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L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]

Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:

Au XXVIe siècle de notre ère… Dan Sylveste est le seul homme qui soit jamais revenu sain et sauf d’un Voile, une enclave de l’espace environnée de forces gravifiques mortelles. Obéissant à une intuition, il lance une mission d’exploration vers un monde mort : Resurgam.
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
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— J’attends ça avec impatience, fit tout bas Khouri.

— Pardon ? demanda Volyova.

— J’attends ça avec impatience, répéta Khouri. De sortir de ce maudit ascenseur, je veux dire.

Elles arrivèrent bientôt au moyeu, passèrent la douane et montèrent à bord de la navette, un vaisseau non atmosphérique constitué d’une sphère sur laquelle étaient greffées quatre capsules proéminentes diamétralement opposées et baptisé Mélancolie du départ. C’était bien le genre de nom paradoxal que les Ultras aimaient donner à leurs appareils. L’intérieur, avec ses cannelures, évoquait un œsophage de baleine. Volyova conduisit Khouri au long d’une série de cloisons, de boyaux et de recoins jusqu’à la passerelle de l’engin. Il y avait quelques sièges-baquets, une console garnie de tout le fatras astronautique traditionnel, enjolivé de délicates entoptiques. Volyova effleura un voyant lumineux, et une sorte de petit plateau jaillit d’une fente pratiquée sur le côté de la console. Le plateau était muni d’un clavier à l’ancienne. Les doigts de Volyova dansèrent sur les touches, modifiant subtilement les données astronautiques.

Khouri réalisa avec une sensation de picotement que la femme n’avait pas d’implants : ses doigts étaient véritablement l’un de ses moyens de communication.

— Attachez votre ceinture, lui dit-elle. Il y a tellement de détritus en orbite autour de Yellowstone qu’il se peut que nous soyons obligés de tirer sur la bête de plusieurs g.

Khouri s’exécuta. Malgré les désagréments que ça annonçait, c’était la première occasion qu’elle trouvait de se détendre depuis des jours. Il s’était passé beaucoup de choses depuis son réveil ; ça avait été vraiment mouvementé. Pendant qu’elle dormait, à Chasm City, la Demoiselle attendait l’arrivée d’un vaisseau en partance pour Resurgam et – compte tenu de la faible importance de Resurgam dans le réseau en perpétuel changement du commerce interstellaire – l’attente avait été longue. C’était le problème, avec les gobe-lumens. Personne, aucun être vivant, si puissant qu’il soit, ne pouvait en posséder un maintenant, à moins qu’il n’ait été en sa possession depuis des siècles. Les Conjoineurs ne fabriquaient plus les systèmes de propulsion, et il ne serait jamais venu à l’idée de l’heureux propriétaire d’un bâtiment de le vendre.

Khouri savait que la Demoiselle n’avait pas attendu passivement. Et Volyova non plus. La Demoiselle lui avait dit que Volyova avait lancé un programme de recherche sur le réseau de données de Yellowstone, ce qu’elle appelait un limier. La traque à laquelle se livrait le limier était indétectable par un être humain normal – ou même un simple moniteur informatisé. Mais la Demoiselle n’était apparemment aucune de ces choses, et elle avait flairé le limier comme un patineur sent les rides de la glace sur laquelle il évolue.

Ce qu’elle fit ensuite était très rusé.

Elle siffla le limier jusqu’à ce qu’il vienne en bondissant vers elle. Puis elle lui tordit le cou en douceur, non sans avoir auparavant examiné les informations qu’il rapportait – et qu’on l’avait envoyé chercher. Il était chargé de découvrir des informations théoriquement secrètes concernant des individus qui avaient un passé d’esclavagistes ; exactement ce à quoi il fallait s’attendre de la part d’Ultras qui cherchaient à pourvoir un poste disponible à bord de leur appareil. Mais il y avait autre chose. Une chose un peu bizarre, qui excita la curiosité de la Demoiselle.

Pourquoi cherchaient-ils une recrue qui avait une expérience militaire ?

