Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules
- Автор: Лебон Гюстав
- Год: 2020
- Язык: французский
- Год: Strelbytskyy Multimedia Publishing
- Жанр: Политика
Электронная книга - «Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules». Краткое содержание книги:
La foule, dans le sens où l'emploie Le Bon, est distincte du simple agrégat d'individus.
Les foules sont régies par une « loi d'unité mentale des foules ». Elles ont en quelque sorte une « âme », avec des passions et un fonctionnement organique comparable à celui de l'esprit humain. Dans le livre I, Le Bon examine les passions et le mode de représentation d'une foule ; dans le livre II, il examine les origines et les caractéristiques de ses croyances.
Au sens ordinaire le mot foule représente une réunion d'individus quelconques, quels que soient leur nationalité, leur profession ou leur sexe, et quels que soient aussi les hasards qui les rassemblent.
Au point de vue psychologique, l'expression foule prend une signification tout autre. Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d'hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux des individus composant cette agglomération. La personnalité consciente s'évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction. Il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité est alors devenue ce que, faute d'une expression meilleure, j'appellerai une foule organisée, ou, si l'on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l'unité mentale des foules.
Il est visible que ce n'est pas par le fait seul que beaucoup d'individus se trouvent accidentellement côte à côte, qu'ils acquièrent les caractères d'une foule organisée. Mille individus accidentellement réunis sur une place publique sans aucun but déterminé, ne constituent nullement une foule au point de vue psychologique. Pour en acquérir les caractères spéciaux, il faut l'influence de certains excitants dont nous aurons à déterminer la nature.
L'évanouissement de la personnalité consciente et l'orientation des sentiments et des pensées dans un sens déterminé, qui sont les premiers traits de la foule en voie de s'organiser, n'impliquent pas toujours la présence simultanée de plusieurs individus sur un seul point. Des milliers d'individus séparés peuvent à certains moments, sous l'influence de certaines émotions violentes, un grand événement national par exemple, acquérir les caractères d'une foule psychologique. Il suffira alors qu'un hasard quelconque les réunisse pour que leurs actes revêtent aussitôt les caractères spéciaux aux actes des foules. À certains moments, une demi-douzaine d'hommes peuvent constituer une foule psychologique, tandis que des centaines d'hommes réunis par hasard peuvent ne pas la constituer. D'autre part, un peuple entier, sans qu'il y ait agglomération visible, peut devenir foule sous l'action de certaines influences.
Lorsqu'une foule psychologique est constituée, elle acquiert des caractères généraux provisoires, mais déterminables. À ces caractères généraux s'ajoutent des caractères particuliers, variables, suivant les éléments dont la foule se compose et qui peuvent en modifier la constitution mentale.
Les foules psychologiques sont donc susceptibles d'une classification, et, lorsque nous arriverons à nous occuper de cette classification, nous verrons qu'une foule hétérogène, c'est-à-dire composée d'éléments dissemblables, présente avec les foules homogènes, c'est-à-dire composées d'éléments plus ou moins semblables (sectes, castes et classes), des caractères communs, et, à côté de ces caractères communs, des particularités qui permettent de l'en différencier.
Mais avant de nous occuper des diverses catégories de foules, nous devons examiner d'abord les caractères communs à toutes. Nous opérerons comme le naturaliste, qui commence par décrire les caractères généraux communs à tous les individus d'une famille avant de s'occuper des caractères particuliers qui permettent de différencier les genres et les espèces que renferme cette famille.
