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Emballage cadeau

Электронная книга - «Emballage cadeau». Краткое содержание книги:

Généralement, l'éditeur demande à l'auteur de pondre un texte vachement alléchant pour placarder à cet endroit.
Moi, à force, ça me fait tarter, ce batelage de foire. Que si ça continue, je te vous fous la photo en couleurs de mon scoubidou-verseur à la place du bla-bla demandé. Pas grandeur nature, évidemment, le format permettrait pas !
Si vous avez pas confiance dans la munificence de ce livre, si vous êtes pas intim'ment con-vingt-cul que l'histoire ci-devante est pleine de coups de théâtre, de gonzesses habillées d'un timbre-poste, de descriptions à la mords-moi le neutron et de calembredouilles, alors finissez de me tripoter avec vos mains sales, reposez-moi sur le rayon où que vous m'avez pris et foncez dans le fond du magasin acheter la vie de sainte Tignasse de Loyola.
Je veux plus mettre ma prose en vitrine, moi !
J'ai ma dignité, moi ! Ou en tout cas je fais comme si !
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Mister Boa est un animal dressé. L’obéit p’t’être ni au doigt ni à l’œil, mais pour ce qui est du sifflet, il répond présent, comme les enfants qui t’aiment à l’appel suprême du Maréchal Pétrin.

V’là donc la bébête qui descend, qui descend…

Qui rampe vers Mme Farragus d’un pas de sénateur (si vous voulez bien me permettre cette hardie métaphore). La malheureuse, mais néanmoins pure salope, veut fuir. Le boa se marre. Tout le monde retient son souffle. La dame prisonnière pousse des cris que je n’ai encore jamais ouïs nulle part et qui me reviendront plus tard dans des cauchemars. Le boa hésite. Il se soulève. Dodeline.

La façon qu’il fond sur Ann est inqualifiable, aussi vous pensez bien que pour le prix que vous payez ce bouquin je vais pas me casser le dargif à vous la qualifier. Déjà, j’en donne trop, au point que mes collègues m’envoient des babilles recommandées comme quoi je gâche le métier et carbonise la profession !

Bref, le boa s’enroule comme une lanière de fouet autour de ma sœur Ann qui n’a rien vu venir.

Oh ! ce cache-nez, ma doué ! De la gorge aux chevilles !

— Parlez, Ann ! s’écrie Neptuno.

Cause à mon c…, oui ! Elle ne peut pas en casser une, Mme Farragus. Ceci pour deux raisons que je vous cite dans l’ordre croissant d’importance : primo elle ne sait rien, et deuxio elle est morte. Le coup du casse-noix ! Tout a craqué en même temps. Brrraouac ! Il fait pas de détail, l’ami cinq z’anneaux.

Il connaît le boa-ba du métier. Ce magistral coup de queue, papa ! Un boa constricteur, ça ? Laissez-moi pouffer ! Ça y est, je pouffe ! Destructeur, oui !

Ce qui s’opère alors dans cette cage illuminée défie l’entendement, la vue, la morale et le système nerveux. J’en ai les cannes qui tremblent. Mon cœur fait des bulles d’air. Il me vient un point dans le dos.

Un point ?

Non, c’est seulement le canon d’un revolver.

— Lève tes pattes, espèce de cloche ! m’ordonne une voix plus caverneuse que le gouffre de Padirac.

Zob-t’en perds.

Un léger coup de regard par-dessus mon épaule me permet de reconnaître le gros, le grand, l’ignoble Beulmann. Allons bon ! me direz-vous ?

Je me le dis de même.

Très simplement.

CHAPITRE XVI

Un policier auquel on passe les menottes, c’est aussi triste qu’un radiologue en train de développer son propre cancer.

Moi, si vous voudriez mon avis, comme dit Béru, il a dû être poulaga, Beulmann, dans un premier temps. La manière rapide qu’il vous assujettit le cabriolet ne trompe pas. Il a le coup de poignet du technicien. Seul un pro ou un ancien-pro peuvent dextériser de la sorte.

Lorsque je suis entravé, il me regarde en ricanant.

— Pas plus difficile que ça, petit malin !

Par plaisir, il me file un coup de genou dans le ventre. Sur le mode gâterie. J’efface de mon mieux.

— Je m’attendais pas à te trouver ici, dit-il. J’ai filé le gros « red face » (face rouge) en voyant qu’il suivait M. Farragus, mais franchement, toi, c’est la surprise, comment tu es venu ?

— Tapis volant, réponds-je brièvement, c’est ce qu’il y a de plus économique. Mais perds pas ton temps en blabla, Beulmann, sinon tu vas rater les jeux du cirque !

D’un coup de pouce je lui désigne l’intérieur du vivarium lequel, soit dit entre nous, est devenu un mortarium.

Tout en continuant de me braquer, Beulmann regarde. Sa contemplation dure peu. Au bout de quelques secondes il se détourne et se met à vomir comme s’il sortait d’une brasserie munichoise.

