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Les Quarante-Cinq Tome III

Электронная книга - «Les Quarante-Cinq Tome III». Краткое содержание книги:

Les Quarante-Cinq constitue le troisième volet du grand triptyque que Dumas a consacré à l'histoire de France de la Renaissance. Il achève le récit de cette décadence de la seigneurie commencé par La Reine Margot et poursuivi avec La Dame de Monsoreau. A cette époque déchirée, tout se joue sur fond de guerre : guerres de Religion, guerres dynastiques, guerres amoureuses. Aussi les héros meurent-ils plus souvent sur l'échafaud que dans leur lit, et les héroïnes sont meilleures maîtresses que mères de famille. Ce qui fait la grandeur des personnages de Dumas, c'est que chacun suit sa pente jusqu'au bout, sans concession, mais avec panache. D'où l'invincible sympathie qu'ils nous inspirent. Parmi eux, Chicot, le célèbre bouffon, qui prend la place du roi. C'est en lui que Dumas s'est reconnu. N'a-t-il pas tiré ce personnage entièrement de son imagination ? Mais sa véracité lui permet d'évoluer avec aisance au milieu des personnages historiques dont il lie les destins. Dumas ayant achevé son roman à la veille de la révolution de 1848, Chicot incarne par avance la bouffonnerie de l'histoire.
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– Enfin, tu es content, Chicot?

– Enchanté.

– Oui, oui, ma police est bien faite.

– À merveille! c'est une justice à lui rendre.

– Et la route est sûre?

– Comme celle du paradis: on n'y rencontre que de petits anges qui passent en chantant les louanges du roi.

– Chicot, nous en revenons à Virgile.

– À quel endroit de Virgile?

– Aux Bucoliques. O fortunatos nimium!

– Ah! très bien, et pourquoi cette exception en faveur des laboureurs, mon fils?

– Hélas! parce qu'il n'en est pas de même dans les villes.

– Le fait est, Henri, que les villes sont un centre de corruption.

– Juges-en: tu fais cinq cents lieues sans encombre.

– Je te le dis, sur des roulettes.

– Moi, je vais seulement à Vincennes, trois quarts de lieue…

– Eh bien?

– Eh bien! je manque d'être assassiné sur la route.

– Ah bah! fit Chicot.

– Je te conterai cela, mon ami, je suis en train d'en faire imprimer la relation circonstanciée; sans mes quarante-cinq, j'étais mort.

– Vraiment! et où la chose s'est-elle passée?

– Tu veux demander où elle devait se passer?

– Oui.

– À Bel-Esbat.

– Près du couvent de notre ami Gorenflot?

– Justement.

– Et comment s'est-il conduit dans cette circonstance, notre ami?

– À merveille, comme toujours, Chicot; je ne sais si de son côté il avait entendu parler de quelque chose, mais, au lieu de ronfler comme font à cette heure tous mes fainéants de moines, il était debout sur son balcon, tandis que tout son couvent tenait la route.

– Et il n'a rien fait autre chose?

– Qui?

– Dom Modeste.

– Il m'a béni avec une majesté qui n'appartient qu'à lui, Chicot.

– Et ses moines?

– Ils ont crié vive le roi! à tue-tête.

– Et tu ne t'es pas aperçu d'autre chose?

– De quelle chose?

– C'est qu'ils portassent une arme quelconque sous leur robe.

– Ils étaient armés de toutes pièces, Chicot; voilà où je reconnais la prévoyance du digne prieur; voilà où je me dis: Cet homme savait tout, et cependant cet homme n'a rien dit, rien demandé; il n'est pas venu le lendemain, comme d'Épernon, fouiller dans toutes mes poches, en me disant: Sire, pour avoir sauvé le roi.

– Oh! quant à cela, il en était incapable; d'ailleurs ses mains n'y entreraient pas, dans tes poches.

– Chicot, pas de plaisanteries sur dom Modeste, c'est un des plus grands hommes qui illustreront mon règne, et je te déclare qu'à la première occasion je lui fais donner un évêché.

