Princesse Patte-en-l’air
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #144
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-04325-7
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Princesse Patte-en-l’air». Краткое содержание книги:
Et pourtant, des chaudes de la craquette, y en a eu, y en a, et y en aura encore aux alentours de Buckinguam Palace ! Des terribles, malgré leurs chailles qui traînent par terre ! Des qu'ont la coquille Saint-Jacques large comme l'entrée de Westminster Abbaye, avec plein de capitaines de horse-guards batifolant du bonnet à poils entre leurs jambons ! Mais la mienne de princesse, pour ce qui est de l'entonnoir à chibres, elle est médaille d'or. Plus forcenée de l'arrière-boutique tu meurs !
Du reste, telle qu'elle est, tu meurs aussi !
Parce que cette princesse-là, elle collectionne les coups de braque, mais pas les amants ! Style Marguerite de Bourgogne en sa tour de Nesle, si tu vois le genre ?
Cela dit, faut que je t'avoue une chose : c'est pas une vraie princesse.
Et que je t'avoue encore une deuxième chose : c'est pas une vraie princesse, mais c'est une vraie salope !
Est-ce que je me fais bien comprendre ?
Mais je sens que la nouvelle le secoue sur ses pilotis.
Comme pour se donner la force de surmonter ma confirmation, il se sert un triple scotch dans lequel il oublie de verser de l’eau, et avale un trait généreux de ce que les délicats plumitifs de mes fesses nommeraient « le breuvage ambré », ces nœuds ! Toujours une poésie frelatée pour kermesse, noces et banquets.
— Jusqu’aux chevilles, dis-je.
L’Anglais me tend la main.
— So long, mon cher, je vous dis adieu pendant que j’en ai l’occasion car vous êtes un homme mort.
Il ajoute :
— Et si l’on apprend que vous êtes venu chez moi, je ne vous survivrai pas. Le monde n’est pas assez grand pour vous permettre d’échapper à la vengeance de Lamoon.
— J’irai sur Mars, gouaillé-je.
Il m’admire de pouvoir calembourer dans de telles circonstances, considère cela comme une nouvelle preuve de l’inconscience française.
— Il n’existe pas un centimètre carré de ce pays qui ne soit déjà sous surveillance. Vous vous trouvez au cœur d’une toile d’araignée de laquelle il vous sera impossible de vous échapper. Im-pos-sible !
Et là, il juge opportun de finir complètement son verre.
— Vous avez mis votre Mâ Jong sur la piste de Sonia Wesmüler ? coupé-je.
— Comme promis.
— Il a des résultats ?
— Je n’en sais fichtre rien.
Moi, je vais te dire. Il a beau être courageux et fair-play, le Rosbif, son rêve est de me voir disparaître à tout jamais et de m’oublier. Ma présence, c’est de la mort en tube. Il croit déjà sentir une volée de bastos au creux de son estom’ et ça le gêne pour déguster convenablement son whisky.
— Donnez-moi ses coordonnées.
— 128, Chuch Mabith Road.
Il ajoute :
— Je lui ai versé mille dollars d’acompte.
— Les voilà, Prince. Merci pour tout et à charge de revanche. Si un jour vous avez besoin d’un coup de main, je suis dans l’annuaire.
— Vous espérez réellement vous en sortir, San-Antonio ? demande-t-il avec une admiration incrédule (ou une incrédulité admirative).
— J’ai toujours espéré m’en sortir et je m’en suis toujours sorti, ami. Dans la vie, le tout est de vouloir très fort les choses.
Dehors, le vélo-pousse m’attend. Cette fois c’est Bérurier qui pédale. Son énorme postérieur se met à tanguer devant nous. Comme je m’étais muni d’un plan de la ville, je lui lance les directives pour qu’il emprunte l’itinéraire convenable.
— J’ai eu une riche idée d’acheter ce vélo-taxi, déclare Pinaud, en contemplant l’énorme paire de jambes qui nous tracte. Constatant combien la circulation était dense, à Singapour, j’ai pensé qu’il constituait le meilleur mode de locomotion pour te suivre, car il se déplace, en fin de compte, plus rapidement qu’une voiture.
— Pourquoi vous êtes-vous déguisés en Chinetoques ?
— Réfléchis. Si cet engin était propulsé par un Européen, tout le monde le regarderait. Il convenait donc de se fondre dans la masse. Comme nous étions amenés à le piloter alternativement, il fallait que nous fussions tous deux transformés en Asiatiques.
— Riche idée ! approuvé-je.
— Bien entendu nous ne pouvons plus retourner à ton hôtel.
— Ce serait effectivement imprudent. À propos qu’avez-vous fait du cadavre ?
