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Электронная книга - «La Rose d'York [fr]». Краткое содержание книги:

La Rose d'York [fr]
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N’étant jamais entré dans l’Oratoire, il fut surpris par son faste : l’intérieur n’était que marbres diversement colorés. Par ses dimensions aussi, mais comme l’assistance était peu nombreuse, il repéra vite celle qu’il cherchait : agenouillée à la table de communion, elle était en train de recevoir l’hostie. Il fit alors une courte prière puis alla s’asseoir près d’une statue d’apôtre en marbre et attendit la fin de la messe qui ne tarda guère. On en disait une chaque demi-heure dans cette église.

Cependant, il dut patienter : écroulée sur son prie-Dieu, Wanda éternisa son oraison et quand enfin elle se releva ce fut pour aller chercher un cierge qu’elle vint allumer devant la Pietà de la chapelle des Sept Douleurs proche de l’endroit où Aldo la guettait. En la voyant venir il nota qu’elle pleurait mais comme personne d’autre ne venait prier devant l’honorable copie d’une œuvre de Francesco Francia, il la rejoignit. Une nouvelle messe commençait à l’autre bout de l’église et c’était vraiment l’endroit idéal pour causer.

En le découvrant debout derrière elle, Wanda poussa un cri de souris apeurée et leva sur lui un visage boursouflé par les larmes, tellement douloureux qu’il sentit l’inquiétude l’envahir.

– Que vous arrive-t-il, Wanda ? demanda-t-il avec sollicitude. Auriez-vous de mauvaises nouvelles de lady Ferrals ? Venez vous asseoir là, ajouta-t-il en montrant un banc coincé entre le mur et un confessionnal. Nous y serons tranquilles.

Elle se laissa conduire, heureuse peut-être au fond de sa douleur de rencontrer une main amicale. La vie ne devait pas être toujours rose dans la maison du défunt sir Eric habitée par la haine vigilante de son secrétaire. Une fois qu’elle fut installée, il prit sa main dont il sentit la froideur à travers le gant de filoselle.

– Dites-moi tout ! Vous savez que vous pouvez vous fier à moi et que je souhaite l’aider.

– Je sais, je sais, monsieur le prince, et je suis bien contente de vous rencontrer. Mon pauvre petit ange ! Elle est si malheureuse ! Elle supporte de plus en plus mal cette affreuse prison et quand je suis allée la voir hier, je l’ai trouvée si pâle, avec ses beaux yeux tout rouges et son pauvre petit corps secoué de frissons. Elle est en train de tomber malade, ça j’en suis sûre ! Vous pensez : enfermée entre quatre murs et d’horribles barreaux qui lui laissent tout juste apercevoir un bout de ciel gris, elle qui ne peut pas vivre sans grand air et sans jardin ! ... Elle dépérit, monsieur le prince, elle dépérit et peut-être qu’elle mourra avant même qu’on la juge !

Et de pleurer de plus belle en entrecoupant ses sanglots d’invocations à la Vierge et à quelques saints polonais. Devinant que ce flot de paroles et de larmes soulageait la pauvre femme, Aldo laissa passer l’orage. Il savait bien qu’Anielka avait fait le mauvais choix en s’imaginant que la prison pouvait être un abri. Elle était trop jeune pour savoir qu’une fois refermé, ce genre de piège ne s’ouvre pas facilement.

– Vous ne croyez pas, fit-il enfin, qu’il serait temps pour ce Ladislas Wosinski de se manifester ? Qu’attend-il pour venir jouer les preux chevaliers ? Que les juges coiffent leurs perruques et endossent leurs robes rouges afin de décider si votre maîtresse doit être pendue ou non ? Si vous l’aimez et si vous avez la moindre idée de l’endroit où il se trouve, il faut me le dire maintenant. Bientôt il sera trop tard !

– Mais je l’ignore. Je vous le jure devant la Vierge Sainte qui m’entend. Si vous me voyez dans cet état c’est parce que j’ai très peur. Si je savais où il est, j’irais le voir tout de suite pour lui expliquer ce que mon pauvre agneau endure parce qu’il doit être bien loin de s’en douter. Les journaux ne parlent plus de rien et Ladislas doit penser que la police poursuit son enquête. Donc qu’il vaut mieux rester encore caché...