Peut-être s’agissait-il d’amateurs de discipline : des trafiquants qui agissaient en marge des échanges commerciaux normaux, des professionnels sans scrupules qui avaient recours à des stratagèmes un peu louches pour glaner les informations dont ils avaient besoin, et qui n’hésitaient pas à se rendre dans des colonies reculées comme Resurgam s’ils entrevoyaient une perspective de profit colossal, même à l’horizon de plusieurs siècles. Il était probable que leur organisation était structurée d’une façon quasi militaire et non livrée à l’anarchie comme la plupart des bâtiments de commerce. En vérifiant si leurs candidats avaient une expérience militaire, ils ne faisaient que s’assurer qu’ils s’intégreraient à leur équipage.

Ce qui était le cas, bien entendu.

Les choses s’étaient bien passées jusque-là, même en tenant compte du fait que, curieusement, Volyova n’avait pas détrompé Khouri quand celle-ci avait prétendu ignorer la véritable destination du bâtiment. Khouri savait depuis le début qu’il allait à Resurgam, évidemment – mais si les Ultras avaient su que c’était précisément là qu’elle voulait aller, elle aurait été obligée de leur servir une des nombreuses histoires préparées à l’avance afin de se justifier. Elle était prête à leur raconter une de ces fables si Volyova avait rectifié sa prétendue erreur… mais elle ne l’avait pas fait, apparemment désireuse de laisser sa recrue penser qu’ils allaient vraiment au Bout du Ciel.

Ce qui était vraiment bizarre, bien que compréhensible : ils étaient aux abois et réduits à prendre le premier venu. Ça ne plaidait pas en faveur de leur honnêteté, mais, encore une fois, ça avait évité à Khouri de s’expliquer. Elle décida qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. En réalité, tout aurait marché comme sur des roulettes sans ce que la Demoiselle lui avait implanté dans la tête pendant son sommeil. Un implant minuscule, et qui n’éveillerait pas les soupçons des Ultras, conçu pour ressembler à un relais entoptique standard et fonctionner de la même façon. S’ils étaient trop curieux et lui retiraient ce foutu truc, toutes les parties incriminées s’auto-effaceraient ou se réorganiseraient. Mais ce n’était pas le problème. Khouri était contre l’implant, non que ce fût risqué ou superflu, mais plutôt parce que la dernière personne qu’elle avait envie d’avoir dans la tête à longueur de journée était la Demoiselle. Ce n’était qu’une simulation de niveau bêta, naturellement, faite pour imiter sa personnalité et qui projetait son image dans le champ de vision de Khouri tout en excitant ses centres auditifs afin de lui permettre d’entendre ses discours. Nul n’aurait conscience de ses apparitions, et Khouri pourrait communiquer silencieusement avec elle.

« Appelez ça le besoin de savoir, avait dit le fantôme. Vous avez été dans l’armée ; je suis sûre que vous comprendrez.

— Oui, je comprends, avait dit Khouri avec une morne résignation. Et je trouve que ça pue. Mais j’imagine que vous ne m’enlèverez pas ce satané truc de la tête rien que parce que ça ne me plaît pas. »

La Demoiselle avait eu un sourire.

« Vous surcharger d’informations à ce stade serait risquer de vous faire commettre un impair en présence des Ultras.

— Attendez une minute ! dit Khouri. Je sais déjà que vous voulez que je tue Sylveste. Que pourrais-je découvrir de plus ? »

La Demoiselle eut à nouveau ce sourire exaspérant. Comme beaucoup de simus bêta, son registre d’expressions faciales était assez réduit et entraînait la répétition, à l’instar de ces mauvais acteurs qui retombent constamment dans les mêmes tics.

« Ce que vous savez n’est, je le crains, qu’un infime détail de toute l’histoire. À peine une ébauche. »

Quand Pascale arriva, Sylveste s’appliqua à étudier son visage et le compara aux souvenirs qu’il avait de Nils Girardieau. Comme toujours, il se heurta à l’obstacle de sa vision. Ses yeux n’étaient pas performants pour l’identification des courbes. Pour eux, les nuances du visage humain se réduisaient fâcheusement à une succession de segments de droites.

Pourtant, ce que Calvin avait dit n’était pas forcément faux. Pascale avait les cheveux raides, noir aile-de-corbeau, alors que Girardieau était roux et frisé. Tout de même, la structure osseuse présentait trop de similitudes pour que ce ne soit qu’une coïncidence. Si Calvin ne le lui avait pas fait remarquer, Sylveste ne l’aurait peut-être pas deviné, mais maintenant qu’il lui avait mis cette idée dans la tête, elle expliquait bien trop de choses.

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