Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
Car les femmes sont ainsi faites: elles ambitionnent ce qu’elles n’ont pas; elles dédaignent ce qu’elles ambitionnaient, quand elles l’ont.
Après avoir rendu ce service à son ami Planchet d’Artagnan dit à Porthos tout bas:
– Vous avez, mon ami, une bague assez jolie à votre doigt.
– Trois cents pistoles, dit Porthos.
– Mme Trüchen gardera bien mieux votre souvenir si vous lui laissez cette bague-là, répliqua d’Artagnan.
Porthos hésita.
– Vous trouvez qu’elle n’est pas assez belle? dit le mousquetaire. Je vous comprends; un grand seigneur comme vous ne va pas loger chez un ancien serviteur sans payer grassement l’hospitalité; mais, croyez-moi Planchet a un si bon cœur, qu’il ne remarquera pas que vous avez cent mille livres de rente.
– J’ai bien envie, dit Porthos gonflé par ce discours, de donner à Mme Trüchen ma petite métairie de Bracieux; c’est aussi une jolie bague au doigt… douze arpents.
– C’est trop, mon bon Porthos, trop pour le moment… Gardez cela pour plus tard.
Il lui ôta le diamant du doigt, et, s’approchant de Trüchen:
– Madame, dit-il, M. le baron ne sait comment vous prier d’accepter, pour l’amour de lui, cette petite bague. M. du Vallon est un des hommes les plus généreux et les plus discrets que je connaisse. Il voulait vous offrir une métairie qu’il possède à Bracieux; je l’en ai dissuadé.
– Oh! fit Trüchen dévorant le diamant du regard.
– Monsieur le baron! s’écria Planchet attendri.
– Mon bon ami! balbutia Porthos, charmé d’avoir été si bien traduit par d’Artagnan.
Toutes ces exclamations, se croisant, firent un dénouement pathétique à la journée, qui pouvait se terminer d’une façon grotesque.
Mais d’Artagnan était là, et partout, lorsque d’Artagnan avait commandé, les choses n’avaient fini que selon son goût et son désir.
On s’embrassa. Trüchen, rendue à elle-même par la magnificence du baron, se sentit à sa place, et n’offrit qu’un front timide et rougissant au grand seigneur avec lequel elle se familiarisait si bien la veille.
Planchet lui-même fut pénétré d’humilité.
En veine de générosité, le baron Porthos aurait volontiers vidé ses poches dans les mains de la cuisinière et de Célestin.
Mais d’Artagnan l’arrêta.
– À mon tour, dit-il.
Et il donna une pistole à la femme et deux à l’homme.
Ce furent des bénédictions à réjouir le cœur d’Harpagon et à le rendre prodigue.
D’Artagnan se fit conduire par Planchet jusqu’au château et introduisit Porthos dans son appartement de capitaine, où il pénétra sans avoir été aperçu de ceux qu’il redoutait de rencontrer.
Chapitre CXLVII – La présentation de Porthos
Le soir même, à sept heures, le roi donnait audience à un ambassadeur des Provinces-Unies dans le grand salon.
L’audience dura un quart d’heure.
Après quoi, il reçut les nouveaux présentés et quelques dames qui passèrent les premières.
Dans un coin du salon, derrière la colonne, Porthos et d’Artagnan s’entretenaient en attendant leur tour.
– Savez-vous la nouvelle? dit le mousquetaire à son ami.
– Non.
– Eh bien! regardez-le.
Porthos se haussa sur la pointe des pieds et vit M. Fouquet en habit de cérémonie qui conduisait Aramis au roi.
– Aramis! dit Porthos.
– Présenté au roi par M. Fouquet.
– Ah! fit Porthos.
– Pour avoir fortifié Belle-Île, continua d’Artagnan.
– Et moi?
– Vous? Vous, comme j’avais l’honneur de vous le dire, vous êtes le bon Porthos, la bonté du Bon Dieu; aussi vous prie-t-on de garder un peu Saint Mandé.
– Ah! répéta Porthos.
– Mais je suis là heureusement, dit d’Artagnan, et ce sera mon tour tout à l’heure.
En ce moment, Fouquet s’adressait au roi:
– Sire, dit-il, j’ai une faveur à demander à Votre Majesté. M. d’Herblay n’est pas ambitieux, mais il sait qu’il peut être utile. Votre Majesté a besoin d’avoir un agent à Rome et de l’avoir puissant; nous pouvons avoir un chapeau pour M. d’Herblay.
Le roi fit un mouvement.
– Je ne demande pas souvent à Votre Majesté, dit Fouquet.
– C’est un cas, répondit le roi, qui traduisait toujours ainsi ses hésitations.
À ce mot, nul n’avait rien à répondre.
Fouquet et Aramis se regardèrent.
Le roi reprit:
– M. d’Herblay peut aussi nous servir en France: un archevêque, par exemple.
– Sire, objecta Fouquet avec une grâce qui lui était particulière, Votre Majesté comble M. d’Herblay: l’archevêché peut être dans les bonnes grâces du roi le complément du chapeau; l’un n’exclut pas l’autre.
Le roi admira la présence d’esprit et sourit.
– D’Artagnan n’eût pas mieux répondu, dit-il.
Il n’eût pas plutôt prononcé ce nom, que d’Artagnan parut.
– Votre Majesté m’appelle? dit-il.
Aramis et Fouquet firent un pas pour s’éloigner.
– Permettez, Sire, dit vivement d’Artagnan, qui démasqua Porthos, permettez que je présente à Votre Majesté M. le baron du Vallon, l’un des plus braves gentilshommes de France.
Aramis, à l’aspect de Porthos, devint pâle; Fouquet crispa ses poings sous ses manchettes.
D’Artagnan leur sourit à tous deux, tandis que Porthos s’inclinait, visiblement ému, devant la majesté royale.
– Porthos ici! murmura Fouquet à l’oreille d’Aramis.
– Chut! c’est une trahison, répliqua celui-ci.
– Sire, dit d’Artagnan, voilà six ans que je devrais avoir présenté M. du Vallon à Votre Majesté; mais certains hommes ressemblent aux étoiles; ils ne vont pas sans le cortège de leurs amis. La pléiade ne se désunit pas, voilà pourquoi j’ai choisi, pour vous présenter M. du Vallon, le moment où vous verriez à côté de lui M. d’Herblay.
Aramis faillit perdre contenance. Il regarda d’Artagnan d’un air superbe, comme pour accepter le défi que celui-ci semblait lui jeter.
– Ah! ces messieurs sont bons amis? dit le roi.
– Excellents, Sire, et l’un répond de l’autre. Demandez à M. de Vannes comment a été fortifiée Belle-Île?
Fouquet s’éloigna d’un pas.
– Belle-Île, dit froidement Aramis, a été fortifiée par Monsieur.
Et il montra Porthos, qui salua une seconde fois.
Louis admirait et se défiait.
– Oui, dit d’Artagnan; mais demandez à M. le baron qui l’a aidé dans ses travaux?
– Aramis, dit Porthos franchement.