Les Pardaillan - Livre VIII- Le Fils De Pardaillan - Volume II
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VIII- Le Fils De Pardaillan - Volume II». Краткое содержание книги:
Suite du volume I…
– Ah!… Racontez.
Et Saint-Julien raconta comment il avait eu l’idée d’aller surveiller ce qu’il appelait le repaire du truand et comment il y avait vu entrer un gentilhomme de haute mine escortant deux jeunes filles dont l’une avait appelé l’autre demoiselle Bertille.
Léonora s’était fait donner le signalement espérant que ce n’était peut-être là qu’une rencontre de nom. En comparant les indications fournies par Saint-Julien à ce qu’elle savait, elle se rendit compte que le doute n’était pas possible. Il s’agissait bien de Bertille de Saugis.
Son esprit travaillait. Elle cherchait à comprendre comment la prisonnière avait pu s’échapper du couvent où elle était si bien gardée.
– Savez-vous qui est cette autre jeune fille? dit-elle.
– Je l’ignore, madame. Très jeune, très jolie, portant le costume d’une ouvrière aisée… C’est tout ce que je sais.
– Et le gentilhomme?
– Celui-là, c’est différent. Je sais son nom. Il s’appelle Pardaillan. C’est un homme qui a dépassé la cinquantaine. Il s’est pris de querelle avec Saêtta qui passait par là. Ils se sont battus. Saêtta est fort, très fort, madame, pourtant ce Pardaillan l’a désarmé avec une facilité qui dénote un escrimeur comme je n’en ai jamais vu de pareil… Et d’une force physique merveilleuse. Il a soulevé son adversaire comme une plume et j’ai bien cru qu’il allait l’écraser sur la route. Il lui a fait grâce cependant et Saêtta s’est enfui comme s’il avait le diable à ses trousses.
– Pourquoi ce duel? demanda Léonora qui réfléchissait.
– Je ne sais pas madame. J’étais trop loin et n’ai pu entendre ce qu’ils se sont dit.
– Comment savez-vous que le gentilhomme s’appelle Pardaillan?
– Parce que Saêtta a crié ce nom à tue-tête.
– Bien… Avez-vous déjà dit à monseigneur que vous avez trouvé celle qu’il… cherche?
– Oui, madame, je lui ai montré la maison où elle s’est réfugiée. Léonora eut un imperceptible froncement de sourcils.
– Pourquoi cette hâte? dit-elle.
– Simple hasard qui, après m’avoir fait rencontrer monseigneur, nous a fait passer devant la maison en question. J’ai cru bien faire en disant ce que j’avais découvert, faute d’instructions précises à ce sujet. Mais j’ai eu soin de me garder, à tout hasard. Monseigneur voulait entrer dans la maison. Je lui ai assuré qu’elle était gardée. Ce qui est faux, madame. Après le départ de M. de Pardaillan, les jeunes filles sont restées seules. En outre, je suis chargé de préparer l’enlèvement et j’ai demandé deux ou trois jours pour mener à bien l’affaire. En sorte, madame, que vous restez maîtresse de la situation. Léonora s’était rassérénée en écoutant ces explications:
– Vous êtes un serviteur intelligent, dit-elle. Je me charge de votre fortune, monsieur de Saint-Julien.
L’espion s’inclina jusqu’à terre.
Léonora, la tête appuyée sur sa main, réfléchissait profondément. Saint-Julien attendait impassible qu’elle donnât ses ordres. Elle redressa enfin la tête et très calme:
– Voici ce que vous allez faire.
Et d’une voix basse, elle donna ses instructions. Cela dura un quart d’heure environ, au bout duquel Saint-Julien se retira.
Avant de franchir le seuil, il jeta un coup d’œil soupçonneux à droite et à gauche. Il ne vit rien de suspect et il s’éloigna paisiblement, dans la direction de la Croix-du -Trahoir.
Presque en face de la maison de Concini, du côté opposé à la croix, c’est-à-dire du côté des Halles, il y avait un cabaret. Au moment où l’espion s’éloignait, la porte de ce cabaret s’ouvrit et Roquetaille, Eynaus et Longval parurent sur le perron. Ils aperçurent Saint-Julien qui leur tournait le dos, et ils le reconnurent:
– Tiens! Saint-Julien! s’exclama Eynaus. Que diable est-il allé faire chez Concini à cette heure-ci, en l’absence du maître?…
– Si madame Léonora n’était si laide et surtout si elle n’était si férue de son illustre époux, insinua Longval, on pourrait croire que Saint-Julien fait à Concini ce que de mauvaises langues prétendent que celui-ci fait au roi.
– Ce serait drôle, par ma foi! ricana Roquetaille.
Ils éclatèrent de rire. Comme ils se sentaient de l’humeur contre leur camarade, ils se prirent par le bras et s’en allèrent du côté opposé pour l’éviter.
L
De son pas allongé, Pardaillan eut tôt fait de monter jusqu’à la place du gibet. Il s’en fut droit aux décombres. Des soldats, des paysans, se trouvaient encore là. Les uns cherchaient des débris humains, les autres gardaient le lieu du sinistre.
Naturellement, on ne s’entretenait que de la catastrophe. Dès les premiers mots entendus, Pardaillan apprit ce qu’il ignorait, à savoir que son fils s’était fait sauter lui-même. Il se redressa, l’œil pétillant et murmura:
– Oh diable! ceci change les choses!… S’il s’est fait sauter, c’est qu’il avait de la poudre!… Comme je ne suppose pas qu’il avait changé le gibet en poudrière en prévision de ce qui arriverait, il faut donc admettre qu’il a trouvé la grotte où se trouvaient les armes et les munitions… En ce cas, il serait sain et sauf… C’est probable!… À moins que… Il faut savoir, mordieu!
Il avisa un officier et l’aborda poliment. C’était ce même lieutenant qui avait reçu la dénonciation de Saêtta et qui avait commandé jusqu’à l’arrivée du capitaine. Au moment où l’infortuné capitaine avait pénétré sous le gibet, il avait dû s’éloigner de quelques pas pour donner des ordres. Il devait la vie à ces quelques pas faits avant l’explosion.
Pardaillan ne pouvait pas mieux tomber pour avoir les renseignements qu’il cherchait. Très complaisamment, le lieutenant lui raconta tout ce qui s’était passé depuis le commencement de l’affaire jusqu’à la fin.
En écoutant le récit de cette aventure épique, les yeux de Pardaillan brillaient de contentement et à part lui, il songeait:
«Eh mais! il me semble que le fils de Pardaillan fait honneur à son père!»
Et tout haut:
– Comment se fait-il que ces braves aient trouvé des armes à feu et de la poudre dans le gibet des Dames?… Le gibet n’est pas, que je sache, un arsenal.
– Nous nous sommes posé la même question sans pouvoir la résoudre. Le gibet ne servait plus. Nul, depuis longtemps, n’y avait pénétré. Personne ne se souvient qu’on y ait transporté de la poudre. Il faut donc croire que les rebelles l’y avaient apportée eux-mêmes.
Pardaillan savait ce qu’il voulait savoir. Il remercia l’officier et s’éloigna, l’air indifférent.
Après avoir averti le capitaine que ceux qui pénétreraient sous le gibet n’en sortiraient pas vivants, Jehan le Brave était allé se placer sur l’escalier. Sa tête seule émergeait au ras du sol et maintenait le couvercle du coffre soulevé. Dans cette position, il attendit, très froid.