La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]». Краткое содержание книги:
Parmi eux, visitant la chambre des cartes, la chambre d’or, la chambre d’argent, la bibliothèque, la salle de cinéma, le gymnase, Sir Eric Phipps, ambassadeur du Royaume-Uni, observe de son regard ironique de Britannique, membre de l’Establishment, le gros Hermann Goering, ministre-président, qui change de costume plusieurs fois au cours de la soirée. Tour à tour vêtu « d’une tenue d’aviateur en caoutchouc, chaussé de ses bottes à retroussis, un large couteau de chasse à la ceinture », puis apparaissant en tenue de tennis, cherchant à réaliser sous les yeux de ses invités l’accouplement d’un bison et d’une vache. « Le bison, raconte Phipps, quitta sa stalle avec la plus grande répugnance et, après avoir considéré la vache d’un air empreint de tristesse, il essaya de faire demi-tour ». Pour finir Goering fait visiter le caveau qu’il destine au cercueil de sa première femme, Karin.
Arthur Nebe avait été témoin de ces fastes démesurés. Le bruit et les allées et venues dans le ministère achèvent de le réveiller. Ils lui confirment l’impression que la nuit qui commence est lourde d’événements, la nuit que son ami H.B. Gisevius et lui ont prévue. Nebe a promis d’appeler Gisevius au téléphone – c’est un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur de la police d’Etat – si « quelque chose » intervenait dans la nuit. Les deux jeunes fonctionnaires de la police sont en effet réticents à l’égard du nazisme et placés comme ils le sont, là où arrivent les informations, ils « sentent » depuis des semaines monter la tension entre les clans : l’explication avec les S.A. de Roehm leur semble inéluctable. Ils attendent, ils observent : les rapports de police qu’ils examinent au ministère et qui leur parviennent de toutes les villes d’Allemagne montrent, jour après jour, que les hommes, les groupes ne se tolèrent plus.
Le dimanche 10 juin à Halle, dans le coeur de la ville, près de l’université, on inaugure le musée de la Révolution nationale-socialiste. Des anciens combattants appartenant à l’organisation nationaliste du Stahlhelm (les Casques d’acier) se présentent en groupes à l’entrée du bâtiment. Sur les marches, des S.A. sont là, sur deux rangs, agressifs. Ils interdisent l’entrée du musée à tous ceux qui portent un autre insigne que celui du Parti. Les anciens combattants protestent, certains sont en chemise brune, mais les S.A. sont formels : le préfet de police de Halle a pris un arrêté : un autre insigne que celui du Parti « serait une insulte à un mouvement dont ce musée rappelait les gloires et auquel ils n’avaient pas voulu participer ». Comme des membres des Casques d’acier essaient de pousser les S.A., de franchir leur barrage, une bagarre éclate, courte, mais dure. Les Casques d’acier sont repoussés : qu’ils enlèvent leurs insignes et ils passeront. Les protestations des anciens combattants de Halle arrivent à Berlin le lundi 11 juin, mais ce même jour un incident encore plus grave a lieu.
Magdebourg est une ville austère, prussienne avec sa citadelle aux pierres luisantes et verdâtres serrée entre les bras de l’Elbe. La Reichswehr est ici chez elle et la ville est le siège du commandement du IVeme corps d’armée. Le lundi 11 juin, les membres du Stahlhelm se sont rassemblés pour accueillir leur ancien président aujourd’hui ministre du Travail du Reich.
Seldte s’est rallié à Hitler, Seldte a poussé son organisation vers le nazisme. Mais Seldte et les Casques d’acier, à Magdebourg comme à Halle, ne sont pas en faveur auprès des membres de la Sturmabteilung : à entendre les S.A., ces hommes n’ont rien fait pour la conquête du pouvoir et ils ont simplement couru vers le camp vainqueur. Quand le ministre Seldte arrive à Magdebourg, seuls les Casques d’acier et des représentants de la Reichswehr sont là pour l’accueillir. Dans la salle, près du Domplatz, alors qu’il s’apprête à prendre la parole, des S.A. interviennent ; il est bousculé, arrêté. Les hommes de la S.A. entrent dans la salle, dispersent la réunion, Seldte est entraîné, maintenu quelques heures sous surveillance par la Sturmabteilung. Des témoins appartenant à la Reichswehr et aux Casques d’acier ont essayé en vain de s’interposer, puis ils ont tenté de prendre contact avec le préfet de police, qui est aussi le général de la Sturmabteilung, Schragmuller. Le général-préfet est introuvable. Avec des sourires ironiques, son État-major répond qu’il est en tournée d’inspection ; quand les témoins insistent, racontent l’incident, criant presque que Seldte est ministre du Reich, on leur déclare tout ignorer de l’affaire. Dans son commentaire, le général Schragmuller se contentera de déclarer que Seldte n’avait pas été reconnu, qu’une enquête était ouverte.