Il n'est pas facile de décrire avec exactitude l'âme des foules, parce que son organisation varie non seulement suivant la race et la composition des collectivités, mais encore suivant la nature et le degré des excitants auxquels ces collectivités sont soumises. Mais la même difficulté se présente dans l'étude psychologique d'un individu quelconque. Ce n'est que dans les romans qu'on voit les individus traverser la vie avec un caractère constant. Seule l'uniformité des milieux crée l'uniformité apparente des caractères. J'ai montré ailleurs que toutes les constitutions mentales contiennent des possibilités de caractère qui peuvent se manifester dès que le milieu change brusquement. C'est ainsi que, parmi les Conventionnels les plus féroces se trouvaient d'inoffensifs bourgeois, qui, dans les circonstances ordinaires, eussent été de pacifiques notaires ou de vertueux magistrats. L'orage passé, ils reprirent leur caractère normal de bourgeois pacifiques. Napoléon trouva parmi eux ses plus dociles serviteurs.
Ne pouvant étudier ici tous les degrés d'organisation des foules, nous les envisagerons surtout ces dernières dans leur phase de complète organisation. Nous verrons ainsi ce qu'elles peuvent devenir mais non ce qu'elles sont toujours. C'est seulement à cette phase avancée d'organisation que, sur le fonds invariable et dominant de la race, se superposent certains caractères nouveaux et spéciaux, et que se produit l'orientation de tous les sentiments et pensées de la collectivité dans une direction identique. C'est alors seulement que se manifeste ce que j'ai nommé plus haut, la loi psychologique de l'unité mentale des foules.
Parmi les caractères psychologiques des foules, il en est qu'elles peuvent présenter en commun avec des individus isolés; d'autres, au contraire, leur sont absolument spéciaux et ne se rencontrent que chez les collectivités. Ce sont ces caractères spéciaux que nous allons étudier d'abord pour bien en montrer l'importance.
Le fait le plus frappant que présente une foule psychologique est le suivant: quels que soient les individus qui la composent, quelque semblables ou dissemblables que soient leur genre de vie, leurs occupations, leur caractère ou leur intelligence, par le fait seul qu'ils sont transformés en foule, ils possèdent une sorte d'âme collective qui les fait sentir, penser, et agir d'une façon tout à fait différente de celle dont sentirait, penserait et agirait chacun d'eux isolément. Il y a des idées, des sentiments qui ne surgissent ou ne se transforment en actes que chez les individus en foule. La foule psychologique est un être provisoire, formé d'éléments hétérogènes qui pour un instant se sont soudés, absolument comme les cellules qui constituent un corps vivant forment par leur réunion un être nouveau manifestant des caractères fort différents de ceux que chacune de ces cellules possède.
Contrairement à une opinion qu'on s'étonne de trouver sous la plume d'un philosophe aussi pénétrant qu'Herbert Spencer, dans l'agrégat qui constitue une foule, il n'y a nullement somme et moyenne des éléments, il y a combinaison et création de nouveaux caractères, de même qu'en chimie certains éléments mis en présence, les bases et les acides par exemple, se combinent pour former un corps nouveau possédant des propriétés tout à fait différentes de celle des corps ayant servi à le constituer.
Il est facile de constater combien l'individu en foule diffère de l'individu isolé; mais il est moins facile de découvrir les causes de cette différence.
Pour arriver à entrevoir au moins ces causes, il faut se rappeler d'abord cette constatation de la psychologie moderne: à savoir que ce n'est pas seulement dans la vie organique, mais encore dans le fonctionnement de l'intelligence que les phénomènes inconscients jouent un rôle tout à fait prépondérant. La vie consciente de l'esprit ne représente qu'une bien faible part auprès de sa vie inconsciente. L'analyste le plus subtil, l'observateur le plus pénétrant n'arrive guère à découvrir qu'un bien petit nombre des mobiles inconscients qui le mènent. Nos actes conscients dérivent d'un substratum inconscient créé surtout par des influences d'hérédité. Ce substratum renferme les innombrables résidus ancestraux qui constituent l'âme de la race. Derrière les causes avouées de nos actes, il y a sans doute les causes secrètes que nous n'avouons pas, mais derrière ces causes secrètes il y en a de beaucoup plus secrètes encore, puisque nous-mêmes les ignorons. La plupart de nos actions journalières ne sont que l'effet de mobiles cachés qui nous échappent.