Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Est-ce que vous n’avez pas un peu exagéré ? fit Hortense en riant quand la voiture eut démarré. C’est une très bonne maison, tout compte fait…
— Il faut toujours exagérer, surtout lorsque l’on est de mauvaise foi. De pâles critiques ne nous auraient pas tirées de là. Par ailleurs, si Duchamp nous demande de partir, c’est que cette maison est moins bonne qu’elle n’en a l’air. Et puis j’ai confiance dans le flair de Timour et lui a vu des policiers dans tous les coins.
L’hôtel du Cygne, proche de la Hofburg et situé dans l’une des rues les mieux achalandées de la ville, réserva aux deux jeunes femmes d’agréables surprises. D’abord il venait d’être refait à neuf et ensuite son propriétaire, Giuseppe Pasquini, était d’origine romaine comme Felicia elle-même. Une princesse Orsini ne pouvait être accueillie chez lui qu’avec les égards les plus flatteurs et comme Duchamp avait d’ores et déjà annoncé sa venue, Pasquini alla lui-même baisser le marchepied de la voiture quand elle s’arrêta devant chez lui.
— La bienvenue à Votre Excellence ! claironna-t-il. C’est un honneur pour ma modeste maison que recevoir une grande dame de mon pays. Loué soit Notre-Seigneur !
Sensible d’ailleurs au charme de deux jolies femmes, Pasquini tint à les accompagner en personne jusqu’à leur appartement et s’y attarda même jusqu’à ce que les serviteurs chargés de bagages eussent disparu. Il avait apparemment quelque chose à dire.
— Madame la princesse et Madame la comtesse doivent savoir qu’elles sont ici chez elles… et en parfaite sécurité. Toute la maison est à leurs ordres. M. Grünfeld a bien insisté pour que Vos Excellences en soient averties dès leur arrivée.
Felicia considéra son hôte avec un sourire plein de sympathie. C’était un homme qui pouvait avoir quarante-cinq ans et dont les traits réguliers se noyaient un peu dans une aimable rondeur due à la bonne chère, mais ses yeux noirs regardaient droit et son sourire n’était pas sans charme.
— D’où connaissez-vous monsieur… Grünfeld ? demanda Felicia.
— Je l’ai connu à Milan, voici longtemps déjà puis je l’ai revu ici, après Wagram. Nous avons toujours été amis.
— Il habite donc chez vous lui aussi ?
— Non. Depuis son retour, il n’a jamais habité ici. Il avait choisi, pour éviter que l’on ne sût trop nos relations, le « Kaiserin von Œsterreich », mais il n’y est resté que deux semaines : le temps de se trouver un logis. Il a ouvert une salle d’armes assez bien fréquentée ma foi, au Kohlmarkt. Il se contente de venir de temps en temps manger de mes « passa ». Mais pour madame la princesse, il n’a pas hésité un instant à s’adresser à moi. Et je serais fort étonné s’il ne venait pas dès ce soir…
Spontanément, Felicia, avec ce grand air qui n’appartenait qu’à elle, tendit sa main à l’hôtelier :
— Je vous dis merci, monsieur Pasquini. C’est une chose agréable de se savoir chez un ami. Mais nous n’abuserons pas de votre hospitalité, la comtesse et moi-même. Le mieux serait pour nous de trouver un appartement.
L’idée de Felicia était en effet de s’installer avec Hortense dans une maison assez grande ou de louer un étage de palais comme cela se faisait couramment. Elle souhaitait en effet que toutes deux puissent prendre rang dans la société viennoise qui constituerait sans doute pour elles le meilleur poste d’observation. Qui d’ailleurs, même le plus soupçonneux des policiers, suspecterait deux jeunes femmes très belles, très élégantes et visiblement avides de se distraire ?
— Pour nous, expliquait la jeune femme, pas de mines de conspirateurs, pas de manteaux couleur de muraille, pas de chuchotements : des réceptions, des fêtes, de la gaieté. Le prince va avoir vingt ans – tout comme vous, ma chère ! – et je suppose qu’on lui permet de se distraire un peu et de fréquenter la société ?
