Humanité et demie
- Автор: Bass T. J.
- Серия: Humanité et demie #1
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: Livre de Poche
- ISBN: 2-253-02208-X
- Переводчик: Françoise Maillet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Humanité et demie». Краткое содержание книги:
D'un côté, les Néchiffes à quatre orteils qui habitent d'immenses cités fourmilières où ils mènent sous terre une existence programmée d'hommes-insectes. Ils sont plus de trois trillions. Les Agrimaches cultivent pour eux les champs et ont éliminé toute forme de vie inutile.
De l'autre, les Broncos, libres, affamés, traqués comme des parasites par les chasseurs Néchiffes. Ils ne sont plus qu'une poignée, errant à la surface, pillant les récoltes. Ce sont les humains sauvages à cinq orteils.
Déjà, l'humanité s'estompe…
« J’aimerais bien que le Bricoleur soit ici. Il pourrait nous raccommoder au poil. C’est lui qui a fait ces dents en or pour Dan et moi. » Il découvrit sa denture d’un jaune métallique et regarda Dan. Le vieux chien souleva les paupières. « Reste allongé un moment ; je vais jeter un coup d’œil à cet appareil. »
Il resta longtemps absent ; Moïse pouvait l’entendre jurer à voix haute. Quand il revint, le jeune homme remarqua une tache rose vif sur son pied gauche. Le sort des chasseurs était manifestement réglé.
Moon s’avança vers Dan. L’empenne de la flèche était toujours agitée par saccades.
« Bon chien, dit-il. Tu l’as tué, ce salaud ! »
Il caressa la tête du chien. La queue ne remua pas, mais Moïse savait qu’elle le faisait pourtant dans les centres supérieurs de l’animal. Ils fabriquèrent un traîneau rudimentaire pour le transporter et s’enfoncèrent plus avant dans le verger. Moïse se pliait en deux fréquemment sous l’effet de la douleur. Les pattes de Dan restaient paralysées. Au soir, ils décidèrent de se séparer.
« Dan et moi allons devoir nous cacher un certain temps, dit en toussant le vieux Moon. Eppendorff, tu ne servirais qu’à attirer les chasseurs si tu restais dans le coin. Prends donc Curedent et emmène-le où il veut aller. »
Moïse ne dit rien. La vieillard vomit un peu de mucus noir et granuleux. Il tira doucement quelques centimètres du bandage. La même substance visqueuse et trouble s’écroula de l’orifice antérieur.
« Il vaut mieux que cela sorte par où je peux le voir. Comme ça, je sais que ça ne stagne pas et ne s’infecte pas à l’intérieur. »
Moïse se sentait désemparé. Dan reposait paisiblement sur le flanc. Une traînée de sang séché collait les poils de son cou et son poitrail. Le vieil homme parlait au chien d’une voix monocorde entrecoupée de quintes de toux.
« Bon chien. Tu Tas tué, ce salaud ! Tu veux à boire, Dan ? »
Il répétait sans cesse ces mêmes mots.
Moïse regarda Curedent.
« Dire que j’étais censé le protéger, dit-il tristement.
— C’est ma faute, dit Curedent. Ces chasseurs avaient débranché leurs transmetteurs : c’était la fin de la Chasse. Mais j’aurais dû me méfier davantage, comme nous étions dans une zone moissonnée. Je sais que les archers en font leur terrain de prédilection. »
Moon le regarda de travers.
« Laisse tomber. Ce sont eux qui ont le plus écopé. Nous sommes vivants et ils sont morts. » Il poursuivit, d’un ton radouci : « Il y avait trois trophées tout frais dans le vaisseau. Dont un prélevé sur un gosse. » Il se tourna vers Moïse et grogna : « Poursuis ta route. Emmène Curedent. Tu vas devoir l’aider tout seul à accomplir sa mission. Dan et moi avons besoin d’un long repos. »
Moïse s’éloigna en disant : « Nous allons au ravitaillement. »
Un instant plus tard, il dit à Curedent : « On ne peut pas s’en aller comme ça, et les laisser mourir.