– Mais c’est idiot ! Il devrait comprendre que lorsque la police a livré un coupable supposé elle se donne beaucoup moins de mal pour en trouver un autre ! À ce propos, lady Ferrals a dû rencontrer son nouvel avocat. En est-elle satisfaite ?

– Elle dit qu’il paraît très habile mais qu’il est très dur, qu’il la harcèle de questions.

– Et que fait le comte Solmanski ? Attend-il lui aussi le secours céleste ? Il priait beaucoup, m’a-t-on dit, après l’enlèvement de sa fille le jour de son mariage.

– Il est très, très en colère ! Il n’a apporté aucune aide à mon pauvre petit ange. Il n’est venu la voir qu’une seule fois à Brixton et il s’est montré cruel. Il a traité son enfant de tous les noms, lui reprochant de s’être conduite comme une malheureuse créature sans volonté, une sotte... et il a posé des questions. Il voulait savoir où était le jeune amoureux !

Connaissant le faux comte polonais et les buts qu’il poursuivait en mariant sa fille à Ferrals, Morosini ne mettait pas en doute le commentaire de Wanda. Solmanski devait être furieux que le retour de l’étudiant nihiliste soit venu enrayer le mécanisme tortueux mais délicat de ses combinaisons. À Venise, Simon Aronov avait prédit la mort de Ferrals parce qu’elle était nécessaire pour que Solmanski puisse mettre la main sur la fortune de son gendre, mais il n’était pas question, dans son esprit, qu’Anielka s’y trouve impliquée d’une façon ou d’une autre.

– Je ne peux pas lui donner tort. Il est naturel qu’il pense avant tout à sauver sa fille. Laissons-le donc agir à sa guise et voyons ce que nous, nous pouvons faire.

Wanda éleva vers la Pietà un regard noyé et des mains implorantes.

– C’est ça qui est terrible ! Nous ne pouvons rien faire, Sainte Mère de Dieu !

– Oh que si ! C’est la raison pour laquelle je suis ici ce matin : il faut que vous me fassiez entrer chez vous. Je dois examiner le cabinet de travail de sir Eric.

– Entrer dans la maison ? souffla Wanda terrifiée. Mais c’est impossible ! Mr. Sutton ne voudra jamais !

– Il n’est pas question de lui demander sa permission ! Allons, ce n’est pas si difficile ! Tout ce que je demande c’est que vous vous arrangiez pour que la nuit prochaine la porte des cuisines ne soit pas fermée. Il faut aussi m’expliquer où se trouve la pièce en question et la chambre de Sutton. J’ai besoin de connaître les habitudes des domestiques et leurs horaires pour être certain de ne rencontrer personne. J’ajoute que la vie d’Anielka dépend peut-être de ce que je trouverai.

Elle ne répondit pas, rendue muette par l’épouvante qu’il put lire dans ses yeux d’un bleu de faïence. Il insista.

– Croyez-moi, Wanda ! Il est temps que vous laissiez de côté vos rêves d’amours romantiques et que vous regardiez en face la réalité ! Ce que je vous demande ne vous fera pas courir un bien grand risque ! Quand tout le monde sera couché vous n’aurez qu’à descendre aux cuisines ouvrir la porte. Ensuite vous rentrerez dans votre chambre. Je me charge du reste ! À quelle heure ferme-t-on les portes chez vous ?

– À onze heures, sauf quand Mr. Sutton dit qu’il rentrera tard. Alors le maître d’hôtel l’attend.

– Il ne s’absente jamais ?

– Presque jamais. Il est le gardien de la demeure jusqu’à ce que le procès ait eu lieu et il prend son rôle au sérieux.

– De toute façon, je n’en ai pas pour longtemps : un quart d’heure... une demi-heure peut-être ? Vous m’aiderez ? Je serai chez vous à... disons minuit et demi.

– Et si Mr. Sutton sort ?

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