Il rit :
— Nous l’avons caché dans la chambre du Vieux, après quoi on a mis l’écriteau « Do not disturb » sur sa porte.
— Il dormait toujours, Pépère ?
— Complètement ! Le décalage horaire l’a sonné, c’est courant chez les gens de son âge.
Il mate le panorama enchevêtré avec intérêt.
— Curieuse ville, n’est-ce pas ? Crois-tu que nous aurons l’opportunité de visiter le Temple des Mille Lumières ? Il abrite un bouddha de quinze mètres de haut et j’aimerais assez voir cela : tu mets une pièce de monnaie dans un appareil et la statue s’illumine.
— Si on n’a pas le temps, je t’emmènerai à Disneyland, dis-je.
Devant nous, le monstrueux cul vient de s’immobiliser.
— Ne serait-ce point-il ici ? questionne le pédaleur de charme en torchant d’un revers de manche son beau front de penseur ruisselant.
Je vérifie. Effectivement, nous sommes bien au 128 Chuch Mabith Road.
J’avise une boutique vaste et délabrée, dans la devanture de laquelle figurent quelques meubles aux formes bizarres. L’enseigne est écrite en chinois, mais comporte un sous-titre en anglais : « réfection de meubles anciens ».
— Attendez-moi là, les anges gardiens !
Et de pénétrer dans l’antre. C’est sombre : juste une ampoule électrique sans abat-jour, au bout de son fil. Au début, je me repère mal, mais d’étranges bruits en provenance du fond me téléguident. Je découvre une chose assez singulière.
Figure-toi que la porte d’un placard en réfection est placée contre un mur. Une dizaine de gus émaciés forment un cercle devant elle. Ils sont cul nu et portent, pour tout vêtement, des tee-shirts en haillons et des sandales ravagées. Le cercle se déplace avec lenteur. Lorsqu’un des participants se trouve devant la porte, un mec de meilleur aloi, à savoir qu’il est moins squelettique que les autres et entièrement saboulé, le fait se baisser, guide son triste cul en un point précis du panneau de bois et lui donne un signal guttural. Alors le type incliné produit un effort et lâche un large pet. Pas de ces pets francs et sonores qui ont assuré la gloire de Béru, mais un pet foireux, bulbeux, pataugeur. La chose accomplie, l’homme se redresse, le cercle se déplace d’un bon pas et le maillon humain suivant réitère l’opération.
Ces pets collectifs, issus de la consommation intensive d’un haricot spécial, assurent au bois une patine recherchée. Il suffit de cirer le meuble une fois qu’il est entièrement teinté et l’on obtient de l’ancien garanti.
Ayant admiré plusieurs prestations de ces messieurs, je me mets en quête de Mâ Jong. Un nouveau vieillard à bout de course (je te jure qu’ils font l’élevage ici) accroupi contre un pilier, à fumer une longue pipe de bambou au culot de faïence minuscule, m’indique le logement de mon « détective privé ». L’endroit se trouve dans une longue cour nauséabonde où l’on accède par le fond de la boutique. Un escalier de bois à ciel ouvert, tout branlant. Des gosses gueulards, des chats scrofuleux, des fenêtres aux vitres fêlées, des plantes luxuriantes dans des bidons de tôle ondulée, des linges de couleur, des poulets hauts sur pattes, au cou dénudé, des amoncellements d’ordures inexprimables composent le décor. L’Agence Mâ Jong n’a rien de commun avec l’Agence Pinkerton, chère à Dashiell Hammett.
Au sommet du roide escadrin, l’est une porte vitrée sur les carreaux de laquelle on a collé du papier à motif.
Une jeune femme aussi enceinte que chinoise, et peut-être même davantage, m’ouvre. Je lui demande si mister Mâ Jong est laguche. Bien que, visiblement, elle ne parle pas l’anglais, elle me débouche l’horizon pour me montrer le personnage.
Imagine une grosse gonfle flasque, aux paupières bouffies, aux cheveux huileux, avec un nose large comme un appareil photo et une bouche de gros bébé lippu (le seul mot en « pu » qui prenne deux « p »). Il porte un méchant polo noir, un pantalon de toile blanche qu’il ne lui est plus possible de boutonner entièrement, et des sandales de cuir. Ses chaussettes noires… Non, rectification : il n’a pas de chaussettes, c’est la crasse qui m’a abusé. Cézigo, c’est pas tous les jours qu’il prend un bain. Faut dire que ce logement misérique n’est pas riche en sanitaires. Ce qui me surprend au passage, c’est qu’un gazier pratiquant des tarifs aussi élevés (mille dollars pour une filature) vive dans cet antre délabropestilentiel. À Calcutta, je veux bien ; mais à Singapour, cité moderne, opulente, ça te perplexe.