L’indice de la peur
- Автор: Харрис Роберт
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Éditions Plon
- ISBN: 978-2259214827
- Переводчик: Natalie Zimmermann
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «L’indice de la peur». Краткое содержание книги:
La folie le guette et pendant ce temps l'indice de la peur s’emballe, le système devient incontrôlable, est sur le point de provoquer un krach boursier sans précédent. La panique s’empare des marchés et l'étau se referme : Alexander ne pourra peut-être plus détruire le monstre qu’il a créé, un monstre numérique et immortel.
Il attendit trente secondes, puis se dirigea furtivement vers la lumière, se frayant un chemin à travers les touffes de graminées qui bordaient ce mur. Il ne détermina pas tout de suite de quelle pièce provenait la lumière : il ne s’était pas aventuré par là depuis que l’agent immobilier leur avait fait visiter la propriété. Mais, en se rapprochant, il s’aperçut qu’il s’agissait de la cuisine et, lorsqu’il arriva à sa hauteur et passa la tête devant la fenêtre, il distingua la silhouette d’un homme à l’intérieur. L’intrus lui tournait le dos. Il se tenait devant le plan de travail en granit de l’îlot central. Il se semblait nullement pressé et sortait les couteaux de leur logement, dans un billot, pour les aiguiser sur une meule électrique.
Hoffmann sentit son cœur s’emballer au point de l’entendre battre à ses oreilles. Sa première pensée fut pour Gabrielle. Il devait la faire sortir pendant que l’intrus était occupé dans la cuisine. Il fallait qu’elle quitte la maison, ou au moins qu’elle s’enferme dans la salle de bains jusqu’à l’arrivée de la police.
Il avait toujours son téléphone à la main. Sans quitter l’intrus des yeux, il composa le numéro de sa femme. Quelques secondes plus tard, il entendit le portable sonner — trop fort et trop près pour être au premier. Aussitôt, l’étranger leva les yeux. Le téléphone de Gabrielle était posé là où elle l’avait laissé avant d’aller se coucher, sur la grande table en pin de la cuisine, écran illuminé, boîtier de plastique rose vibrant sur le bois comme un gros insecte tropical renversé sur le dos. L’intrus redressa la tête pour le repérer. Puis, toujours avec ce calme horripilant, il posa le couteau qu’il aiguisait — le préféré d’Hoffmann, avec la longue lame mince, si pratique pour désosser — et contourna l’îlot pour atteindre la table. Il se présenta alors de profil, et Hoffmann put le voir vraiment pour la première fois : un crâne dégarni encadré de longues mèches grises ramenées derrière les oreilles en une maigre queue-de-cheval, des joues creuses, mangées de barbe. L’homme portait un manteau élimé en cuir brun. Il évoquait un itinérant, le genre de type qui aurait pu travailler dans un cirque ou une fête foraine. Il contempla le téléphone avec une telle stupéfaction qu’il semblait n’en avoir jamais vu auparavant, puis il le prit, hésita, appuya sur la touche « réponse » et le porta à son oreille.
Hoffmann se sentit submergé par une vague de rage meurtrière. Elle l’inonda comme un flot de lumière.
— Sors de chez moi, espèce d’enfoiré, souffla-t-il à voix basse.
Il fut récompensé en voyant l’inconnu sursauter, affolé, comme tiré brusquement par un fil accroché à son crâne. L’homme remua vivement la tête — gauche, droite, gauche, droite —, puis son regard se posa sur la fenêtre. Pendant un instant, son regard croisa celui d’Hoffmann, mais sans le voir car il fixait une vitre sombre. Il aurait été difficile de déterminer lequel des deux était le plus effrayé. Soudain, l’inconnu jeta le téléphone sur la table et fonça avec une agilité surprenante vers la porte.
Hoffmann poussa un juron, fit volte-face et reprit le chemin par lequel il était venu, sans cesser de glisser et de trébucher dans l’interminable plate-bande qui longeait la maison jusqu’à la façade — les mules n’arrangeaient rien, il s’était tordu la cheville et chaque respiration lui arrachait un sanglot. Il arrivait au coin de la maison quand il entendit la porte d’entrée claquer. Il supposa que l’intrus filait en direction de la route. Mais non : les secondes passèrent et l’homme n’apparut pas. Il avait dû s’enfermer à l’intérieur.
— Bon Dieu, murmura Hoffmann, bon Dieu de bon Dieu.
Il se rua vers la porte. Les brodequins étaient toujours là — languette pendante, vieux, tassés, menaçants. Il composa le code d’entrée d’une main tremblante. Il criait en même temps le nom de Gabrielle alors même que leur chambre se trouvait de l’autre côté de la maison et qu’elle ne pouvait certainement pas l’entendre. Les serrures s’ouvrirent. Il poussa la porte à la volée dans l’obscurité. La lampe de l’entrée avait été éteinte.
Il demeura un instant sur le seuil, le souffle court, essayant de se représenter la distance qu’il lui faudrait franchir, évaluant ses chances, puis il plongea vers l’escalier en hurlant :
— Gabrielle ! Gabrielle !
Il avait atteint le milieu du vestibule quand la maison sembla exploser tout autour de lui. Les dalles de marbre se précipitèrent vers son crâne tandis que les murs disparaissaient pour s’enfoncer dans la nuit.
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« La plus petite différence de conformation ou de constitution peut suffire à faire pencher la balance dans la lutte pour l’existence et se perpétuer ainsi [3] … »