– Et tu feras très bien, mon roi.

– Remarque une chose, Chicot, dit le roi en prenant son air profond, lorsqu'ils sortent des rangs du peuple les gens d'élite sont complets; nous autres gentilshommes, vois-tu, nous prenons dans notre sang certaines vertus et certains vices de race, qui nous font des spécialités historiques. Ainsi, les Valois sont fins et subtils, braves, mais paresseux; les Lorrains sont ambitieux et avares avec des idées, de l'intrigue, du mouvement; les Bourbons sont sensuels et circonspects, mais sans idée, sans force, sans volonté; vois plutôt Henri. Lorsque la nature, au contraire, pétrit de prime saut un homme né de rien, elle n'emploie que sa plus fine argile; ainsi ton Gorenflot est complet.

– Tu trouves?

– Oui, savant, modeste, rusé, brave; on fera de lui tout ce qu'on voudra, un ministre, un général d'armée, un pape.

– Là, là! sire, arrêtez-vous, dit Chicot: si le brave homme vous entendait, il crèverait dans sa peau, car il est fort orgueilleux, quoi que tu en dises, le prieur dom Modeste.

– Tu es jaloux, Chicot!

– Moi, Dieu m'en garde: la jalousie! fi, la vilaine passion.

– Oh! c'est que je suis juste, moi, la noblesse du sang ne m'aveugle point, stemmata quid faciunt?

– Bravo! Et tu disais donc, mon roi, que tu avais failli être assassiné?

– Oui.

– Par qui?

– Par la Ligue, mordieu!

– Comment se porte-t-elle, la Ligue?

– Toujours de même.

– Ce qui veut dire de mieux en mieux; elle engraisse, Henriquet, elle engraisse.

– Oh! oh! les corps politiques ne vivent point, qui s'engraissent trop jeunes; c'est comme les enfants, Chicot.

– Ainsi, tu es content, mon fils?

– À peu près.

– Tu te trouves en paradis?

– Oui, Chicot, et ce m'est une grande joie de te voir arriver au milieu de ma joie, et j'y entrevois un surcroît de joie.

– Habemus consulem facetum, comme disait Caton.

– Tu apportes de bonnes nouvelles, n'est-ce pas, mon enfant?

– Je crois bien.

– Et tu me fais languir, friand que tu es.

– Par où veux-tu que je commence, mon roi?

– Je te l'ai déjà dit, par le commencement; mais tu divagues toujours.

– Dois-je prendre à partir de mon départ?

– Non, le voyage a été excellent, tu me l'as dit, n'est-ce pas?

– Tu vois bien que je reviens entier, ce me semble.

– Oui, voyons donc l'arrivée en Navarre.

– J'y suis.

– Que faisait Henri, quand tu es arrivé?

– L'amour.

– Avec Margot?

– Oh! non.

– Cela m'eût étonné; il est donc toujours infidèle à sa femme? le scélérat; infidèle à une fille de France! Heureusement qu'elle le lui rend. Et lorsque tu es arrivé, quel était le nom de la rivale de Margot?

– Fosseuse.

– Une Montmorency! Allons, ce n'est pas mal pour cet ours du Béarn. On parlait ici d'une paysanne, d'une jardinière, d'une bourgeoise.

– Oh! c'est vieux tout cela.

– Ainsi, Margot est trompée?

– Autant que femme peut l'être.

– Et elle est furieuse?

– Enragée.

– Et elle se venge?

– Je le crois bien.

Henri se frotta les mains avec une joie sans pareille.

– Que va-t-elle faire? s'écria t-il en riant; va-t-elle remuer ciel et terre, jeter Espagne sur Navarre, Artois et Flandre sur Espagne? va-t-elle un peu appeler son petit frère Henriquet contre son petit mari Henriot, hein?

– C'est possible.

– Tu l'as vue?

– Oui.

– Et au moment où tu l'as quittée, que faisait-elle?

– Oh! cela, tu ne devinerais jamais.

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