— C’est ce qu’ils souhaitent, dit le cyber. Ce sera une mort pénible pour chacun d’eux. L’épine dorsale de Dan est atteinte. Même si le cœur et l’aorte ne sont pas endommagés, comme semblerait l’indiquer la pulsation, cette blessure-là sera fatale. La paralysie n’est pas un problème en elle-même, mais le pauvre chien ne peut plus contrôler ses intestins et sa vessie. Il va se souiller et attraper des infections rénales. Ce n’est pas une mort digne d’un chien de combat. Et pour Moon, ce n’est guère mieux. Il semble qu’il y ait perforation de l’estomac, du pancréas et peut-être d’un autre viscère. S’il ne meurt pas de péritonite, il va dépérir car tout ce qu’il absorbera va s’écouler par cinq orifices différents. Pas très noble non plus. C’est pour cela qu’ils ne veulent pas qu’on reste là à guetter la fin. »
Le jeune Moïse était bouleversé : « Je pourrais courir chercher de l’aide dans une cité-puits. Ils enverraient tout de suite une équipe de Méditechs et…
— Et nous finirions tous en suspension. Dan et Moon n’ont nulle envie de se retrouver accouplés à l’une de leurs foutues machines. »
Moïse hocha la tête. Il savait que le truculent vieillard n’échangerait pas quelques jours au soleil et au grand air contre des années de vie végétative dans un cercueil de suspension sous-marin. Il ramassa une brassée de fruits et rejoignit les autres. Moon avait attaché le traîneau à son épaule et rampé jusqu’à une haie fleurie. Moïse les découvrit sous un écran de feuillage, tout couverts de pollen.
« Merci pour les fruits. Cet endroit me paraît assez sûr pour le moment : il est assez bas, et il n’y a rien à récolter. Laisse-moi examiner ton scalp. Ça a l’air d’aller. Lave-le aussi souvent que tu pourras. À présent, va-t’en ! »
Moïse grimaça un sourire. Moon n’était pas un sentimental.
« Nous allons nous diriger vers le nord-nord-est, dit froidement Curedent. Essayez de nous rattraper. Moïse, donne-lui mon embase. Cela le guidera vers nous si… lorsqu’il sera rétabli. »
Moïse se déplaça lentement pendant les mois qui suivirent, et regarda fréquemment en arrière. Personne n’essaya de le rejoindre.
Sa haine envers les chasseurs néchiffes était devenue une affaire personnelle. Son corps s’était endurci. Il parcourait aisément en un jour une distance qu’il aurait mis une semaine à couvrir pendant sa première année Au-Dehors. Il n’avait aucune peine à distancer les chasseurs ; il prenait son sommeil pendant que Curedent montait la garde, et tirait un plaisir sadique des souffrances des chasseurs dont les muscles se déchiraient dans l’effort incessant. À plusieurs reprises, il revint en arrière pour observer les effets de la Récompense Moléculaire. Les chasseurs, plongés dans un état de torpeur hallucinatoire, étaient complètement coupés du monde extérieur ; cependant, Moïse ne pouvait se résoudre à en profiter pour leur trancher la gorge. C’aurait pourtant été facile, et il comprenait pourquoi le taux de mortalité était si élevé chez les chasseurs.
Il traversait maintenant des régions plus froides. La nourriture était rare. Curedent lui montrait toujours la même direction en ligne droite, trente degrés nord-est.
« Tout a été moissonné, aussi loin que je puisse voir, dit Moïse. Il faudrait aller vers le sud, sinon je ne suis pas près de trouver à manger. »
Curedent réfléchit.
« Nous pourrions faire une incursion rapide dans Une cité-puits. Les portes ne sont que des classes douze, et moi je suis un classe six. »
L’estomac de Moïse et sa vésicule biliaire réclamaient avec insistance.
Ils s’approchèrent de la cité-puits ; l’air était glacial. Elle était entourée de rangées de dômes à plancton embués. Une traînée d’écume gluante indiquait qu’une Ecumeuse les avait précédés. Moïse en recueillit une poignée. « Faut-il vraiment que nous entrions dans la cité ? questionna-t-il.
— Oui. »
Les sécrétions sudorales s’écoulaient en flots salés, dans la fusion vespérale nouée autour du gros Walter. Busch replia ses membres. Bitter soupira. Dé Pen se tortilla pour extraire son corps d’Howell-Jolly de l’enchevêtrement de bras et de jambes et vint se placer au sommet. Elle posa son menton sur le genou de quelqu’un et poursuivit en souriant la conversation entamée avec Walter.
« L’âme ? dit-elle. Bien sûr que le citoyen possède une âme, une part confortable de l’âme collective de la société. »
La fusion devenait plus chaude. Walter étendit ses bras ruisselants de sueur et ahana.
« Et si le terme âme s’appliquait mieux au principe vital de l’individu d’autrefois… ne faudrait-il pas en employer un autre pour désigner ce principe collectif qui est le nôtre ?