N'éteins pas la lumière
- Автор: Миньер Бернар
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: XO Éditions
- ISBN: 978-2845636316
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «N'éteins pas la lumière». Краткое содержание книги:
Bien sûr, la piste s’arrêtait là…
Servaz avait été mis en arrêt maladie un mois plus tard — et envoyé dans ce centre pour flics dépressifs où on l’obligeait à faire deux heures de sport par jour et à se livrer à des tâches quotidiennes telles que balayer les feuilles mortes. Il se pliait aux corvées sans broncher ; il avait refusé en revanche les séances de déballage. Tout comme il évitait la fréquentation des autres pensionnaires : que cela tînt à ce qu’ils avaient vécu ou à un penchant atavique, c’étaient presque tous des alcooliques en arrivant ici. Des flics qui, après des années passées à côtoyer les rivages de l’immonde, avaient fini par dévisser. Qui n’en pouvaient plus d’être traités de schmitts, de condés, de keufs, de salauds, d’ordures à longueur de journée, de voir leurs enfants agressés dans la cour de l’école parce que leurs pères étaient policiers, leurs femmes partir parce qu’elles en avaient marre, de passer leur vie entière à être détestés pendant que les vraies ordures se prélassaient aux terrasses des cafés ou dans leurs lits… La plupart de ceux qui étaient ici avaient déjà mis au moins une fois le canon de leur arme de service dans leur bouche.
Entre autres effets, la dépression vous rend inapte à remplir quelque tâche que ce soit. Stehlin, son patron, avait rapidement jugé qu’il n’était plus en état d’exercer correctement son métier. Ce qu’il aurait pu lui-même confirmer si on le lui avait demandé : il se moquait désormais comme d’une guigne des assassins, des violeurs et des salauds de tous poils. Il se moquait de ça comme du reste : du goût des aliments, des infos à la télé, de l’état du monde — et même de ses chers auteurs latins.
Et de la musique de Mahler…
Ce dernier symptôme lui avait paru le plus préoccupant. Avait-il remonté la pente ? Pas sûr. Depuis quelque temps pourtant, comme un lent dégel, les petites pousses commençaient à reverdir à travers le paysage morne et désolé qu’était devenue sa vie — et le sang recommençait d’affluer dans ses artères. Depuis quelque temps également, il éprouvait une démangeaison à la pensée d’un certain dossier en souffrance sur son bureau. Il avait même posé la question à Espérandieu, son adjoint et seul véritable ami. Le visage du jeune homme s’était éclairé : « Tiens donc ! » Et Servaz avait souri à son tour. Vincent avait beau écouter du rock indé, lire des mangas et se passionner pour des choses aussi profondes que les jeux vidéo, les fringues et les gadgets high-tech, il était quelqu’un que Servaz écoutait et respectait. Il avait expliqué à Martin les derniers développements de deux affaires particulièrement sensibles sur lesquelles ils avaient travaillé ensemble et qui n’étaient toujours pas résolues — et son sourire s’était agrandi comme celui d’un gamin qui vient de faire une bonne blague quand il avait découvert la petite étincelle du manque dans l’œil de son patron.
— Hein ? dit Espérandieu en fronçant les sourcils.
— Dante, commenta Servaz.
— Mmm… Au fait, Asselin est parti.
Le commissaire Asselin. Il dirigeait la Division des affaires criminelles.
— Comment est son remplaçant ?
Espérandieu grimaça. Servaz vit une forêt éclairée par un soleil printanier. Le sol en était encore gelé. Il était perdu au cœur des bois et il avait froid jusque dans ses os malgré les tièdes rayons du soleil entre les feuillages. Il chassa cette vision. Un simple rêve. Un jour très prochain, il sortirait de cette forêt. Et pas seulement en rêve.
Acte 1