermement: Non, monsieur, ce n’est point par là qu’une honnête femme se prend, partout ailleurs autant qu’il vous plaira, mais pour là, non certainement…
On se couche, et par un principe de pudeur et d’honnêteté qu’on avait été loin de soupçonner, le prince, voulant faire les choses en règle au moins pour la première fois, n’offre à sa femme que les chastes plaisirs de l’hymen: mais la jeune enfant bien éduquée, se ressouvenant de sa leçon:
– Pour qui me prenez-vous, monsieur, lui dit-elle, vous êtes-vous imaginé que je consentirais à de telles choses? Partout ailleurs autant qu’il vous plaira, mais pour là, non certainement.