Les clowns de l'Eden
- Автор: Бестер Альфред
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-21269-5
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les clowns de l'Eden». Краткое содержание книги:
Ce ne sont ni des dieux ni des saints. Simplement des humains riches d’expérience et pour qui le monde est un terrain de jeux. Ils aiment, ils boivent, ils s’amusent… Le Dr Devine, cependant, va leur poser un rude problème !
Il a vaincu la mort mais pour se retrouver en vivante et totale symbiose avec l’Extro, le tout-puissant ordinateur. Et l’Extro, à présent doué de conscience, veut, ni plus ni moins, métamorphoser l’espèce humaine…
En fait, ce furent les vibrations des explosions qui produisirent le miracle. Elles firent éclater les lanières qui maintenaient les bambous de mon entrepôt et tordirent les tiges qui m’emprisonnèrent dans une cage que les secousses sismiques durent rejeter dans l’océan. Je ne me rendis compte de rien. Je ne repris conscience qu’après ma renaissance. Je flottais dans un cocon de bambou sur une mer remplie de débris.
Krakatoa avait disparu. Il ne restait plus rien que quelques récifs noirs qui émergeaient sous des nuages de poussière volcanique. Je restai dans un état de choc pendant cinq jours, qui me parurent durer cinq éternités, jusqu’à ce qu’un cargo hollandais me recueille. Ils étaient furieux de la catastrophe qui les avait retardés. On eût dit que c’était de ma faute, que j’avais joué avec des allumettes ou quelque chose comme ça. Voilà. C’est l’histoire de ma mort et du miracle qui m’a sauvé. C’est ainsi que je suis devenu un Homme Moléculaire.
Le problème, c’est que ce n’est pas commode d’organiser une éruption, ou une épidémie de peste, ou un Mastodonte Poilu chaque fois qu’on veut recruter un immortel. C’est encore plus difficile d’essayer de sauver miraculeusement quelqu’un de la catastrophe. Je ne m’y entends pas trop mal pour jouer au criminel sadique, mais quand il s’agit d’en venir au sauvetage, alors là, j’échoue tout le temps, quel que soit le soin que j’apporte à la préparation de l’opération. Il est vrai que j’ai réussi avec Séquoia, mais je dois reconnaître honnêtement que le miracle était accidentel.
Jicé est toujours peiné quand j’appelle ça un miracle. Il a passé quelques mois avec moi en Mexifornie et lorsque je lui répétais mes théories sur le Groupe (l’ennui, avec la longévité, c’est qu’on devient facilement redondant) il répondait :
— Pas d’accord. Les miracles sont les éléments constitutifs de la révélation divine. Ce sont des actes qui exposent le caractère et les propos de Dieu.
— Oui, oui, je sais, Jicé. Mais quel est le propos de Dieu en faisant vivre des types comme moi ad æternam ? D’accord, je suis le produit du rationalisme du XIXe siècle. Qu’est-ce que tu dirais d’une rare rencontre entre l’improbable et la biochimie ?
— On croirait entendre parler Spinoza, Guig.
— Voilà un drôle de compliment. Tu le connais, Jicé ?
— Je lui ai acheté une paire de lunettes à Amsterdam.
— Quel genre de type c’était ?
— Extraordinaire. Il a été le premier à refuser d’adorer des dieux façonnés par l’homme à leur propre image pour être les serviteurs des intérêts humains. Il fallait du courage, en 1600 et quelque.
À ce moment entra ma propre servante avec un plateau chargé : cognac pour moi et Romanée-Conti pour Jicé, qui se soûle la gueule depuis Jérusalem. La coquine portait un costume classique de soubrette à la française. Dieu sait dans quel vieux film des archives elle avait dû dénicher ça. Elle eut l’affront de faire un clin d’œil à Jicé en lui disant :
— Hello, je suis ton petit Bunny.
Elle s’éclipsa. Jicé me regarda d’une drôle de façon.
— Elle est tout le temps en train de me faire des surprises, dis-je. Elle essaie de me faire perdre mon sang-froid.
— Elle parle XXe.
— C’est moi qui le lui ai appris.
— Elle est au courant, pour le Groupe ?
— Pas encore.
— Qu’est-ce que c’est qu’un Bunny ?
— Une ancienne servante.
— Mais qui est cette gosse ?
— Elle m’a adopté. Je n’arrive pas à m’en débarrasser.
— Écoute, Guig…
— Tu veux savoir toute l’histoire ?
— Naturellement.
— J’éditais à l’époque Dek Magazine, des cassettes gratis bourrées de pubs et de bédés. Tu me croiras ou pas, mais un jour j’ai reçu une lettre. Une lettre, à cette époque. J’étais absolument sidéré. J’ai répondu quand même. Attends. Je vais demander le dossier à mon journal intime. Il y a toute une correspondance.
TERMINAL. PRÊT ?
PRÊT. INDIQUER NUMÉRO PROGRAMME.
147
FICHE FÉE CHARGÉE
POSITION + NOM. COMMENCER COMPTAGE.
FICHE FÉE TERMINÉE.
MCS, IMPRIMÉ. W.H. FIN.
La machine crépita comme une mitrailleuse pendant quelques secondes. Je tendis à Jicé le feuillet imprimé, en XXe bien entendu. Je n’ai pas envie que n’importe qui puisse lire mon journal intime. La correspondance s’était faite en spanglais, mais je l’avais traduite.
Mons rhédac-chef de KK. Je suette écrite arctic sur hist. minorités hetnic p. ex. Indiens & Sibér. qui découvrir Amérique en 1492 en trav. D 3 de Gœring en pirog. Krist. Coulomb, a menti. Mllrs stmts.
Fée-7 Chinois Grauman
Mexifom, E-U d’A.
Cher M. Chinois,
Nous vous remercions de votre intéressante proposition. Malheureusement, nous estimons que votre sujet n’est pas adapté aux exigences de Dek, qui se consacre exclusivement à la bédé, aux pubs, au sexe et au sadisme.
Bien cordialement,