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Le septième fils [Seventh Son - fr]

Электронная книга - «Le septième fils [Seventh Son - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’Homme Rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir. Nous sommes dans les années 1800, sur la terre des pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des talents à la dimension magique, et les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature.
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— Et ils écrivent quoi ? J’peux y écrire, moi ?

— Ils écrivent une phrase sur la chose la plus importante qu’ils ont faite ou vue de leurs propres yeux. Cette seule phrase me suffit ensuite pour me rappeler leur histoire. Alors, quand je me trouve dans une autre ville, une autre maison, j’ouvre le livre, je lis la phrase et je raconte l’histoire. »

Une perspective extraordinaire vint à l’esprit d’Alvin. Mot-pour-mot avait vécu avec Ben Franklin, non ? « Est-ce que Ben Franklin a écrit dans ton livre ?

— La toute première phrase.

— La chose la plus importante qu’il a jamais faite ?

— Tout juste.

— Alors, c’était quoi ? »

Mot-pour-mot se releva. « Rentre à la maison avec moi, mon garçon, et je te montrerai. En cours de route, je te raconterai l’histoire pour expliquer ce qu’il a écrit. »

Alvin bondit promptement sur ses pieds, agrippa le vieil homme par sa lourde manche et le traina littéralement en direction du sentier qui redescendait vers la maison. « Ben viens-t’en, alors ! » Il ignorait si Mot-pour-mot avait décidé de ne pas aller à l’église ou s’il avait complètement oublié qu’ils étaient censés s’y rendre. Quelle qu’en soit la raison, Alvin était drôlement content du résultat. Un dimanche sans église du tout, c’était un dimanche qui valait d’être vécu. Ajoutez à ça les histoires de Mot-pour-mot et l’écriture véritable du Faiseur Ben dans un livre : la journée s’annonçait proche de la perfection.

« Inutile de se presser, mon gars. Je ne vais pas mourir avant midi, pas plus que toi, et ça prend le temps nécessaire, de raconter une histoire.

— C’est quelque chose qu’il a fait ? demanda Alvin. La chose la plus importante ?

— Pour tout dire, oui.

— Je l’savais ! Les lunettes à deux verres ? Le fourneau ?

— Les gens lui répétaient tout le temps : Ben, vous êtes un vrai Faiseur. Mais lui, il le niait toujours. Tout comme il niait être un sorcier. Je n’ai aucun talent pour les pouvoirs occultes, disait-il. Je prends des éléments ici et là, et je les assemble d’une meilleure façon. Les fourneaux existaient avant que je fasse le mien. Les lunettes aussi, avant que je fabrique les miennes. Je n’ai jamais vraiment rien fait de toute ma vie, rien qui porte l’empreinte du véritable Faiseur. Je vous apporte des lunettes à deux verres, mais un Faiseur, lui, vous procurerait de nouveaux yeux.

— Il s’figurait qu’il avait jamais rien fait ?

— Je lui ai posé la question une fois. Le jour même où j’ai commencé mon livre. Je lui ai demandé : “Ben, quelle est la chose la plus importante que vous ayez faite ?” Et il m’a répondu ce que je viens de te dire, qu’il n’avait jamais vraiment fait quoi que ce soit. Alors j’ai insisté : “Ben, vous ne croyez pas ce que vous dites, et moi non plus.” Et il m’a avoué : “Bill, vous m’avez percé à jour. Il y a une chose que j’ai faite, la plus importante de ma vie, et la plus importante que j’aie jamais vue.” »

Mot-pour-mot se tut pour descendre la colline en traînant les pieds dans les feuilles qui bruissaient très fort sous ses semelles.

« Alors, c’est quoi ?

— Tu ne veux pas attendre d’être rentré et de le lire toi-même ? »

Alvin se mit vraiment en colère, plus qu’il n’en avait l’intention. « J’ai horreur de ça, quand on sait quelque chose et qu’on l’dit pas !

— Pas besoin de monter sur tes grands chevaux, garçon. Je vais te le dire. Ce qu’il a écrit, c’est : “La seule chose que j’aie véritablement faite, ce sont les Américains.”

— Ç’a pas de sens. Les Américains, ils naissent.

— Tu ne vois pas, Alvin ? Les bébés naissent. En Angleterre de la même manière qu’en Amérique. Ce n’est donc pas le fait de naître qui les rend Américains. »

Alvin y réfléchit une seconde. « C’est d’naître en Amérique.