La lutte dut être ardente et dure.

Indécise, même, je gage.

Si le Gros fut vaincu, c’est sûrement parce que son antagoniste l’a attaqué à la surprise.

Lui aussi est menotté. En plus on l’a bâillonné et on lui a ligoté les jambes. Il est écroulé à l’arrière de l’auto de Farragus. Quant à la petite Julia, elle gît, inanimée, avec une plaie à l’arrière du crâne. On l’a calmée d’un coup de crosse trop nerveux.

Ces messieurs conciliabulent brièvement. Neptuno est d’une pâleur de yaourt. Son regard est désespérément vide. La nuit a été rude pour lui aussi. On sent qu’il doit concentrer toute son énergie pour ne pas craquer.

Il se tourne vers les deux Chinois et dit en leur désignant Julia :

— Vous allez soigner cette gosse et la questionner adroitement. Sans dommage, hein ? Elle doit dire tout ce qu’elle sait. Je pense qu’une petite piqûre… N’est-ce pas ?

— O.K. monsieur Farragus, nasille le plus jaune des deux (à moins que ce soit le contraire, ça n’a pas plus d’importance que le traité de Versailles).

Le roi de l’aéronautique (et du veuvage express) ajoute :

— Nous, nous regagnons la « Résidence » avec ces deux-là. Ils tombent à pic. Beulmann, je saurai vous récompenser pour cet exploit.

— C’est trop gentil à vous, m’sieur Farragus, roucoule le gros dindon (car il est mâtiné pigeon).

C’est trop gentil à vous… Comme si on lui proposait des petits fours devant une tasse de thé !

On prend place dans la grosse calèche du milliardaire, en adoptant la formation suivante : dans les buts…

Qu’est-ce que je déconne ? France-Espagne, c’était l’autre jour !

Au volant, veuillé-je dire : Beulmann. À ses côtés, le commissaire San-Antonio, menottes aux mains, liens aux pinceaux. À l’arrière : Béru, dûment entravé, comme j’ai eu la conscience professionnelle de vous le décrire. Puis Farragus. Et enfin la môme Maud.

Un peu joyce, malgré ses émotions, la poulette. Cette nuit dramatique, c’est SA nuit. L’aube qui se lèvera tout à l’heure risque de changer son destin. Elle le sait. Elle triomphe. N’est-ce pas elle qui a alerté Farragus ? Elle qui a compris les basses manœuvres de son odieuse épouse ?

— Tenez, m’sieur Farragus, dit Beulmann en passant un pétard long comme un pain de deux livres au milliardaire. Pour le cas où môssieur, là (il me désigne) voudrait jouer au malin.

Farragus prend l’arme et la tient couchée, comme un chaton, sur ses genoux.

— Allons-y, Beulmann ! ordonne-t-il. Et roulez à bonne allure, j’ai hâte de discuter sérieusement avec ces deux hommes. J’ai préféré pour cela que nous soyons en petit comité. Et puis il faut que les autres mettent tout en ordre au zoo pour tout à l’heure. C’est fête demain, il y aura du monde.

Il soupire.

Rien de plus communicatif qu’un soupir, hormis un bâillement. Je soupire également. Maintenant, je sais ce dont Farragus est capable, aussi mes illusions s’envolent à tire d’ailes. Ah ! mes pauvres amis, nous voilà loin des plans d’avion à récupérer ! En plein dérapage incontrôlé. On va glisser jusqu’où, commak ? Et se fracasser le museau à l’arrivée, vous pensez ? À force de butiner l’imprévisible ça devait arriver.

— Neptuno, chuchote Maud en se blottissant contre le milliardaire…

Les filles adorent se blottir contre l’épaule des milliardaires. Ils leur tiennent chaud partout. Et quand le grossium a le physique de cinoche de Farragus, alors c’est le bonheur majuscule…

On roule.

Un silence épais nous enveloppe, à peine souligné par le savant ronron de la tire. Au bout d’un moment, Béru qui a retrouvé ses esprits grogne noir derrière son bâillon. Je me retourne et lui décoche un sourire fataliste.

— Ainsi, tu t’es laissé enviander, mon pauvre lapin ?

Des yeux il m’explique sa détresse…

Il est venu, il a vu, il a été vaincu. C’est le choix du sort.

On a rejoint une grand-route noire et déserte qui semble grimper vers les étoiles. Des panneaux recommandent « Speed limit 90 », mais Beulmann n’en a cure (comme disait un prêtre qu’on venait de congédier à son retour de voyage de noces). Il roule à fond de bidule, ainsi que le lui a demandé son patron. Quand on est Neptuno Farragus, les règlements, on se les introduit dans le baigneur. Les procès-verbaux on ne sait même plus que ça existe. On est salué par les flics. On est craint, donc adulé. On fait trembler. Faire trembler représente la réussite suprême d’un individu. Les plus grands noms de l’Histoire sont ceux des mecs qui ont foutu les jetons à leurs contemporains.

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