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La mémoire fantôme

Электронная книга - «La mémoire fantôme». Краткое содержание книги:

Une femme à bout de souffle court dans l’orage. Dans le creux de sa main, un message gravé en lettres de sang : « Pr de retour ». Elle pense être en février, nous sommes fin avril. Elle croit sa mère vivante, celle-ci s’est suicidée voilà trois ans dans un hôpital psychiatrique…
Quatre minutes. C’est pour elle la durée approximative d’un souvenir. Après, sans le secours de son précieux organiseur électronique, les mots, les sons, les visages… tout disparaît.
Pourquoi ces traces de corde sur ses poignets ? Que signifient ces scarifications, ces phrases inscrites dans sa chair ? Quel rapport entre cette jeune femme et les six victimes retrouvées scalpées et torturées quatre années plus tôt ?
Pour Lucie Henebelle, lieutenant de police de la brigade criminelle de Lille, la soirée devait être tranquille. Elle deviendra vite le pire de ses cauchemars… Une lutte s’engage, qui fera ressurgir ses plus profonds démons.
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Manon était assise avec d’autres personnes dans la salle où Lucie et le spécialiste venaient d’entrer. Le lieutenant de police considéra attentivement la quinzaine de visages qui convergeaient vers elle. Hommes, femmes, de tous âges. Certains regards étaient absents, d’autres intrigués. Vandenbusche fit signe à Manon qui s’approcha, l’œil rivé sur les porte-noms. Vandenbusche… Sa physionomie ne lui disait évidemment rien, mais elle avait appris, elle le « savait » responsable de MemoryNode. Quant à cette Lucie Henebelle… Une sonorité, des syllabes familières.

— On s’est déjà rencontrées, n’est-ce pas ? lui demanda-t-elle avec un scintillement dans les yeux.

Lucie posa instinctivement la main sur son arcade sourcilière suturée.

— En effet, nous avons passé un peu de temps ensemble. Je suis…

— Lieutenant de police… anticipa Manon. Oui ! Oui ! Attendez ! J’ai quelque chose pour vous ! Je… Je ne vous ai pas encore appelée au téléphone ? Dites-moi ?

Lucie sortit son portable. Un message.

— Si ! Je n’ai pas dû entendre en conduisant.

Manon fouilla dans son N-Tech et entraîna Lucie loin du groupe, vers le fond de la salle. La flic retrouva immédiatement cette complicité, cette chaleur même, qui les avait liées dans l’enfer de l’orage. Proches et lointaines à la fois.

— Avec toutes mes notes, mes enregistrements et ce que j’ai entendu aux infos, j’ai essayé de reconstituer le chemin du Professeur. J’en ai déduit qu’il était au courant avant même de m’enlever, pour notre expression, quand nous étions jeunes et que nous nous rendions dans la maison hantée de Hem ! Pour « fâcher les Autres » !

Apparemment, les multiples répétitions et la sieste n’avaient pas été vaines.

— Je sais, répliqua Lucie, admirative. J’ai songé à la même chose, au cours d’une réunion de travail que nous venons d’avoir. Si le Professeur a obtenu cette information, c’est qu’il vous connaît, d’une manière ou d’une autre.

— Cela semble logique, mais j’ai réfléchi, et je ne vois pas comment c’est possible. Non, vraiment pas.

— Vous habitez une impasse du Vieux-Lille, très peu fréquentée. Nous n’avons pas de témoins, il nous est difficile de savoir ce qui est arrivé. Mes collègues ont réalisé une enquête de voisinage ce matin, à l’heure où vous partez normalement pour votre footing. Personne n’a rien remarqué. Et d’après votre frère, rien n’a été renversé ni volé dans votre appartement. Peut-être… avez-vous volontairement suivi ce ravisseur, parce que vous le connaissez… Parce que sa photo se trouve à l’intérieur de votre N-Tech.

Manon désapprouva de la tête et se palpa discrètement le flanc : gauche. Elle devina un bloc métallique, froid, qui ressemblait à… une arme ?

— Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Lucie.

Manon croisa les bras, dissimulant maladroitement son trouble.

— Non, non, rien… C’est juste… Avec tout ce qu’il se passe. Mon… Mon enlèvement…

Elle se frotta légèrement le poignet droit.

— De quoi discutions-nous ?

