Les trois Cartes
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345900
- Переводчик: Gérard Lebec
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Les trois Cartes». Краткое содержание книги:
Et ce hurlement ? Était-ce vraiment un hurlement qu’il avait entendu ?
Laisse tomber. Ce qui se passe en face n’a rien à voir avec toi. Voilà que tu te comportes comme une vieille bonne femme.
Tout cela, néanmoins, ne présageait rien de bon. Non, rien de bon.
— Jack, brailla-t-il en direction de la porte close au fond de la pièce.
Pas de réponse.
Il ouvrit le tiroir supérieur gauche du bureau et en sortit son pistolet. Il ne s’agissait pas d’un colt Cobra ni d’aucune arme assez pratique pour s’ajuster dans un étui à crampons : c’était un Magnum 357.
— Cimi ! appela-t-il. J’ai besoin de toi !
Il referma violemment le tiroir. La tour de cartes s’affaissa dans un soupir. Il n’y prêta même pas garde.
Cimi Dretto apparut sur le seuil, ses cent vingt kilos interdisant toute vision du couloir. Il constata que Da Boss avait sorti son arme et, immédiatement, extirpa la sienne des profondeurs d’une veste écossaise si voyante qu’elle aurait probablement brûlé la cornée de quiconque aurait commis l’erreur de la regarder trop longtemps.
— Va me chercher Claudio et Tricks en vitesse, lui lança Balazar. Le gosse mijote quelque chose.
— On a un problème, patron.
Les yeux de Balazar quittèrent la porte des toilettes pour se poser sur Cimi.
— Un de plus, dit-il. De quoi s’agit-il, cette fois ?
Cimi se passa la langue sur les lèvres. Dans les meilleures circonstances, il n’aimait déjà pas annoncer une mauvaise nouvelle à Da Boss. Alors, quand il le voyait comme ça…
— Eh bien… dit-il, et il se repassa la langue sur les lèvres. Il se trouve…
— Bordel de merde, accouche ! gueula Balazar.
Les plaquettes de crosse en bois de santal du revolver étaient si lisses que la première prouesse d’Eddie en le recevant fut de manquer de le laisser choir sur ses orteils. L’arme était si grosse qu’elle en paraissait antédiluvienne, si lourde qu’il ne voyait pas d’autres moyens de la soulever que de la prendre à deux mains. Le recul est fichu de me projeter à travers la cloison la plus proche, pensa-t-il. Et ce, en admettant que la balle consente à partir. Il n’en restait pas moins qu’une part de son être aspirait à tenir cette arme, répondait à la finalité qu’elle exprimait si parfaitement, sentait son obscure et sanglante histoire, voulait de toutes ses forces y avoir part.
Nul n’a jamais tenu ce bébé en main s’il n’était le meilleur, songea Eddie. Du moins jusqu’à ce jour.
— Tu es prêt ? lui demanda Roland.
— Non, mais allons-y quand même.
Il referma sa main gauche sur le poignet gauche de Roland. Celui-ci glissa autour de ses épaules nues un bras droit qu’embrasait l’infection.
Ensemble ils refranchirent le seuil, passant de l’obscurité venteuse de cette plage, de ce monde à l’agonie du Pistolero, à l’éclat froid des tubes fluorescents des toilettes privées de Balazar à la Tour Penchée.
Alors qu’Eddie clignait des yeux pour les habituer à la lumière, il entendit dans l’autre pièce le « On a un problème » de Cimi Dretto. N’est-ce pas notre lot à tous ? songea-t-il, et, à cet instant, son regard se riva sur l’armoire à pharmacie. Elle était restée ouverte. Il ré-entendit Balazar demander à Jack de fouiller la salle d’eau, ré-entendit Andolini demander s’il y avait là un endroit qu’il ne connaîtrait pas. Balazar avait marqué un temps d’arrêt avant de répondre. Il y a une cache au fond de l’armoire à pharmacie, avait-il fini par dire. J’y garde deux ou trois bricoles.
