Maîtres du jeu : nouvelles
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions Pocket
- ISBN: 9782266243001
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Maîtres du jeu : nouvelles». Краткое содержание книги:
Il y a des meurtres gratuits.
Folie sanguinaire ou machination diabolique, la peur est la même. Elle est là, partout: elle s'insinue, elle vous étouffe… Pour lui, c'est un nectar. Pour vous, une attente insoutenable. D'où viendra le coup fatal? De l'ami? De l’amant? De cet inconnu à l'air inoffensif? D'outre-tombe, peut-être…
Ce recueil comprend les nouvelles
Post-mortem et J'aime votre peur.
— Hors de question, ma chère: j'ai hâte de voir ça!
Il sourit. Ce n'est plus le sourire du gamin insolent.
Le prédateur est de retour.
Il a dépassé la Chrysler, gare sa voiture un peu plus loin sur la route. Il reste un moment immobile, les mains sur le volant.
Pourquoi est-il là? Pourquoi les avoir suivis?
Guidé par son instinct, cette haine tenace qui trace son chemin en lui, contrôle ses actes.
Il allume une cigarette, descend la vitre.
Il ne l'a jamais aimé. Et même mort, il continue à le narguer. A l'humilier.
Il pousse une sorte de hurlement effrayant avant de quitter sa bagnole. Il grimpe dans la colline, se mesure au maquis sur quelques centaines de mètres, histoire de se retrouver au-dessus de la maison. Vue imprenable.
Ils sont près du puits. Ce puits si profond…
Marc pousse la porte qui grince comme dans un mauvais film. Il ouvre aussitôt les volets de la fenêtre pour chasser l'obscurité.
— Bienvenue chez toi, Morgane!.. Lorsque tu n'auras plus aucun succès, que tu auras perdu ta beauté et que tout le monde t'aura oubliée, tu pourras te réfugier ici pour couler une retraite heureuse!
Il se retourne vers sa femme, sourit face à son visage outragé.
— Eh, je plaisante, chérie! Fais pas cette tête.
— Salaud!
Il s'approche, la prend d'autorité dans ses bras.
— Moi, je serai toujours là, je ne t'oublierai jamais… Je ne te laisserai jamais.
Ça ressemble à une déclaration d'amour. Celle qu'un fauve adresserait à une proie.
Je te dégusterai jusqu'au bout, sans en laisser une miette.
— Nous sommes liés à la vie à la mort, ne l'oublie pas…
Il l'embrasse dans le cou, murmure dans son oreille.
— C'est vachement aphrodisiaque comme endroit, raille-t-il. Tu trouves pas?
Elle se dégage de son emprise, fait quelques pas.
En finir, vite. Rentrer chez elle, à Paris.
La maison semble vaste, finalement. Ils débouchent dans une grande salle à manger, pauvrement meublée. Une cheminée, une vieille table de ferme, un pétrin…
— Regarde ça! s'exclame Marc.
Au milieu de la table, bien en évidence, trône un lecteur enregistreur de cassettes avec une enveloppe posée dessus. Une lampe torche juste à côté.
Marc s'empare de l'enveloppe avant que Morgane ait pu faire le moindre geste.
— Un message pour toi… Ça ne te dérange pas si je le lis à ta place?
Morgane hésite. Mais quoi qu'elle dise, il ouvrira ce pli. Alors, elle fait non d'un signe de tête, tandis qu'il déchire déjà l'enveloppe beige. Non, qu'il la déchiquette.
Une lettre et une clef.
Marc se met à lire à voix haute:
«Chère Morgane,
Je suis heureux que tu sois venue ici, ainsi que je te l’ai demandé…»
— Ça commence fort, commente Marc en fixant sa femme. Vous vous tutoyez?
— Je le connais pas, je te dis.
— Ben voyons… continue de me prendre pour un con, chérie!
Il sourit, elle frémit. La peur est encore montée d'un cran.
Elle n'aurait jamais dû venir ici. Elle a envie de s'enfuir, mais reste tétanisée face à celui qu'elle croyait ne plus aimer. Elle se force à répondre, pour désamorcer la bombe qui ne va pas tarder à exploser. Tic tac…
— Dans la lettre que m'a remise le notaire, monsieur Mesnil me disait qu'il pouvait se permettre de me tutoyer puisqu'un mort peut tout se permettre.
— Très drôle.
— Et puis il me demandait de venir visiter cette maison, c'étaient ses dernières volontés.
— Un malade mental, conclut Marc.
— Peut-être, consent son épouse.
— Sans aucun doute. Alors découvrons la suite de cette romantique missive!
Il tire une chaise, l'essuie d'un revers de manche avant de s'y asseoir.
«Tu trouves sans doute que cette maison n'est pas digne de toi. C'est vrai. Mais bien aménagée, elle fera un centre d’accueil parfait pour tes petits protégés.»
— À condition qu'ils ne soient pas difficiles, tes petits protégés! ricane Marc.
— Continue.
— A tes ordres, ma belle…
«Comme je te l’ai écrit dans la lettre que t'a remise Maître Sevilla, j'ai laissé quelque chose pour toi, ici Quelque chose de valeur…»
— Waouh! Un magot! Ce fou t'a laissé le magot, tu te rends compte?!
— Arrête, Marc, s'il te plaît.
— On est là pour s'amuser, non?
— Je ne vois rien d'amusant.
Il soupire et continue, sur un ton théâtral. C'est vrai qu'il a toujours rêvé d'être un acteur, lui aussi.
«Je te l’ai dit: tu as changé ma vie. Et là, juste avant de mourir, je tiens à te remercier, à ma façon…»
— Que c'est beau! ironise Marc. Tu as changé sa vie, tu imagines?
— C'est fini?
— Non, il reste quelques lignes…
«Si tu veux découvrir le cadeau laissé à ton attention, prends le dictaphone posé sur la table et suis mes instructions, elles t'y conduiront.