Olivier ou les Trésors Templiers
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Шевалье (Рыцари) #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Olivier ou les Trésors Templiers». Краткое содержание книги:
- Peut-être Dieu veut-il que nos chemins se séparent ici, lui avait-il dit avec une grande douceur. Rentre chez toi ! Je promets de t'y rejoindre dès que j'aurai appris ce qui m'importe tant !
- M'y rejoindre ? Tu ne trouveras jamais le chemin seul ! avait bougonné Hervé. Ce n'est pas une métropole que notre vieux Moussy. Toutes les routes n'y mènent pas. Nous tenterons l'aventure ensemble et plus un mot là-dessus !
C'est ainsi qu'emballés plutôt que vêtus de robes grises un peu trop courtes pour leurs grandes jambes, les deux amis se retrouvèrent mêlés au flux continuel de charrettes portant des légumes, de femmes assises de côté sur un âne, de soldats, de paysans ou de voyageurs venant des Flandres ou d'ailleurs que Paris drainait sur la noble roule des joyeuses entrées et des funérailles royales : des gens de villages essaimés dans le grand demi-cercle allant de Pontoise à L'Isle-Adam, Chantilly, Senlis, Nanteuil le Haudouin et Meaux.
S'étant remis en marche, ils franchirent sans encombre la porte Saint-Denis que surveillaient des soldats plus attentifs à ceux qui sortaient qu'à ceux qui entraient... L'atmosphère d'ailleurs avait changé. Animée, plutôt gaie en temps normal, elle reflétait le grand drame qui se jouait dans le royaume. Pas de chansons ou de joyeuses interpellations mais des conciliabules à deux ou trois personnages parlant bas sous l'auvent d'une échoppe ; les gens allaient à leurs affaires à pas rapides, le chaperon ou le bonnet enfoncé jusqu'aux sourcils, l'œil aux aguets. Même les cris des petits métiers de la rue s'assourdissaient. Les claironnements vocaux annonçant le fromage de Brie, le cresson de fontaine, les pois chauds, les gâteaux ou le poisson des étangs de Bondy et mille autres choses semblaient s'étrangler dans la gorge des marchands ambulants. Des femmes aussi passaient, enveloppées de leurs capes, se rendant à l'église ou chez un fournisseur, mais sans regarder autour d'elles. L'une en passant glissa un peu de monnaie dans la main d'Hervé en lui demandant de prier pour elle. C'était comme si un couvercle immense s'était abattu sur Paris...
Autour de l'enclos du Temple dont les issues étaient gardées par des cordons de soldats, c'était pire encore. Là aussi des groupes se formaient, des gens regardaient sans trop savoir ce qu'ils attendaient. L'attroupement habituel des miséreux qui venaient chaque jour recevoir la nourriture et l'aumône du Temple était présent mais au lieu de se presser vers les tours d'entrée où était le corps de garde, ils restaient assis à quelque distance regardant eux aussi ces hommes d'armes aux visages fermés sous les chapeaux de fer comme s'ils étaient autant d'anges exterminateurs munis d'épées flamboyantes gardant le Paradis perdu.
Les deux faux moines éprouvaient un sentiment proche. A cette différence près qu'il ne s'agissait pas pour eux d'un éden interdit mais bien de leur maison dont ils connaissaient chaque aspect, chaque recoin. C'était une ville à côté de la ville que l'enclos du Temple avec ses nombreux bâtiments, sa magnifique chapelle au cœur rond surmonté d'une coupole rappelant l'Orient, son hôpital, ses logis, sa tour de César édifiée au siècle précédent : trois étages sur plan carré avec une seule pièce par étage et aussi ce splendide ouvrage achevé depuis peu par frère Hubert : la Grosse Tour qu'on appelait aussi le Donjon, une vraie forteresse à elle seule, carrée elle aussi mais flanquée de tourelles rondes dressant à cinquante mètres de hauteur leurs poivrières d'ardoises bleues. On l'avait construite pour abriter le Trésor…
Il y avait aussi la belle salle capitulaire, les grandes écuries, la ferme, l'abreuvoir, le cimetière, la prison et le pilori de l'Ordre. Sans compter le moulin, la boulangerie et ce qu'on nommait la censive, l'espace régi par les lois féodales où vivaient les corps de métier, maçons, tailleurs de pierre et charpentiers qu'employait le Temple. Comme le reste de l'enclos, la censive se trouvait en dehors du pouvoir royal, bénéficiant en outre comme tous les corps de métier nobles des constructeurs, des franchises accordées jadis par Saint Louis.
Les hautes murailles cachaient l'ensemble mais la mémoire des deux Templiers leur en faisait un portrait fidèle... Ils s'approchèrent de l'un des mendiants, un homme d'une quarantaine d'années qui se tenait debout, bras croisés, adossé à une haie et convenablement étayé par ses branches souples. Il ne ressemblait pas vraiment à ses confrères. Si ses vêtements avaient souffert au point de montrer nombre de trous et d'effilochures, il avait dû connaître des jours meilleurs, le tissu élimé étant un ancien drap de qualité taillé jadis par des ciseaux habiles. Ses cheveux gris étaient longs, emmêlés, sa barbe floconneuse, mais ses yeux bruns restaient vifs même s'il était difficile d'en déchiffrer l'expression
- La paix du Seigneur soit avec vous, mon frère, entama Hervé après un léger toussotement. Puis-je vous demander ce que vous faites ?
L'homme lui lança un coup d'œil rapide, puis haussa les épaules :
- Ainsi que vous pouvez le voir, je fais comme les autres. J'attends !
Bien que sa voix fût un peu éraillée, peut-être par un abus de boisson, il s'exprimait avec noblesse et Hervé pensa qu'il ne sortait certainement pas de la fange des ruisseaux.
- Mais qu'attendez-vous ? Pardonnez, s'il vous plaît, ma curiosité, mais mon frère et moi avons parcouru une longue route et venant de loin, nous ne sommes pas au fait de ce qui se passe dans Paris.
- Venez-vous de si loin que le grand bruit du royaume ne vous ait pas atteints ?
- Si fait ! On nous a dit que le Roi s'était emparé de toutes les templeries du pays. Cela semble tellement incroyable ! Et plus encore à présent où nous voyons qu'ici - dont on nous a appris que c'était le Temple de Paris - on attend l'aumône... C'était donc un faux bruit ?...
- C'est un vrai bruit... Et personne n'espère plus rien de ceux qui sont là.
- Les Templiers n'y sont plus ?
- Si. Le Grand Maître et ses dignitaires sont paraît-il enfermés dans le Donjon et quelques-uns de leurs frères dans la prison, mais beaucoup de chevaliers ont été emmenés à Saint-Martin-des-Champs et dans d'autres geôles pour y être questionnés. Ils étaient environ cent cinquante, plus les sergents et les serviteurs. Il n'en reste plus qu'une poignée, ajouta le miséreux d'un ton où perçait la colère. Et c'est le Roi en personne qui s'en occupe !
- Le Roi ? Nous avions ouï dire qu'il était en son château de Pontoise.
- D'où venez-vous donc ?
- De... Normandie. Le couvent qui avait accueilli notre errance a brûlé...
- Vraiment ? Où était-ce, dites-moi ?
Olivier envoya un coup de pied discret dans les jambes de son compagnon pour l'inciter à la prudence. Le mendiant posait vraiment beaucoup de questions.