Dans l'oeil du cyclone [=Avis de tempГЄte / Storm Front - fr]
- Автор: Батчер Джим
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: Brangelonne
- ISBN: 978-2-35294-037-1
- Переводчик: Gregory Bouet
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Dans l'oeil du cyclone [=Avis de tempГЄte / Storm Front - fr]». Краткое содержание книги:
— Je pense que cette femme a un casier, sûrement pour détention de stupéfiants et racolage. Je sens qu’elle a travaillé à la Chambre de velours. Je présume qu’elle a été l’amie et la maîtresse de Jennifer Stanton. Enfin, je crois que si on l’avait interrogée hier, elle aurait prétendu ne rien savoir.
Murphy digéra ma déposition un moment.
— Tu sais, Dresden, dit-elle d’un ton glacé, si tu avais eu cette illumination hier, voire ce matin, on aurait peut-être pu lui parler. Il est même probable qu’on aurait appris quelque chose d’elle. Si ça se trouve…
Murph se tourna vers moi et me plaqua contre le chambranle d’un seul bras, en faisant brutalement levier avec son corps.
— … elle serait toujours en vie !
L’inspectrice me dévisagea. Elle ne ressemblait pas du tout à une mignonne majorette, mais à une louve qui a découvert le cadavre d’un de ses petits et qui s’apprête à faire payer quelqu’un.
— Je donne ma carte à pas mal de monde… J’en laisse partout et je ne sais pas comment elle l’a récupérée.
— Bordel, Dresden ! Je suis sûre que tu me caches des trucs ! Je peux te faire arrêter ! T’envoyer en salle d’interrogatoire. Quelqu’un a tué trois personnes et mon boulot, c’est de le coincer.
Murph marcha jusqu’aux draps tachés de sang avant de se retourner. Je ne dis rien, sentant toujours l’odeur du shampoing de Linda Randall.
— Ne m’oblige pas à choisir, Harry, continua Murphy, soudain radoucie. S’il te plaît.
Je réfléchis. Je pouvais tout lui balancer, et c’était ce qu’elle voulait. Pas la moitié, ni des bribes – elle voulait toute l’histoire pour reconstituer le puzzle et mettre le coupable sous les verrous. Elle refusait de travailler sur cette affaire en sachant que je gardais des éléments dans ma manche.
Pourquoi pas ? Linda m’avait appelé un peu plus tôt dans la journée. Elle avait prévu de venir me parler. Elle devait me fournir des informations et quelqu’un l’avait réduite au silence.
Mais deux problèmes se posaient si je déballais tout à Karrin. Primo, elle allait réagir en flic. Il n’était pas difficile de découvrir que Linda n’était pas très portée sur la fidélité et quelle collectionnait les aventures dans les deux « équipes ». Et si nous avions été plus proches que j’osais l’admettre ? Et si j’avais succombé à une crise de jalousie et utilisé ma magie pour tuer ses amants, avant d’attendre l’orage suivant pour lui régler son compte ? Plausible, probable, un crime passionnel. Murphy aurait toutes les peines du monde à faire avaler au procureur que la magie était l’arme du crime. Mais si ça avait été un flingue, l’affaire aurait déjà atterri sur le bureau du juge.
Secundo, le problème qui m’ennuyait le plus, il y avait déjà trois victimes. Et si je n’avais pas eu de la chance et un éclair de génie, il aurait eu deux de plus dans mon appartement. Je ne savais toujours pas qui était le méchant. Donc, si je fournissais le peu de renseignements en ma possession, ça ne servirait pas à grand-chose. Murphy me poserait encore plus de questions et elle voudrait des réponses…
Si l’invocateur apprenait que Murphy était sur sa trace, avec quelques indices pour le retrouver, il chercherait à la tuer, et elle ne pourrait rien faire pour se protéger. Elle maîtrisait sans mal la plupart des criminels, mais tout l’aïkido du monde ne sert à rien face à un démon.
De plus, il y avait la Blanche Confrérie. Des gens comme Morgan, imbus de leurs pouvoirs, arrogants et ne respectant aucune loi sinon la leur. Ils n’hésiteraient pas à éliminer une petite inspectrice de police qui avait découvert leur monde secret.
