Je m’en vais
- Автор: Эшноз Жан
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Je m’en vais». Краткое содержание книги:
Quelques jours avant de mourir, l'assistant du personnage central (marchand d'art dont l'affaire périclite) le met sur la piste de pièces très rares enfouies dans les cales d'un navire échoué sur la banquise depuis 40 ans. Il part en expédition, et finit par ramener le trésor. Le soir même, quelqu'un pénètre dans l'atelier et le lui dérobe.
Très rapidement, la police localise le coupable. Pour des raisons qui ne vont pas tarder à apparaître, l'inspecteur chargé de l'enquête lance le personnage central sur ses traces. Une surprise attend en effet ce dernier. Il revient avec le trésor, en tire beaucoup d'argent. Sa vie change: appartement somptueux, vêtements élégants, nouvelle femme. Mais change-t-elle vraiment?
Faire un résumé de Je m'en vais est sans doute la pire façon d'en parler. L'histoire est cohérente et pourrait servir de synopsis à beaucoup de films d'action. Les personnages sont des gens ordinaires vivant chacun un peu enfermés dans leur milieu professionnel. Leur base de communication est souvent étroite. Ainsi l'expédition dans le Grand Nord est décrite par le prisme d'un parisien d'une cinquantaine d'années n'ayant que peu de goût et d'expérience pour l'aventure. Ce même parisien finit par entretenir avec le jeune enquêteur une relation plutôt taciturne quoique pleine d'estime réciproque. Les personnages d'Echenoz sont condamnés à cette solitude qui est notre lot à tous. Jamais pourtant le livre ne verse dans le pathos. Tout le talent d'Echenoz tient dans la distance qu'il parvient à mettre dans son écriture. Restant prudemment à côté de son histoire et de ses personnages, se permettant parfois une intervention critique (Il faut bien dire ce qui est: Baumgartner m'ennuie), il joue avec son livre. Il se refuse à l'introspection, préférant une écriture plus objective. Elle n'est pas neutre pour autant. Echenoz manie l'ironie avec une gaîté légère qui n'est pas sans rappeler celle des meilleurs ouvrages d'Amélie Nothomb. Il s'est choisi la position d'un auteur-narrateur qui serait omnipotent, mais pas omniscient. Ceci lui offre une liberté dont il use avec parcimonie, mais toujours en s'amusant. C'est tant mieux pour moi. Ce plaisir d'écrire, absent de tant de romans français dont je viens de terminer la lecture (voir la Pile de Bouquins pour plus de détails) produit de véritables pépites qui me consolent de bien des désappointements. A croire qu'en littérature, l'or ne se cache pas dans le sable, mais dans la merde. Et plus celle-ci est profonde, plus précieuses sont les pépites.
La maison, en tout cas, avait un peu changé d'aspect. Comme le bec-de-cane du portail, la boîte aux lettres était repeinte en rouge, son étiquette ne portait plus le nom de Ferrer ni le nom de jeune fille de Suzanne. Toutes les fenêtres étant illuminées, il semblait que le pavillon fût maintenant occupé par de nouveaux locataires en train de fêter la fin d'année. Ferrer déconcerté resta quelques minutes à côté du portail, sans la moindre idée de ce qu'il allait faire ni de ce qu'il avait envie de faire jusqu'à ce que la porte du pavillon s'ouvrît, libérant de la musique à fort volume en même temps qu'une fille qui demeura dans l'embrasure, sans avoir l'air de vouloir s'en aller, selon toute apparence pour prendre seulement l'air.
C'avait l'air d'une assez gentille fille qui, l'apercevant, lui fit un petit signe en souriant. Elle avait un verre à la main et dans les vingt-cinq ou trente ans, elle n'était pas si mal, elle avait un petit quelque chose de Bérangère en un peu moins bien, il n'était pas exclu qu'elle fût aussi légèrement ivre mais légèrement seulement, ce qui est la moindre des choses dans ce genre de soirée. Comme Ferrer demeurait tapi près du portail, elle lui adressa la parole, vous êtes un ami de Georges? Ferrer hautement embarrassé ne répondit pas tout de suite. Suzanne n'est pas là, par hasard? lui demanda-t-il enfin. Je ne sais pas, dit la fille, je n'ai pas vu de Suzanne mais peut-être qu'elle est là, il y a pas mal de monde, je ne les connais pas tous. Je suis la sœur d'un des associés de Georges, il vient d'emménager. La maison n'est pas mal mais il fait une de ces chaleurs, là-dedans. Oui, dit Ferrer, elle a l'air bien. Vous voulez entrer boire un verre? proposa gentiment la fille.
Derrière elle, par la porte ouverte, Ferrer apercevait l'entrée repeinte, d'autres meubles, un lustre inconnu, des images suspendues ou punaisées au mur qui n'auraient convenu ni à Suzanne ni à lui. Je veux bien, répondit-il, mais je ne veux surtout pas déranger. Pas du tout, dit en souriant la fille, entrez. Je suis désolé, dit Ferrer en s'approchant avec prudence, je n'avais pas du tout prévu ça. C'est un peu compliqué à expliquer. Pas grave, dit la fille, je suis moi-même là par hasard. Vous allez voir, il y a des gens assez marrants. Allez, venez. Bon, dit Ferrer, mais je ne reste qu'un instant, vraiment. Je prends juste un verre et je m'en vais.