A Berlin, au ministère de l’Intérieur, Nebe, Gisevius et tous ceux qui prennent connaissance de tels commentaires et de tels événements ne peuvent que conclure à la complicité bienveillante du préfet S.A. et à sa volonté de ne pas rechercher les coupables. Pourtant, ce même lundi 11 juin, le journaliste Erich Seipert, qui passe pour bien informé et dont les articles reflètent l’opinion du gouvernement du Reich, fait paraître un article intitulé « Sturmabteilung et désarmement », qui laisse entendre que les relations entre la S.A., la Reichswehr, le Parti, sont excellentes et que cela annonce une période de paix pour l’Allemagne. Manifestement dans les milieux proches de Hitler on essaye de rassurer l’opinion, peut-être même veut-on faire comprendre aux différents clans que le Führer reste partisan d’un accord entre tous ceux qui l’ont soutenu.
Rien d’étonnant donc si le mardi 12 juin aucun des journaux allemands ne fait mention des incidents de Halle ou de Magdebourg. Mieux, ce mardi une rencontre qui n’est connue que de quelques personnes marque que rien n’est encore tranché.
ROEHM ET GOEBBELS
C’est au début de la matinée que le propriétaire de la brasser Nürnberger Bratwurstglökl am Dom, située au n° 9 de la Frauenplatz à Munich, reçoit un visiteur qui lui demande de réserver une salle particulière pour la soirée, deux personnalités importantes devant s’y rencontrer. Le propriétaire comprend immédiatement qu’il s’agit de membres du Parti et il confirme qu’on peut compter sur la salle et sur son absolue discrétion.
La brasserie Bratwurstglöckl est bien connue à Munich : ses saucisses grillées sont célèbres dans toute la ville. Placée sur cette admirable Frauenplatz où convergent quatre rues, elle fait face à l’un des côtés de l’église Notre-Dame, la Frauenkirche, dont la raide grandeur, l’austère dessin sont un peu corrigés par la rougeur des briques et le blanc du marbre des pierres tombales insérées dans la façade. C’est un îlot du vieux Munich : la Frauenkirche a été construite au XVeme siècle.
Au soir du mardi 12 juin, deux voitures, à quelques minutes d’intervalle, s’arrêtent dans l’ombre de l’église et stationnent au coin de la Filserstrasse, là où la rue marque, débouchant sur la place, un décrochement. De chaque voiture un homme est descendu et seul il a gagné la brasserie. Deux hommes en civil, l’un portant un large chapeau, l’autre tête nue ; l’un gros, vêtu sans élégance, la démarche lourde, l’autre boitillant, fluet. Dans le brouhaha de la salle enfumée où des chants d’après boire sont repris en choeur par l’assistance, cependant que le martèlement de dizaines de grosses chopes sur les tables de bois rythme les refrains, les deux hommes sont passés inaperçus. Un maître d’hôtel qui les attendait tout au fond, les a guidés vers la salle retenue que ferme une lourde porte : les bruits ne parviennent qu’assourdis. Le maître d’hôtel, quand les deux hommes se rejoignent qu’ils se serrent la main, ne peut que reconnaître Ernst Roehm et Joseph Goebbels, qui, seuls, assis en face l’un de l’autre dans cette brasserie munichoise, buvant de la bière, vont parler longuement. Avant d’entrer pour apporter les commandes, le maître d’hôtel frappe et attend un long moment. La discrétion est de règle. La Gestapo pourtant qui suit Roehm à la trace et qui piste aussi toutes les personnalités importantes du régime a pu faire un rapport. Pour Heydrich, Himmler et Goering, la nouvelle est grave, de celles qu’il faut soupeser, évaluer, pour en tirer les conséquences : Goebbels agit-il de son propre chef, choisissant le camp de Roehm, retrouvant son passé de nazi de « gauche », prompt à la démagogie, ou bien se contente-t-il à sa manière prudente et habile de flairer le terrain avant de prendre son parti, ou bien encore est-il l’envoyé de Hitler, le Führer ne voulant pas perdre le contact avec Roehm, Hitler n’ayant pas, lui non plus, encore choisi définitivement de quel côté il va pencher ; répression, liquidation comme le veulent la Gestapo, la S.S. et la Reichswehr ou bien compromis ?