Je contemplai les draps maculés de sang en pensant au corps de Linda. Puis j’imaginai le bureau de Murphy avec son cadavre en plein milieu, le cœur arraché et la gorge déchiquetée par une créature des ténèbres.
— Désolé, Murph, murmurai-je d’une voix rauque, j’aimerais t’aider, mais je ne sais rien.
Je n’osai pas la regarder en face et ne tentai pas de cacher ma duplicité.
Je sentis, plus que je vis, ses traits se durcir. Je l’avais blessée et déçue. J’ignore si une larme coula sur sa joue ou si elle se passa la main dans les cheveux.
Elle se tourna vers la porte d’entrée et hurla :
— Carmichael ! Ramène ton gros cul !
L’inspecteur était toujours aussi dégoûtant, comme si le temps n’avait aucune prise sur lui. En tout cas, il portait toujours la même veste. Il avait simplement changé les taches de sa cravate et ses cheveux étaient collés d’une autre manière. On pouvait trouver cette constance réconfortante, pensai-je. Même dans les pires moments, quelle que soit l’horreur d’un crime, on peut toujours compter sur Carmichael pour avoir l’air d’une merde ambulante.
Il me dévisagea en entrant.
— Ouais ?
— Tu m’étiquettes ça et tu l’enregistres, dit-elle en lui lançant le sac en plastique. Reste là, j’ai besoin d’un témoin.
Le gros inspecteur examina le sachet et y découvrit ma carte. Ses yeux porcins tout ronds, il me regarda de nouveau, et je vis les rouages de sa cervelle me déplacer de la catégorie « allié pénible » à la catégorie « suspect ».
— Monsieur Dresden, lâcha Murphy d’un ton froid et poli, j’aimerais vous poser quelques questions. Pourriez-vous nous suivre jusqu’au commissariat pour faire une déposition ?
Encore des questions ! La Blanche Confrérie allait m’exécuter dans trente heures. Je n’avais pas le temps.
— Désolé, inspecteur, il faut que je coupe mes cors aux pieds.
— Demain matin, alors ?
— Peut-être…
— Si vous n’êtes pas là demain matin, reprit Murphy, je vous mettrai sous mandat d’arrêt. Nous te retrouverons et je te jure, Harry, que tu nous donneras des réponses !
— Comme tu veux…, répondis-je en faisant mine de partir.
Carmichael s’interposa, les yeux rivés sur mon torse.
— Si je ne suis pas en état d’arrestation, dis-je, je suis libre de partir…
— Laisse-le passer, Ron, souffla Karrin écœurée. (Je perçus sa souffrance.) Nous allons bientôt nous revoir, monsieur Dresden… Et si vous êtes derrière tout ça, sachez que rien de ce que vous pourrez faire ou inventer ne m’empêchera de vous démolir. On se comprend ?
Je compris. J’avais conscience des pressions que Murphy subissait, de sa frustration, de sa colère et de sa résolution à empêcher un autre meurtre. Si j’avais été un héros dans un roman Harlequin, j’aurais sorti quelque chose d’éloquent et de romantique. Mais je suis moi et je ne trouvai rien de mieux que :
— Je te comprends, Karrin.
Carmichael s’écarta.
Je laissai Murphy, à qui je ne pouvais rien dire, et Linda, que je n’avais pas su protéger. J’avais mal à la tête et aux os. Et pour ne rien arranger, je me faisais l’effet d’être une belle ordure.
Chapitre 16
Je marchai en peu avant de rentrer chez moi. Mes pensées et mes émotions tourbillonnaient plus vite que les vents d’orage qui quittaient la ville en survolant le lac. J’appelai un taxi depuis une station-service et l’attendis, appuyé contre un mur, en réfléchissant sous la bruine.
J’avais trompé la confiance de Murphy, et tant pis si c’était pour nous protéger, elle et moi. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Tout ce qui compte, c’est le résultat, et moi, j’avais menti à ma seule véritable amie. Même si je trouvais le ou les coupables et parvenais à les neutraliser, faisant ainsi le boulot de Karrin à sa place, je n’étais pas sûr qu’on puisse oublier cette trahison.
Je ruminais ces sombres préoccupations quand un homme portant un chapeau baissé qui lui cachait le visage me dépassa, se retourna et me cassa en deux d’un coup de poing.