— Bon, c’est assez juste. Mais il y a une cinquantaine d’années, un bébé né à Philadelphie n’était jamais tenu pour un Américain. C’était un bébé de Pennsylvanie. Et les bébés nés à la Nouvelle-Amsterdam étaient des Knickerbockers, les bébés nés à Boston des Yankees et ceux nés à Charleston des Jacobiens, des Cavaliers ou je ne sais quoi.

— C’est toujours comme ça, fit remarquer Alvin.

— C’est vrai, mon garçon, mais ils sont aujourd’hui quelque chose de plus. Le vieux Ben pensait que tous ces noms nous divisaient en Virginiens, Orangistes et Rhode-Islandais, en Blancs, Rouges et Noirs, en quakers, papistes, puritains et presbytériens, en Hollandais, Suédois, Français et Anglais. Le vieux Ben se rendait compte qu’un Virginien ne pouvait jamais faire entièrement confiance à un habitant du Netticut, ni un Blanc se fier à un Rouge, parce qu’ils étaient différents. Il s’est dit : si tous ces noms nous séparent, pourquoi pas un autre qui nous rassemblerait ? Il fit défiler des tas de noms dont on se servait déjà. Coloniaux, par exemple. Mais ça ne lui plaisait pas de nous appeler collectivement de ce nom-là parce qu’il nous rattachait toujours à l’Europe ; d’ailleurs, les Rouges ne sont pas des Coloniaux, que je sache ! Ni les Noirs : ils sont arrivés comme esclaves. Tu vois la difficulté ?

— Il voulait un même nom qu’on pourrait tous partager, dit Alvin.

— Tout juste. On avait tous une chose en commun. On vivait tous sur le même continent. L’Amérique du Nord. Alors il a songé à nous nommer les Nord-Américains. Mais c’était trop long. Donc…

— Américains.

— C’est un nom qui s’applique au pêcheur qui vit sur la côte découpée de West Anglia autant qu’au baron qui règne sur ses esclaves dans le sud-ouest de Dryden. Il s’applique au chef mohawk d’Irrakwa comme au commerçant knickerbocker de la Nouvelle-Amsterdam. Le vieux Ben savait que si on décidait tous de se considérer comme des Américains, on deviendrait une nation. Pas simplement un territoire d’un quelconque pays usé de la vieille Europe, mais une seule et unique nation dans un monde neuf. Il s’est donc mis à employer ce mot dans tous ses écrits. L’Almanach du bonhomme Richard regorgeait d’Américains par-ci et d’Américains par-là. Et le vieux Ben entretenait une correspondance considérable, dans laquelle il disait par exemple : “Les conflits engendrés par les revendications territoriales constituent un problème qu’il appartient aux Américains de résoudre ensemble” ; “Les Européens ne peuvent absolument pas comprendre de quoi les Américains ont besoin pour survivre” ; “Pourquoi les Américains devraient-ils mourir pour des guerres européennes ?” “Pourquoi les Américains devraient-ils se sentir liés par des précédents européens dans nos cours de justice ?” En l’espace de cinq ans, il ne restait quasiment plus personne, de Nouvelle-Angleterre en Jacobie, qui ne se regardait pas, au moins en partie, comme américain.

— C’était rien d’autre qu’un nom.

— Mais c’est le nom par lequel nous nous désignons. Et il englobe tous ceux de ce continent qui veulent bien l’accepter. Le vieux Ben n’a pas ménagé sa peine pour s’assurer que ce nom regroupait autant de gens que possible. Sans jamais remplir de fonction officielle en dehors de receveur des postes, il a, tout seul, fait d’un nom une nation. Le roi régnait sur les Cavaliers dans le Sud et les hommes du Lord Protecteur gouvernaient la Nouvelle-Angleterre dans le Nord : l’avenir lui apparaissait promis à la guerre et au chaos, avec la Pennsylvanie au beau milieu. Il voulait prévenir cette guerre et il se servait du terme d’“Américain” pour l’écarter. Il a amené les Cavaliers à faire des pieds et des mains pour s’attirer les bonnes grâces de la Pennsylvanie, que de son côté la Nouvelle-Angleterre craignait de froisser. C’est lui qui a fait campagne en faveur d’un Congrès américain qui instaurerait des règles commerciales et uniformiserait les lois agraires.

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