— Du fait que votre ravisseur évoluait sans doute dans votre environnement. Pendant ces quatre années, il s’est peut-être servi de votre amnésie pour s’approcher de vous. Il a très bien pu attendre que vous fabriquiez des souvenirs de lui comme étant une personne de confiance pour ensuite vous tromper. Il est peut-être là, tout proche. Manon, il me faudrait votre N-Tech.

La jeune femme crispa ses doigts sur l’engin et se retourna vers le reste du groupe, inquiète.

— Non, non. Je ne peux pas vous le laisser. Il s’agit de mon intimité.

Lucie remarqua un homme avec une fine barbe qui les fixait avec insistance. Elle se mit à chuchoter :

— Je ne vous demande pas de tout me livrer, juste ce qui m’intéresse. Vous devez absolument me donner l’identité de toutes les personnes que vous connaissez. Vous les photographiez toujours, n’est-ce pas ?

La mathématicienne hocha la tête.

— Et vous pouvez me les montrer ?

— Si vous voulez. Mais… attendez…

Manon déclencha l’enregistreur, ferma les yeux et résuma ce que les deux femmes venaient d’échanger. L’absence de témoins, la probabilité d’avoir déjà croisé le Professeur. Elle observa les participants dans la salle, coupa le micro et demanda, après un nouveau coup d’œil sur le porte-nom :

— Qu’est-ce que vous vouliez, déjà ?

— Les photos de vos connaissances, dans votre N-Tech.

— Pour quoi faire ?

— Manon… Je viens de vous l’expliquer !

La jeune amnésique hésita, avant de dire :

— Il y en a énormément, vous savez ? Dès qu’une personne entre en contact avec moi, je la photographie.

Puis elle ouvrit le dossier « Photo » et fit défiler les portraits, accompagnés d’un maigre descriptif. Médecins, amis, famille, livreur de pizza, facteur, plombier, patients de MemoryNode. L’homme à la fine barbe, Alain Schryve, y figurait. Des dizaines et des dizaines de visages.

— Minute ! Revenez en arrière ! s’exclama Lucie.

Manon obtempéra.

— Hervé Turin ?… « Ne plus jamais travailler avec ce pervers. » Mais pourquoi ?

Manon haussa les épaules et plaqua son N-Tech contre sa poitrine, la bouche serrée.

— Vie privée, cela ne vous concerne pas… Je… Je ne montre ces photos à personne. Vous le connaissez ?

Lucie prit un ton apaisant.

— Il est revenu aujourd’hui sur l’affaire, ici, à Lille.

— Revenu ? À Lille ? Pourquoi ?

— C’est lui qui a la plus grande connaissance du dossier Professeur, et il a l’air très compétent. Je me trompe ?

Manon baissa le menton. Après un temps de réflexion, elle répondit :

— Non, non… Il est brillant… Et acharné…

— Vous vous connaissez bien ?

Manon soupira.

— Avant le… cambriolage, nous avons… collaboré… Je lui faisais part de mes idées, de mes déductions concernant les problèmes mathématiques et, en retour, il me communiquait les éléments sensibles du dossier. Nous avons… beaucoup voyagé ensemble, dans les villes où ont eu lieu les meurtres…

Sa voix était empreinte de rancœur. Que signifiait : « Nous avons beaucoup voyagé ensemble » ? Lucie insista :

— Dans votre N-Tech, vous avez noté : « pervers ». Pourquoi ?

Manon referma le dossier « Photo » et revint au menu principal.

— La séance va commencer, madame… fit-elle en relevant la tête. Je vais devoir y retourner.

Lucie lui caressa doucement le dessus de la main pour attirer son attention.

— J’ai vu comment Turin regardait les femmes. Il a été incorrect avec vous ?

Manon voulut se diriger vers son groupe mais Lucie, cette fois, y alla plus fermement en lui agrippant le bras.

— Répondez Manon ! Il vous a harcelée ?

Manon éleva la voix.

— En quoi cela vous regarde-t-il ? Est-ce parce que je n’ai plus de mémoire que je ne peux plus avoir de vie privée ? Mon passé est intact ! Vous pouvez admettre cela ? Dites-moi !

Lucie relâcha son étreinte. Toutes les têtes étaient tournées vers elles.

— Vous avez raison, excusez-moi… Mais… il me faut cette liste de contacts… Vous avez ma carte avec mon émail…

— Je vous l’enverrai tout de suite après la séance ! Vous voyez, je le note ! Et maintenant, laissez-moi tranquille !

En validant sa tâche, Manon constata qu’il en existait une autre qu’elle n’avait pas cochée. Elle consulta la page concernée et dit, se rapprochant de Lucie :

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