Sages dispositions qui devaient être entièrement approuvées par Duchamp. Quand il vint, le soir, un peu avant l’heure du dîner, Pasquini l’introduisit dans le petit salon qui séparait les chambres des deux amies. Après s’être débarrassé de sa pelisse et de son chapeau, il baisa la main de Felicia mais, quand il se retourna vers Hortense, celle-ci vit briller dans ses yeux une petite flamme qui la fit rougir légèrement. Lorsqu’ils couraient ensemble leur dangereuse aventure bretonne, Duchamp lui avait laissé entendre qu’il l’aimait et apparemment, ses sentiments n’avaient pas changé.
— J’ai cru rêver hier en vous apercevant, madame, dit-il en s’inclinant sur la main d’Hortense. J’espérais depuis longtemps la venue de… la princesse mais vous, même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pas osé espérer vous revoir si vite. Je vous croyais au fond de l’Auvergne.
— J’y étais, mais vous le voyez, il arrive que l’on en revienne et même que l’on se retrouve beaucoup plus loin qu’on ne l’imaginait.
— Avez-vous finalement choisi de rejoindre notre combat ?
— Dire qu’il s’agit d’un choix délibéré serait sans doute exagéré, cher colonel, dit Felicia. En fait, c’est pour me sauver que Mme de Lauzargues a quitté ses terres… et c’est pour se sauver elle-même qu’elle m’a suivie jusqu’ici. Mais bien décidée à nous aider tout de même…
— Vous sauver, la sauver ? Qu’est-il donc arrivé ?
— Vous devez bien penser que si je ne suis pas venue plus tôt c’est qu’il s’est passé quelque chose. Mais, je vous en prie, prenez ce fauteuil, laissez-moi vous offrir un verre de ce vieux lacryma-christi et causons de nos affaires. Où en sommes-nous ?
Le sourire de Duchamp s’effaça. A regret, son regard quitta Hortense et revint se poser, assombri, sur Felicia.
— Vous ne savez absolument rien. Est-on si peu au fait des événements à Paris ?
— Comment aurais-je pu savoir quelque chose ? J’étais en prison.
— En prison, vous ? Et pourquoi ?
— A cause d’un de nos vieux amis ; le sieur Patrick Butler, l’armateur de Morlaix.
Et, en quelques phrases, Felicia raconta son aventure et comment Hortense l’en avait sortie mais sans toutefois mentionner l’affaire de la rue Saint-Louis-en-l’Ile. Elle savait depuis longtemps que le colonel était amoureux d’Hortense et ne tenait absolument pas à déchaîner sa fureur. La colère qu’il montra était déjà bien suffisante.
— Lorsque nous rentrerons en France, je réglerai le compte de ce misérable…
— Personne ne vous le reprochera. A présent, parlez. Où en est notre projet ?
— Pas bien loin, je le crains, et j’avoue sincèrement ma déception. Lorsque je suis arrivé ici, je rêvais de voir les Bonaparte se ruer sur l’Autriche pour réclamer le roi de Rome afin de l’escorter triomphalement jusqu’à Paris et l’y aider à reprendre son héritage.
Felicia eut un rire plein de dédain :
— Ces gens-là ? Vous en espériez vraiment quelque chose ? Hormis Madame Mère qui, à Rome et en compagnie de l’Église attend que Dieu lui permette de rejoindre son fils, les autres ne songent pas un instant à quitter leurs retraites. Joseph est en Amérique, les autres à Rome ou à Florence et tous, apparemment, s’y trouvent bien. Élira et Pauline, les seules qui se fussent joyeusement battues avec nous, sont mortes.
— Ne soyez pas trop absolue. Il y a une exception.
— J’aimerais bien savoir laquelle ?
— La fille d’Élisa : Napoléons, comtesse Camerata. Elle était ici en octobre dernier et logeait même dans cet hôtel. Je l’ai vue souvent et toujours avec la même émotion car elle est le vivant portrait de l’Empereur. Elle souligne d’ailleurs volontiers cette ressemblance en s’habillant en homme. Il est vrai qu’elle possède toutes les qualités d’un garçon de bonne race : la bravoure, l’audace. Elle monte à cheval, fait des armes…