Andolini avait fait glisser le volet dissimulant la cache. Et il avait négligé de le refermer.
— Roland ! fit Eddie entre ses dents.
Le Pistolero leva le revolver qu’il avait gardé, en posa le canon sur ses lèvres pour lui faire signe de se taire. Eddie s’approcha sans bruit de l’armoire.
Deux ou trois bricoles… Exact : un flacon de suppositoires, un numéro de Jeux enfantins — revue à la quadrichromie sommaire où, nues en couverture, deux fillettes d’environ huit ans s’embrassaient avec passion — et huit ou dix échantillons de Keflex. Eddie savait ce dont il s’agissait. Exposés comme ils l’étaient aux infections tant locales que généralisées, les junkies faisaient une grosse consommation de Keflex.
C’était un antibiotique.
— Un de plus, entendit-il. (Balazar avait l’air à bout.) De quoi s’agit-il, cette fois ?
Si ça ne met pas K-O les saletés de microbes qui le travaillent, se dit-il, rien n’y parviendra.
Il ramassait les boîtes de Keflex, s’apprêtant à les fourrer dans ses poches, quand il prit conscience de ne pas en avoir. L’aboiement rauque qui lui échappa n’eut rien d’un rire.
Il allait mettre ça dans le lavabo et le reprendrait plus tard… s’il y avait un plus tard.
— Eh bien… disait Cimi Dretto. Il se trouve…
— Bordel de merde, accouche ! gueula Balazar.
— C’est le grand frère du gosse, dit Cimi, et Eddie se figea, ses deux dernières boîtes de Keflex à la main, la tête inclinée sur le côté. Plus que jamais, il ressemblait à ce chien sur les vieux disques La Voix de son Maître.
— Oui, alors, qu’est-ce qu’il a ? demanda Balazar, perdant patience.
— Il est mort, répondit Cimi.
Eddie laissa tomber les antibiotiques dans le lavabo et se tourna vers Roland.
— Ils ont tué mon frère, dit-il.
Balazar ouvrit la bouche pour dire à Cimi de ne pas venir l’emmerder avec ce genre de conneries alors qu’il avait à se préoccuper de choses plus sérieuses — entre autres cette impression qui ne voulait pas le lâcher : la sensation qu’Andolini ou pas, le gamin était en train de le baiser — quand il entendit la voix aussi distinctement qu’Eddie avait dû entendre la sienne ou celle de Cimi.
— Ils ont tué mon frère, disait le gosse.
Balazar perdit soudain tout intérêt pour sa marchandise, pour ses questions restées sans réponse, pour tout, bref, sauf la nécessité de stopper net la situation avant qu’elle ne virât franchement à la catastrophe.
— Tue-le, Jack, hurla-t-il.
Silence. Puis il entendit le gamin répéter :
— Ils ont tué mon frère. Ils ont tué Henry.
Balazar comprit soudain — il eut la certitude, même — que ce n’était pas à Jack qu’Eddie parlait.
— Va chercher les messieurs, dit-il à Cimi. Tous. On va lui faire la peau et quand il sera mort, on le transportera dans la cuisine où je m’occuperai personnellement de lui trancher la tête.
— Ils ont tué mon frère, dit le prisonnier.
Le Pistolero ne dit rien, ne fit que regarder et penser : Ces boîtes… dans le lavabo. C’est le médicament dont j’ai besoin ou dont Eddie pense que j’ai besoin.
— Tue-le, Jack ! entendit-il dans l’autre pièce.
Ni lui ni Eddie n’y prêtèrent la moindre attention.
— Ils ont tué mon frère. Ils ont tué Henry.
Balazar parlait à présent de prendre en trophée la tête d’Eddie. Le Pistolero se sentit bizarrement réconforté par la menace : ce monde n’était donc pas radicalement différent du sien.